Depuis les travaux pionniers de Douglass North, chacun s'accorde à reconnaître le rôle que peuvent jouer les institutions dans le processus de la croissance et du développement économique. Mais qu'entend-on au juste par « institutions » ; s'agit-il de normes juridiques, de conventions sociales, de règlements, de routines, etc. ? Sont-elles un facteur endogène ou exogène de la croissance ? Certaines favorisent-elles plus que d'autres cette croissance ?
Croissance
Le premier magasin de commerce équitable ouvre ses portes aux Pays-Bas en 1969. Entre la simple fixation d'un prix rémunérateur et les communautés créées et soutenues par Max Havelaar – au-delà du label qui porte son nom – il y a évidemment de très grandes différences. Les mêmes, sans doutes, que celles qui séparent un pur mécanisme de marché d'un système d'accompagnement social – nécessairement fondé sur le bénévolat. Ce succès, réel parfois, d'estime sans doute souvent, est finalement conditionné par l'acceptation, par les consommateurs, de prix plus élevés. Et cela n'est pas si simple…
La Chine connaît une croissance exceptionnelle qui s'explique d'abord par le niveau très bas d'où elle est partie, des facilités du rattrapage dans les premières étapes du développement et de l'abondance des ressources en homme et en capital (via la diaspora en particulier). Sur aucun de ces points, il n'existe de limite. Les difficultés peuvent venir de défauts de régulation – l'existence de bulles spéculatives nourries par la dette –, des contraintes environnementales – l'opinion publique nationale y sera plus rapidement sensible que dans les pays développés durant la même phase de développement – et, sans aucun doute, du retournement démographique.
Le déficit commercial croissant des Etats-Unis vis-à-vis du Japon les a amenés à s'intéresser aux freins aux échanges que ce pays entretenait dans une multitude de secteurs abrités. Il est apparu que le Japon n'était véritablement développé – au sens propre du terme, qu'il utilisait toutes les opportunités du progrès techniques – que dans le secteur exposé (à la concurrence internationale), laissant de nombreux pans de son économie loin des pressions de la concurrence… ou proches des structures traditionnelles. Les transformations sont d'autant plus difficiles à organiser qu'elles doivent l'être dans un contexte de renversement démographique et d'ajustement de l'outil de production à la nouvelle donne du commerce international.
La facilité toute relative avec laquelle l'indicateur du PIB est construit ne trompe personne – même si la pratique quotidienne de cet indicateur en fait ignorer les limites. Il a donc été rapidement élargi pour essayer de mieux cerner la qualité de la vie, avec les indicateurs sociaux de l'OCDE par exemple. Malgré leur très grand intérêt, ces indicateurs sociaux sont relativement peu connus du grand public et encore moins utilisés. C'est que la facilité d'un agrégat l'emporte sur la diversité, beaucoup plus réaliste, d'une batterie d'indicateurs. Quant à juger du Bonheur National Brut, c'est une vieille ambition des réformateurs qui oublient peut-être que, une fois certaines conditions matérielles atteintes, le bonheur est d'abord une manière de regarder la vie !
Les relations entre population et croissance se sont longtemps limitées à la question du nombre, oscillant entre Bodin et Malthus. AU XX° siècle, c'est évidemment le second qui a gagné. Pour autant, le ralentissement brutal de l'accroissement de la population se traduit mécaniquement, par un vieillissement tout aussi brutal. Les effets sur la demande sont connus ; ceux qui concernent l'offre présentent beaucoup d'incertitudes. D'autant que, d'une manière générale, les facteurs qualitatifs l'emportent désormais de très loin sur la stricte quantité de main d'œuvre.
La crise boursière japonaise a remis au goût du jour le véritable contexte de la crise de 1929 et des analyses théoriques et pratiques qui l'ont accompagnées. Jusqu'en 1931, c'est I. Fisher qui domine le débat, lorsqu'il analyse comment la volonté de désendettement, par la baisse des prix, accroît le fardeau de l'endettement. Le Japon a connu un mécanisme similaire, à la nuance près que la création monétaire a toujours été accommodante. Au point que l'on a pu se poser à nouveau la question de l'efficacité de la politique monétaire dans des termes véritablement keynésiens. Comme, par ailleurs, une politique active de déficit budgétaire a été menée avec des résultats plus que mitigés, il reste à attendre, près de vingt ans après, que les bilans soient définitivement apurés.
Le Japon a reproduit une expérience que les Etats-Unis avaient connue avant eux avec la crise de 1929. Comme eux, ils étaient une puissance financière émergente, comme eux, leur capacité d'innovation technique était révolutionnaire, comme eux, leur balance commerciale était fortement excédentaire. Excès de confiance ? En tous cas, ils ont vérifié que « les arbres ne montent pas jusqu'au ciel ». Non pas seulement les cours de bourse, mais aussi les productions industrielles. Après avoir été un modèle de rattrapage, le Japon paraît peiner à retrouver les conditions de la croissance…