Firmes multinationales

Définition :

Une firme multinationale est une entreprise qui est implantée dans au moins deux pays. En France, l’INSEE définit une multinationale comme un groupe d’entreprises qui a au moins une unité légale en France et une autre à l’étranger. 

L'essentiel :

Une firme multinationale est donc une entreprise qui a réalisé au moins un investissement direct à l’étranger (IDE), elle contrôle au moins 10 % du capital d’une entreprise implantée dans un autre pays, que l’on peut considérer comme étant sa filiale. Selon le modèle de John Dunning, une entreprise a intérêt à devenir une multinationale quand elle cumule un avantage spécifique (ownership advantage), comme un produit innovant, une bonne image de marque, une forte productivité, un avantage à la localisation (location advantage), c’est-à-dire un avantage à déployer son activité de production ou de commercialisation et un avantage à l’internalisation (internalization advantage), c’est-à-dire qu’il est plus intéressant pour elle de faire en interne que de faire faire. Dans certains cas, la FMN internationalise son activité en réalisant une délocalisation d’une partie de son activité à l’étranger.

Schématiquement, on peut identifier trois grandes stratégies pour les firmes multinationales. Dans certains cas, elles implantent une filiale à l’étranger pour sécuriser leur approvisionnement en un produit, souvent une matière première, qui est extraite ou réalisée par une filiale sur un territoire étranger. Pour d’autres entreprises, la multinationalisation répond à une logique de conquête d’un marché étranger : en implantant une unité de production ou de commercialisation à l’étranger, il est alors possible de répondre plus directement à la demande locale ou bien de contourner des obstacles à l’échange tels que des droits de douane .

 

Comme l’a montré par exemple Suzanne Berger,  les firmes multinationales se développent à la fin du XIXe siècle, à partir de 1870. C’est lié en partie aux besoins en ressources minières et agricoles indispensables à des entreprises qui ne peuvent les trouver sur leur territoire national (par exemple le pétrole, l’hévéa pour produire du caoutchouc, le cacao…). Certaines de ces ressources deviennent centrales dans le contexte des révolutions industrielles et l’approvisionnement devient une condition nécessaire à l’activité de certaines entreprises. La fin du XIXe siècle est aussi marquée par un ralentissement économique dans les économies avancées et les entreprises se multinationalisent parfois pour aller conquérir de nouveaux marchés, dans des économies qui promettent d’importants débouchés ou bien qui mettent en place d’importants tarifs douaniers. La multinationalisation des entreprises connaît un net reflux après la crise de 1929. Si des firmes multinationales continuent à exister tout au long du XXe siècle, il faut attendre les années 1970 pour que la multinationalisation des entreprises connaisse un nouvel essor. Benjamin Burbaumer montre que pour les entreprises des États-Unis la multinationalisation répond à la recherche d’une plus forte rentabilité et est favorisée par la libéralisation des capitaux dans le contexte de globalisation financière.

 

Dans ce contexte, les FMN déploient une stratégie « multidomestique » en cherchant à commercialiser leurs produits sur des territoires différents. Surtout, la multinationalisation des entreprises s’inscrit dans une logique de rationalisation, à l’échelle internationale, de la chaîne de valeur des produits. A la division internationale du travail s’ajoute ainsi une décomposition internationale des processus de production. Les entreprises implantent ainsi dans les économies à faible coût du travail les activités de production et dans les économies avancées celles de conception, de logistique et de services après-vente par exemple. C’est ce que montre la « courbe du sourire ». L’essor des FMN conduit ainsi à une montée des échanges internationaux « intra-firmes ». La multinationalisation peut aussi s’inscrire dans une logique d’optimisation fiscale : l’implantation à l’étranger de filiales est parfois utilisé pour créer des flux de richesse permettant de réduire l’imposition sur les bénéfices ou sur la production. Le développement des FMN participe donc à l’érosion de la base fiscale. La possibilité d’implanter des filiales à l’étranger est aussi facilité par des transformations juridiques, comme le montre par exemple Katarina Pistor dans Le code du capital, paru en 2023. Se pose aussi la question de la responsabilité des FMN sur l’ensemble de leur chaîne de valeur, principe posé par le devoir de vigilance, principe imposé en France à partir de 2017 et repris à l’échelle européenne.

 

Au XXe siècle, les FMN sont majoritairement issues des économies avancées. Le premier pays d’origine de ces entreprises sont, encore aujourd’hui les États-Unis. La Chine a rapidement été un des premiers pays d’accueil des IDE. De nos jours, il existe de très importantes FMN chinoises, qui investissent partout dans le monde. Pour les économies, il est important de favoriser le développement des FMN nationales et surtout d’accueillir les investissements d’entreprises étrangères. Les FMN ont, en effet, la capacité de mettre en concurrence les territoires entre eux pour implanter leurs filiales, qui génèrent des emplois et peuvent, par exemple pour la France, aller contre la désindustrialisation. Les gouvernements cherchent alors à développer l’attractivité du territoire pour les investisseurs internationaux. En France, depuis 2018, le sommet Choose France s’inscrit ainsi dans une telle logique.

 

Le contexte de recul de la mondialisation commerciale (montée du protectionnisme) et de la globalisation financière rendent plus difficiles les stratégies des FMN qui font parfois face plusieurs fois à des droits de douane sur une même chaîne de valeur. La demande des consommateurs se transforme aussi et s’oriente davantage vers des produits réalisés localement. 

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