Délocalisation

Définition :

Définition : une délocalisation est le phénomène par lequel une entreprise remplace une production nationale par une production à l’étranger. On observe ainsi une délocalisation quand un producteur réalise un investissement à l’étranger pour y produire et substituer cette production à une autre qui était réalisée sur un autre territoire. Par exemple, si une production réalisée en France pour le marché domestique est déplacée dans un autre pays (et donc fermée en France) et les produits sont ensuite importés pour satisfaire la demande nationale, il y a délocalisation.

L'essentiel :

Les délocalisations sont un phénomène au cœur de la mondialisation. Elles sont liées aux stratégies des entreprises, des firmes multinationales, qui cherchent à rationaliser leur activité productive en bénéficiant des avantages des différents territoires. Elles sont donc aussi en lien avec la question des avantages comparatifs des pays. Par exemple, les pays qui ont un faible coût du travail associé à une productivité relativement élevée apparaissent comme des lieux potentiels d’une délocalisation, puisqu’elle permettrait théoriquement de réduire les coûts de production. Cependant, les délocalisations peuvent aussi se faire à destination d’économies avancées, pour bénéficier de l’avantage de la production sur leur territoire, que ce soit pour se rapprocher des attentes des consommateurs, de bénéficier d’une image positive associée à une production locale ou encore de contourner les barrières commerciales (droits de douane ou réglementation par exemple). Le support de la délocalisation est un investissement direct à l’étranger

La mesure des délocalisations est difficile et controversée. En adoptant une définition assez large de la délocalisation, le rapport Arthuis, de 1993, mesurait les délocalisations à partir du volume d’emplois supplémentaires qui aurait été nécessaire pour produire localement (en France), l’ensemble des biens et services consommés localement. L’INSEE mesure les délocalisations à partir de son enquête « chaînes d’activité mondiale », qui est menée tous les trois ans et s’inscrit dans une initiative impulsée par Eurostat. Cette enquête permet de mesurer les flux de délocalisations et de relocalisations et d’interroger les décideurs économiques sur les motivations de leurs stratégies. Les données des Douanes peuvent aussi être mobilisées dans une logique de tableau entrées-sorties.

Les délocalisations sont vues comme une cause majeure de la désindustrialisation de l’économie française. Le rapport Arthuis, paru en 1993, dans un contexte de chômage massif, se présente ainsi comme une sorte d’alerte sur la compétitivité et l’attractivité de l’économie française. Le sénateur, en s’appuyant sur une synthèse d’enquêtes empiriques, estime que 84 % des effectifs salariés de l’industrie sont « délocalisables », du fait des évolutions techniques qui rendent plus faciles les investissements à l’étranger, de facteurs économiques, et notamment du coût relativement élevé du travail en France et de facteurs politiques, qui peuvent inciter à investir dans certaines régions du monde.

Pour autant, d’un point de vue plus empirique, le volume des délocalisations reste relativement faible. L’INSEE estime ainsi que parmi les entreprises de 50 salariés ou plus, seulement 1,7 % ont délocalisé des activités entre 2018 et 2020. Les entreprises françaises délocalisent donc rarement leur activité, ce d’autant plus que celles qui délocalisent le plus sont celles sous contrôle étranger, qui arbitrent plus facilement entre différents territoires.

L’effet sur le volume d’emplois est donc assez faible, et la désindustrialisation est en partie liée, également, au progrès technique. L’effet des délocalisations sur l’emploi est également difficile à cerner car il faut tenir compte d’un scénario contre-factuel : quel aurait été le sort de l’emploi « perdu » si l’entreprise n’avait pas délocalisé ? Dans de nombreux cas, on peut penser qu’il aurait été perdu par la disparition de l’entreprise devenu peu compétitive sur le marché mondial. Cependant, la délocalisation apparaît comme un risque, qui peut justifier des politiques de compétitivité et notamment celles qui visent à agir sur le coût du travail non qualifié. Les évolutions les plus récentes montrent aussi que le risque de délocalisation de l’emploi s’étend à des catégories qui semblaient a priori peu concernées.

Le phénomène de délocalisation semble de nos jours, en partie, contrebalancé par celui de relocalisation des activités productives. Cette relocalisation se fait sur le territoire national d’origine (« reshoring »), mais aussi dans des économies proches géographiquement (« nearshoring ») ou politiquement (« friendshoring »)  Il y a d’abord une demande croissante des consommateurs pour des produits réalisés localement, que ce soit pour des raisons écologiques ou dans une logique de préservation de l’emploi national. Ensuite, le blocage des chaînes de valeur mondiales peut faire que les entreprises arbitrent moins en faveur de la délocalisation. Des évolutions techniques comme la robotisation participent aussi à ce mouvement, en augmentant fortement la productivité du travail. Des politique volontaristes sont également menée.

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