Comment expliquer les crises financières et réguler le système financier ?

Synthèse

ressources pédagogiques SES bac 2020 2021

(BO)

Déroulé du chapitre :

Question 1. Quels sont les rouages des crises financières ?

Question 2. Comment se forment les bulles spéculatives ?

Question 3. Quels sont les mécanismes à l’origine des paniques bancaires ?

Question 4. Comment les effets d'une crise financière se transmettent-ils à l'économie réelle ?

Question 5. Quels sont les principaux instruments de la régulation bancaire et financière ?

Question 6. La crise du coronavirus : un choc historique pour l’économie mondiale

Depuis le début de l’année 2020, l’épidémie de coronavirus, après avoir frappé la Chine, s’est propagée dans le reste du monde : les mesures pour endiguer cette crise sanitaire ont entraîné de lourdes conséquences pour le fonctionnement de l’économie mondiale.

Les pays du G20, les représentants des grandes puissances mondiales, ont récemment annoncé la mobilisation de 5 000 milliards de dollars afin de lutter contre les effets délétères de la crise du coronavirus pour l’économie mondiale. Les États-Unis, instruits par le précédent de la « Grande Dépression » des années 1930, et face aux très sombres perspectives en matière de récession et d’effets cataclysmiques sur le front de l’emploi cette année, ont acté la mise en œuvre d’un plan de relance économique d’une ampleur inédite de 2 000 milliards de dollars. L’Union européenne et ses États membres, notamment la France, tentent de coordonner leurs efforts en matière de politiques budgétaires de relance pour soutenir en particulier la trésorerie des entreprises et les revenus des ménages, via notamment le mécanisme du chômage partiel.

L’impact de cette crise économique, en tant que brutal retournement de la conjoncture dans le cycle économique, résulte à la fois d’un choc d’offre négatif (chute de la production industrielle, fermeture d’usines, arrêt de projets de construction et d’infrastructures, perturbations graves des chaînes d’approvisionnement des firmes, etc.) et d’un choc de demande négatif (freinage de la consommation des ménages du fait des mesures de confinement, report des plans d’investissement) qui provoquent une violente récession économique, avec à la clé un fort ralentissement du rythme de la croissance de la production. Indépendamment de l'incertitude liée à la crise sanitaire en elle-même et ses conséquences humaines dramatiques, l’économie mondiale était toutefois déjà fragilisée. Pour ne citer que quelques facteurs de défiance, et malgré une légère accalmie, le conflit commercial sino-américain reste d'actualité, de même que les tensions géopolitiques au niveau mondial, en particulier, autour du marché pétrolier (entre la Russie et l’Arabie Saoudite notamment).

Si la pandémie du coronavirus a d'abord impacté l’économie « réelle » (production industrielle, consommation des ménages, perturbation des chaînes de valeur moindiales…), avec le ralentissement de l'activité économique mondiale, elle a ensuite rapidement affecté la sphère financière. La propagation de la maladie à l’échelle planétaire a plongé les marchés financiers dans la tourmente à la fin du mois de mars, avec une chute des marchés boursiers et une extrême volatilité des cours inédite depuis la grande crise financière de 2007-2008, et même comparable à la grande dépression de 1929 : la panique a touché toutes les classes d'actifs financiers, des marchés actions aux obligations, en passant par l'or, les crypto-actifs comme le bitcoin, et les matières premières, mettant en lumière les anticipations des opérateurs sur les conséquences très dures de cette crise pour l’économie mondiale. Le cours d'une action que l'on observe sur les marchés financiers est censé refléter la valeur fondamentale (c'est-à-dire « réelle »), définie comme la somme actualisée des anticipations de dividendes versés par les entreprises. Or, la santé des entreprises étant gravement mise à mal, les anticipations sont brutalement devenues pessimistes, et la correction brutale à la baisse des marchés financiers s’est nourrie d’alertes très préoccupantes sur la profitabilité des entreprises.

Mais dans un univers où la finance est globalisée, on sait que les chocs financiers expliquent aussi largement les fluctuations conjoncturelles : la crise des marchés financiers peut en effet se répercuter sur le système bancaire (crainte d’une montée des défauts sur la dette des entreprises et des ménages, inquiétudes sur la solvabilité des banques) et provoquer un rationnement du crédit qui amplifie encore la chute de la demande globale et accentue encore la défiance sur les marchés financiers.  Pour éviter les effets nocifs de ce cercle vicieux, où la crise de l’économie « réelle » nourrit l’instabilité financière, laquelle compromet en retour les perspectives de reprise économique, au cours de cette phase du cycle du crédit et de remontée du risque du crédit, les grandes banques centrales des pays du G20 ont annoncé de puissantes mesures de soutien monétaire. La Réserve fédérale américaine et la Banque Centrale européenne ont ainsi nettement amplifié le caractère accommodant de leurs politiques monétaires avec une baisse des taux d’intérêt directeurs, des rachats massifs d’actifs et de dettes souveraines pour soutenir le marché obligataire et éviter une envolée des primes de risque sur les dettes des États les plus fragilisés par la crise (dans une période où ils doivent financer leurs plans de relance sur les marchés).

S’il subsiste de nombreuses incertitudes sur les conséquences de cette crise sur l’activité mondiale, et sur son impact à plus long terme sur nos modèles productifs, les pouvoirs publics ont pris la mesure du choc pour l’économie mondiale et de la nécessité d’agir promptement et de manière coordonnée, notamment dans l’Union européenne, pour maximiser les chances de sortie de crise.

Synthèse

Dès l’origine, les activités financières ont constitué un moteur de la croissance économique : en améliorant l’allocation des ressources dans l’économie et en collectant l’épargne, elles ont contribué à l’élévation des niveaux de vie. Le gonflement considérable de la sphère financière à partir des années 1970 marque d’ailleurs une nouvelle étape de la mondialisation. Le système monétaire international fondé lors de la conférence de Bretton Woods, en 1944, organisait une fixité des taux de change et une étroite régulation du secteur bancaire et financier. Or, la libéralisation financière a créé un environnement monétaire et financier radicalement différent : la dislocation du système monétaire international dans les années 1970, l’avènement des changes flottants (lorsque les monnaies fluctuent librement entre elles) et la révolution informatique ont contribué à l’accroissement du volume et de la vitesse des transactions financières en créant un marché unique de l’argent intégré à l’échelle planétaire, caractérisé par une double unité de temps (fonctionnement en continu 24 h/24 h) et de lieu (interconnexion des places financières). Cette globalisation financière implique un recours accru aux marchés financiers dans le financement des économies, une concurrence plus forte entre les acteurs financiers, et la possibilité élargie de participer à tous les compartiments de ces marchés.

 

L’histoire économique permet de mieux comprendre les enchaînements qui ont conduit à la globalisation financière actuelle depuis les années 1990. On peut aussi rappeler que le monde a connu une première phase de mondialisation financière à la fin du XIXème siècle à l’ère de la Révolution industrielle, marquée par une forte intégration des marchés de capitaux. Mais depuis plusieurs siècles, la persistance de l’instabilité financière et les bulles spéculatives sont récurrentes dans l’histoire du capitalisme. Les premiers exemples significatifs sont la bulle sur les actions de la Compagnie du Mississipi (affaire John Law) en France et sur celles de la South sea Company en Angleterre en 1720. Isaac Newton, victime de l’effondrement des cours de la South sea C°, déclare d’ailleurs à cette occasion : « je peux prévoir les mouvements des astres mais je ne pas prévoir la folie des hommes » ; il ouvre par là le débat sur la rationalité des comportements conduisant à ce type de bulle, qui divise encore aujourd’hui l’analyse économique. Ces bulles spéculatives deviennent récurrentes au XIXème siècle en accompagnant les phases d’essor cycliques des économies en train de s’industrialiser. Elles trouvent leur point d’orgue dans la phase spéculative des années 1920, jusqu’au krach boursier de New York de 1929, avant de réapparaître depuis la fin des années 1980 (bulle sur les marchés d’actions et sur l’immobilier à la fin des années 1980, bulle sur les actions des entreprises de la « net-économie » à la fin des années 1990, bulle sur le marché de l’immobilier dans les années 2000).

 

Ces phases d’engouement dans laquelle l’euphorie des agents les pousse à acheter des titres à un prix toujours plus élevé, sont souvent considérées comme un mal nécessaire accompagnant la diffusion des nouvelles technologies  (à l’instar de la railwaymania des années 1840 ou de la « bulle Internet » dans les années 1990), ou des innovations financières (banque de Law, produits liés aux crédits subprimes dans les années 2000), même si leur éclatement reste une source importante de gaspillage de ressources productives. En effet, les krachs boursiers entraînent généralement des difficultés pour les établissements bancaires qui rationnent le crédit. Il s’ensuit un impact en cascade sur l’activité économique : faillites d’entreprises, freinage de la consommation, chute des profits, blocage de l’investissement, chute du PIB. Cette instabilité des marchés financiers et ses conséquences nocives pour l’activité économique ont entraîné de multiples débats et controverses dans la communauté des économistes, sur le rôle de la spéculation, les vertus équilibrantes du marché, la formation des bulles financières, l’action des banques centrales, etc.

La globalisation financière actuelle qui a atteint un très haut niveau d’intégration des marchés de capitaux implique un risque de transmission rapide des chocs financiers à tout le système financier mondial en cas de nouvelle crise (ce que les économistes appellent le « risque systémique »).

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