Taux d’intérêt

Définition :

Le taux d’intérêt est le prix associé à une opération de prêt. Il est la rémunération du prêteur et le coût pour l’emprunteur. Il peut être lié à un crédit bancaire ou bien à l’émission d’une obligation. A chaque opération de prêt correspond son taux d’intérêt, qui est néanmoins en partie déterminé par les taux d’intérêts directeurs décidés par la banque centrale. Le taux d’intérêt s’exprime sous la forme d’un pourcentage de la somme prêtée ou empruntée.

L'essentiel :

Dans l’analyse économique, la question de la justification de l’existence d’un taux d’intérêt suscite des controverses. Aristote condamnait ainsi l’intérêt comme étant le résultat de la chrématistique commerciale, c’est-à-dire le désir d’argent pour lui-même, condamnation reprise, sous une forme un peu différente par l’Église catholique, notamment via Thomas d’Aquin. 

Les auteurs classiques et surtout néoclassiques apportent cependant une justification théorique à l’existence d’un taux d’intérêt. Selon eux, l’intérêt rémunère la renonciation à une consommation immédiate : le fait de prêter une somme d’argent conduit en effet à renoncer à un gain immédiat d’utilité et cette renonciation ouvre le droit à une compensation, obtenue auprès de la personne à qui l’on transfère temporairement son pouvoir d’achat. La somme prêtée peut servir à un investissement, qui est vu par l’école autrichienne comme un « détour de production » : les producteurs sont alors enclins à rémunérer le prêt qui leur permet de réaliser des gains de productivité. Selon les néoclassiques, on peut voir le taux d’intérêt comme le prix qui équilibre le marché des fonds prêtables, le taux d’intérêt naturel est alors le prix d’équilibre sur ce marché.

L’économiste suédois Knut Wicksell apporte une nuance importante : selon lui, la théorie néoclassique du taux d’intérêt n’est valable que dans une économie sans monnaie : quand on introduit la monnaie, on introduit la possibilité que les banques prêtent cette monnaie. Le taux d’intérêt devient alors un prix monétaire. C’est une analyse qui est reprise et approfondie par John Maynard Keynes : selon lui, le taux d’intérêt rémunère la renonciation à la liquidité. En effet, selon Keynes, les agents économiques ont une préférence pour la liquidité, c’est-à-dire que toutes choses égales par ailleurs, ils préfèrent conserver leur épargne sous forme liquide. Il faut alors leur offrir un taux d’intérêt pour qu’ils acceptent d’abandonner cette liquidité en prêtant (ou plaçant) leur monnaie. Le taux d’intérêt est alors vu comme le prix d’équilibre sur le marché de la monnaie et sa valeur dépend de l’arbitrage des agents entre monnaie (donc liquidité) et titres (donc abandon de la liquidité). Sur ce marché, l’offre est considérée comme exogène, car elle dépend des décisions des autorités monétaires en matière d’encadrement de la création monétaire, alors que la demande dépend des motifs de transaction, précaution et spéculation. James Tobin ajoute un argument important : au-delà de la « simple » renonciation à la liquidité, le taux d’intérêt rémunère aussi la prise de risque : la somme d’argent prêtée peut être perdue (par exemple, si l’emprunteur fait défaut), et le taux d’intérêt rémunère cette prise de risque et dépend alors en partie de l’aversion au risque. Dans ce cadre, on comprend par exemple comment le taux d’intérêt joue sur le cours des obligations.

 

Une distinction importante doit être fait quand on évoque le taux d’intérêt : celle entre taux d’intérêt nominal et taux d’intérêt réel. Le taux d’intérêt nominal est celui qui est « écrit » dans le contrat de prêt, il correspond à la rémunération apparente du placement et au coût apparent de l’emprunt. Il s’approche de la vision keynésienne, puisqu’il est un taux monétaire. Le taux d’intérêt réel, lui, correspond à une rémunération ou un coût exprimé en biens et services. Il s’approche davantage de la vision néoclassique. En 1930, Irving Fisher a montré que le taux d’intérêt nominal se calculait comme la somme du taux réel et du taux anticipé d’inflation. Cela permet de comprendre, selon lui, que le taux nominal résulte de l’équilibre entre épargne et investissement (qui détermine le taux réel) et de la quantité de monnaie (qui détermine l’inflation), ce qui est plutôt bien vérifié sur le long terme. La relation de Fisher permet aujourd’hui de calculer le taux d’intérêt réel. 

 

La banque centrale fixe des taux d’intérêt directeurs, qui sont des taux de court terme, correspondant à l’emprunt ou au placement en monnaie banque centrale. Ces taux jouent sur les conditions de refinancement des banques commerciales, c’est-à-dire sur leurs conditions d’accès à la monnaie banque centrale. La fixation des taux directeurs est alors une décision importante de la politique monétaire, qui peut être modélisée par la règle de Taylor. En fonction de l’évolution des taux directeurs, les taux d’intérêt sur les crédits peuvent être modifiés. Le taux d’intérêt sur un crédit bancaire classique est un taux long : le passage des taux courts aux taux longs, qui se lit sur la « courbe des taux » dépend du risque associé au crédit, de sa durée et des anticipations d’évolutions futures des taux. Toutes choses égales par ailleurs, un crédit plus risqué qu’un autre aura un taux d’intérêt plus élevé. 

Le taux d’intérêt est une variable déterminante de nombreux comportements économiques. Elle influe ainsi sur la demande de monnaie et donc sur l’équilibre monétaire, on retrouve alors le taux d’intérêt réel comme variable importante du modèle IS-LM par exemple. Le taux d’intérêt joue aussi sur la soutenabilité de la dette publique : il influe sur la charge de cette dette et la BCE, par exemple, surveille les « spreads » de taux d’intérêt, écarts entre taux sur les obligations d’État des différents pays membres. Il y a aussi un lien fort entre taux d’intérêt et taux de change, théorisé par la « parité des taux d’intérêt », qui établit que le taux de change est influencé par l’écart de rémunération des placements financiers entre les pays. 

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