Règle de Taylor

Définition :

La règle de Taylor est un dispositif d’encadrement des politiques monétaires présenté en 1993 par John Taylor, visant à déterminer le taux d’intérêt optimal de court terme en fonction des objectifs de croissance économique et d’inflation.

L'essentiel

La politique monétaire, rappelons-le, a pour rôle de veiller à l’équilibre de l’économie, en garantissant la stabilité de la monnaie tout en fournissant les liquidités nécessaires à la croissance. Une augmentation trop faible de la quantité de la quantité de monnaie disponible risque de limiter l’activité et de précipiter l’économie dans la déflation, une augmentation trop forte de la quantité de monnaie disponible provoque une inflation excessive, qui fausse les anticipations des agents, engendre une distorsion des prix relatifs, et peut précipiter la crise économique. Par exemple, au sein de la zone euro, l’objectif principal assigné à la politique monétaire a été au début des années 2000 la stabilité des prix, ce qui correspondait à une cible d’inflation à moyen terme fixée à 2%.  La recherche de la maîtrise de l’inflation s’appuie sur des fondements théoriques solides. Ce sont les monétaristes qui ont les premiers définis les règles d’action pour les banques centrales. Pour Milton Friedman et sa théorie des anticipations adaptatives, toute politique monétaire de relance est vouée à l’échec, car les agents économiques, qui sont leurrés dans un premier temps, finissent par adapter leurs comportements en fonction des nouvelles circonstances. Il est donc préférable de garantir une croissance de la masse monétaire qui suive la croissance économique : c’est ce que l’on appelle une règle « automatique » ou encore « non active ». Dans le prolongement du monétarisme de Friedman, la théorie des anticipations rationnelles avec Robert Barro montre que la crédibilité d’une politique monétaire est subordonnée à l’encadrement de celle-ci par des règles. Ces dernières ont en effet pour but de garantir une prévisibilité de l’action publique aux yeux des agents économiques, favorisant ainsi la stabilité de l’environnement dans son ensemble, tout en englobant une marge de manœuvre pour faire face aux chocs conjoncturels.

La règle de Taylor obéit à une autre inspiration. C’est une règle « activiste » qui tente de concilier les objectifs retenus en matière d’inflation avec les impératifs de la croissance économique. Elle définit alors une trajectoire de variation optimale du taux d’intérêt de court terme en fonction certes de l’objectif d’inflation de la banque centrale, mais aussi de l’évolution de l’output gap, que l’on définit comme l’écart entre le PIB observé et le PIB de plein-emploi des facteurs de production. Compte-tenu de ces deux objectifs d’inflation et de croissance économique, la formulation de Taylor, qui s’appuie sur la politique monétaire de la FED menée de 1987à 1992, est la suivante :

r = 2 + p +0,5y + 0,5(p-2). r est le taux de la FED, p le taux d’inflation aux Etats-Unis, y l’output gap, le chiffre 2 correspond pour le premier de l’équation au taux d’intérêt réel neutre (égal au taux de croissance tendanciel de l’économie sur la période de référence) et pour le second à l’inflation cible choisie aux Etats-Unis, et le coefficient 0,5 est établi plus ou moins arbitrairement en fonction de l’importance de la lutte contre l’inflation, ou inversement du soutien de la croissance.

En 1996, la règle de Taylor a été popularisée par Goldman Sachs dans une formule qui a attiré l’attention des banquiers centraux, et aussi transformé une règle qui visait à décrire ex post une politique monétaire donnée en une règle de référence à portée normative. La formulation aménagée par Sachs inclut les anticipations des agents économiques. On parle de règle de Taylor généralisée où r = r neutre réel + p anticipée + 0,5 y + 0,5(p – p cible), r neutre réel étant comme on l’a dit plus haut le taux d’intérêt réel dans des conditions monétaires neutres, p le taux d’inflation, p anticipée l’inflation anticipée, et p cible l’inflation ciblée. Cette règle de Sachs permet d’adapter le taux d’intérêt au cycle économique tout en le conciliant avec des objectifs d’inflation. Elle permet de garder un taux d’intérêt supérieur au taux réel neutre quand le PIB se situe au-dessus de son potentiel, ou un taux inférieur en phase de récession (voir https :www.melchior.fr/synthese/regle-de-taylor).

La règle de Taylor a cependant une portée opérationnelle limitée, et cela pour plusieurs raisons. La première d’entre elles est que la détermination de l’inflation anticipée est difficile, de même que celle du taux d’intérêt réel neutre. Dans ces conditions, le choix des variables de référence est entaché d’incertitude, ce qui suscite des divergences d’appréciation quant à l’orientation à donner à la politique monétaire. Une deuxième raison est que ce modèle a été conçu en économie fermée et qu’il n’intègre pas l’influence du taux de change sur le comportement de la banque centrale. Enfin, la dernière raison est que le coefficient de 0,5 n’a aucune portée normative puisqu’il décrit simplement le comportement passé de la FED. Dans ces conditions, l’idée est venue de faire varier le coefficient précédent d’écart d’inflation et d’output gap selon les objectifs que s’assigne la politique monétaire : une politique qui privilégie la relance économique fixera un coefficient de variation plus élevé à l’output gap qu’au différentiel d’inflation ; inversement, une politique qui privilégie la lutte contre l’inflation agira en sens inverse. Et si les objectifs de lutte contre l’inflation et de soutien à la conjoncture sont placés au même niveau, alors on retiendra des coefficients égaux à 0,5.

Quoiqu’il en soit, l’histoire de la BCE au début de son existence montre que les variations du taux d’intérêt sont globalement conformes à la règle de Taylor. Le respect de cette règle reflète alors la volonté de la BCE d’accroître sa crédibilité auprès des marchés financiers en s’imposant une trajectoire de variation du taux d’intérêt permettant à la fois de juguler l’inflation et d’apporter des réponses cohérentes (que certains jugeront toutefois insuffisantes) aux impératifs conjoncturels.

On peut conclure de tout ceci que la règle de Taylor fournit un modèle relativement pertinent d’encadrement des politiques monétaires, et également d’évaluation de celles-ci, qui ne peut toutefois devenir un modèle normatif puisqu’il convient de laisser aux autorités monétaires une marge de manœuvre suffisante en fonction des anticipations en matière de croissance économique et d’inflation.

3 questions à Patrick Artus : ( à venir)

1) Quelle est la règle de Taylor correspondant à la situation actuelle de la zone euro ?

2) Pourquoi la règle de Taylor est-elle variable selon les banques centrales ?

3) La règle de Taylor permet-elle d’anticiper la politique monétaire de la banque centrale ?

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