Définition :
La recherche et développement (R&D) correspond aux activités qui sont menées dans le but de générer des innovations, depuis les activités de recherche fondamentale, qui visent l’invention, jusqu’à celles de développement proprement dit, qui ont pour visée l’application directe de l’innovation. L’activité de R&D est menée par des acteurs publics et privés.
L'essentiel
L’activité de recherche et développement est essentielle pour l’ensemble des pays et acteurs économiques, que ce soit dans une visée de dépassement de la frontière technologique ou de rattrapage. Elle impulse l’innovation, facteur important de croissance économique. Cependant, il n’est pas toujours facile de délimiter ce qui ressort des activités de R&D. Pour ce faire, en 1963, l’OCDE a publié le Manuel de Frascati, qui fait référence pour la définition et la classification des opérations de R&D, il est par exemple utilisé par l’État en France pour attribuer le crédit d’impôt recherche. Le manuel est régulièrement révisé et sa dernière édition date de 2015. Il définit la R&D comme l’ensemble des « activités créatives et systématiques entreprises en vue d’accroître la somme des connaissances – y compris la connaissance de l’humanité, de la culture et de la société – et de concevoir de nouvelles applications à partir des connaissances disponibles ». La R&D peut être réalisée par les entreprises, les universités, des laboratoires de recherche…
Une activité de R&D présente ainsi plusieurs caractéristiques :
elle vise à apporter des éléments de nouveauté, c’est-à-dire qu’elle vise à générer des inventions ou innovations
elle repose sur la créativité, c’est-à-dire sur des « hypothèses originales et non évidentes ». Autrement dit, la R&D repose sur la volonté d’introduire des ruptures, des modifications. Par exemple, la formation du personnel à des techniques déjà éprouvées n’est pas de la R&D
elle revêt un caractère d’incertitude. Par définition, la R&D renvoie à des dépenses dont le rendement est très incertain : on peut chercher sans trouver
elle a un caractère systématique, c’est-à-dire qu’elle repose sur une planification et un budget fixé sur le moyen ou long terme
elle vise la reproductibilité de ses résultats : les résultats de l’activité de R&D doivent viser à être explicites pour pouvoir être utilisés de manière efficace dans la production de nouvelles idées ou de biens et services.
Autrement dit, la R&D se caractérise par le fait qu’elle correspond à des activités menées pour modifier les manières habituelles de faire et qu’elle vise à introduire des inventions et innovations de produits ou de procédés qui pourront être reproduites. Cela étant posé, l’OCDE invite à délimiter la R&D en trois types d’activités : la recherche fondamentale (par exemple, développer la théorie de la physique quantique), la recherche appliquée (utiliser la physique quantique pour concevoir des algorithmes) et le développement expérimental (réaliser un prototype d’ordinateur quantique).
Sur cette base de définition, il est possible de mesurer la R&D par ce qu’on appelle, au niveau macroéconomique, l’effort ou l’intensité de recherche et développement, qui rapporte la dépense totale de R&D au PIB du pays. C’est par exemple cet indicateur qui est retenu par l’UE dans sa politique de recherche et d’innovation : elle vise une intensité de R&D de 3 %, lui permettant de se rapprocher des pays qui investissent le plus dans la R&D tels que la Corée du Sud (son investissement en R&D représente près de 5 % de son PIB en 2024) ou le Japon (3,44 % en 2023). L’intensité en R&D permet aussi de rendre compte de la volonté de monter en gamme d’une économie la Chine avait un effort de R&D inférieur à 2 % de son PIB en 2014, moins de 10 ans plus tard, cet effort est supérieur à celui de l’UE (2,58 % contre 2,24%). Cet indicateur permet aussi de rendre compte des secteurs qui investissent le plus dans la R&D : par exemple, pour l’UE en 2024, le secteur des entreprises réalise une dépense de R&D équivalente à 1,49 % du PIB, alors que les institutions de l’enseignement supérieur ont une intensité de R&D de 0,48 % et l’administration publique, de 0,24 %. L’effort de R&D peut aussi être mesuré à l’aide du nombre de dépôts de brevets.
La R&D est un ensemble d’investissements, qui doivent être financés. Ce sont des activités risquées, au sens où leur rendement est très incertain et avec une information imparfaite, asymétrique. Par ailleurs, les résultats de la R&D, en particulier ceux de la recherche fondamentales, s’apparentent à des biens publics et génèrent des externalités positives. Ces caractéristiques limitent la possibilité d’un financement de la R&D par crédit bancaire. La R&D est alors financée de façon privilégiée sur fonds propres (autofinancement) ou bien par des organismes spécifiques, spécialisés dans le capital-risque. Des marchés financiers ont aussi été créés pour faciliter le financement des entreprises innovantes : le plus emblématique est le NASDAQ aux États-Unis.
Les caractéristiques de la R&D, ainsi que ses difficultés de financement appellent une intervention des pouvoirs publics. Cette intervention passe par un financement direct (financement des universités par exemple, qui favorise la recherche fondamentale) ou indirect via des incitations aux dépenses de R&D pour les acteurs privés (par exemple, le crédit d’impôt recherche). Plus simplement, la R&D peut être encouragée par la protection de l’innovation, notamment via les brevets. La politique de la concurrence peut aussi être mobilisée pour favoriser la R&D : dans le droit européen de la concurrence, il est prévu une exception à l’interdiction des ententes entre entreprises limitant la concurrence pour des activités conjointes de R&D. La prise en compte des effets d’agglomération liés à la R&D incite aussi à des politiques visant à créer des « pôles de compétitivité » ou clusters. En effet, la R&D gagne en efficacité quand la recherche fondamentale, la recherche appliquée et le développement expérimental, ainsi que l’exploitation économique tendent à se faire au même endroit. Elle est aussi rendue plus efficace par la concentration de différents acteurs d’un même secteur comme le modélise la théorie des districts industriels d’Alfred Marshall, approfondie par Paul Krugman à travers la nouvelle économie géographique. La politique de R&D peut aussi passer par la définition d’objectifs précis et des mesures sectorielles fortes, comme l’illustre, par exemple, la politique européenne. Les mesures incitant à la R&D peuvent aussi être impulsées par des agences qui facilitent l’émergence de projets innovants, avec un pilotage orienté mission, à l’instar de la DARPA aux États-Unis.
Enfin, même si les résultats de la R&D sont par définition incertains, elle tend à favoriser l’innovation et les gains de productivité. Elle peut aussi être mise en lien avec le processus de destruction créatrice : la R&D favorise l’apparition d’innovations fondamentales, ainsi que l’application de ces innovations à différents secteurs. Elle facilite aussi la transition entre cycles d’innovations.