Protectionnisme

Définition :

Le protectionnisme désigne un ensemble de mesures prises par les pouvoirs publics pour réduire, de façon volontaire, les importations d’une économie nationale. Il peut s’agir de mesures tarifaires (droits de douane) ou non-tarifaires, comme des quotas d’importation. Le protectionnisme peut aussi prendre la forme d’aides à l’exportation. 

L'essentiel :

Il existe deux grandes catégories d’outils protectionnistes, par lesquels les pouvoirs publics cherchent à « protéger » leur économie nationale, et en particulier, les entreprises, de la concurrence étrangère : les obstacles tarifaires et les obstacles non-tarifaires. 

Les obstacles tarifaires sont les droits de douane, qui consistent en des taxes sur les produits importés. Ces derniers deviennent alors relativement moins compétitifs sur le marché national, ce qui peut procurer un avantage aux producteurs locaux. Le droit de douane peut être ad valorem, c’est alors une taxe qui représentent un pourcentage de la valeur monétaire du produit importé. Dans ce cas, la valeur du produit qui est utilisée est généralement la valeur CAF (coût-assurance-frêt, c’est-à-dire celle du produit une fois qu’il arrive sur le marché national). Par exemple, une taxe de 10 % veut dire qu’un produit qui a une valeur de 200 € aura un prix de 220 €. Il existe aussi des droits de douane « spécifiques », qui ont une valeur fixe pour chaque unité de produit (par exemple, aux États-Unis, un litre de jus d’orange importé subit une taxe de 7,85 cents le litre, en plus des droits de douane ad valorem. Enfin, les droits de douane compensateurs sont des mesures antidumping, qui doivent ramener le prix des produits importés à ceux des produits nationaux. 

Parmi les mesures non-tarifaires, on peut citer les subventions à la production et à l’exportation, les quotas d’importation, les restrictions volontaires à l’exportation, dumping, les barrières réglementaires.

Les subventions à la production et à l’exportation sont des aides publiques apportées aux producteurs locaux pour les rendre plus compétitifs (comme l’a longtemps été la PAC dans l’Union européenne), elles peuvent porter uniquement sur les exportations. Quand ces aides sont utilisées pour permettre aux producteurs un prix plus bas sur le marché, il s’agit de dumping.

Les quotas d’importation sont des limitations de la quantité de produits importés (on peut citer l’exemple des accords multi-fibres sur le textile dans les pays signataires du GATT à partir de 1974 – abrogés dans les années 1990), ces quotas peuvent être discriminants, ne toucher que certains pays (ici ils ont ciblé les économies en développement par exemple)

Les restrictions volontaires à l’exportation sont des mesures par lesquelles un pays limite volontairement ses exportations vers un autre pays, en accord (et parfois sous la pression) avec ce pays. Par exemple, en 1981 un accord passé entre les gouvernements américain et japonais destiné à limiter la pénétration des voitures japonaises sur le marché américain à 1,68 millions de véhicules/an. Les barrières réglementaires peuvent par exemple être des restrictions à l’accès aux marchés publics ou des normes de fabrication (normes techniques, normes de contenu local, normes d’origine…).

 

Le protectionnisme est mis en place généralement pour favoriser les producteurs nationaux, face à une concurrence internationale jugée déloyale ou pour combler un retard par rapport à des économies actuellement plus compétitives. La protection est parfois seulement sectorielle. L’objectif est généralement de préserver, voire de créer des emplois. Cependant, dans une logique de mondialisation des chaînes de valeur, l’avantage obtenu par les producteurs nationaux n’est plus aussi automatique. Surtout, à terme, l’avantage obtenu sur le marché national peut se transformer en désavantage s’il conduit à une forte augmentation des prix à la consommation et conduit à supporter des coûts importants. C’est l’un des arguments forts de la théorie des avantages comparatifs. 

 

Le protectionnisme est recommandé par les auteurs mercantilistes. Pour eux, il est important que le gouvernement protège le marché national pour favoriser les producteurs locaux et donc la richesse du pays. Dans la logique colbertiste, ce protectionnisme doit aussi se comprendre comme favorisant l’industrialisation en créant un cercle vertueux : la création de « champions nationaux » offre des chances d’obtenir un solde commercial positif, objectif du protectionnisme, et favorise l’industrialisation du pays. 

Cependant, cette protection peut gagner à n’être que temporaire, offrant un délai pour que les entreprises nationales deviennent compétitives sur le marché international. C’est la logique du protectionnisme « éducateur », développée notamment par Friedrich List et appliquée par les États-Unis et l’Allemagne lors des premières révolutions industrielles. L’idée est assez simple : pour les économies « moins avancées », s’ouvrir aux échanges risque de conduire à une spécialisation peu avantageuse et à limiter les possibilités de croissance future. En imposant une protection temporaire, notamment sur l’industrie, l’économie nationale peut monter en gamme avant de s’ouvrir pleinement au commerce international. Cette logique inspire aussi les modèles de développement en « vol d’oies sauvages » suivis par plusieurs économies asiatiques à partir des années 1950. 

 

Dans le cadre de la libéralisation des échanges, le protectionnisme a fortement reculé à partir de la signature des accords du GATT puis de la création de l’OMC. Les pays signataires se sont en effet engagés à réduire leurs droits de douane et à supprimer les obstacles non-tarifaires aux échanges. La mise en place de droits de douane compensateurs, de façon temporaire, est autorisée face aux pays qui pratiquent le dumping. C’est un outil qui a été largement utilisé par l’UE et les États-Unis face à la Chine. 

 

La libéralisation des échanges marque le pas depuis la crise de 2008 et on a assisté à un retour progressif du protectionnisme dans les économies avancées comme émergentes : les avantages du commerce international passent au second plan derrière l’accent mis sur la souveraineté. Une dose importante de protectionnisme a ainsi été intégrée à la politique commerciale et industrielle de la Chine à partir de 2015 et du plan « Made in China 2025 ». Dans le même temps, Donald Trump a fait du retour à un protectionnisme élevé (historiquement présent aux Etats-Unis jusqu’à la seconde guerre mondiale) une pierre angulaire de son programme électoral en 2016 puis de sa politique « America First », censée réindustrialiser le pays. La politique commerciale des États-Unis est ainsi orientée autour d’un retour à la protection du marché national. Le protectionnisme n’est alors plus pensé comme un outil au service du développement, mais réellement mis au cœur d’une « guerre commerciale ». Le protectionnisme est en effet une politique qui incite les autres pays à se protéger à leur tour.

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