Globalisation financière

Définition :

Processus d’interconnexion des marchés des capitaux aux niveaux national et international et de constitution d’un marché mondial unique des capitaux. La globalisation financière est une des composantes du processus de mondialisation des économies.

L'essentiel :

La globalisation financière n’est pas un phénomène nouveau. Certains économistes et historiens, à l’instar de Michel Aglietta (La monnaie. Entre dettes et souveraineté, 2016), identifient dès la seconde moitié du XIXème siècle la première globalisation financière. Avant 1914, dans le cadre du régime de l’étalon or, existait déjà une finance mondialisée. En effet, on notait alors une certaine liberté des mouvements de capitaux et une corrélation faible entre taux d’épargne et taux d’investissement nationaux, confirmant l’existence de marchés financiers relativement ouverts. A cette époque, la Grande Bretagne exportait près de 40 % de son épargne et la France 20 %. Cette épargne était destinée aux pays « jeunes » (Etats-Unis, Canada, Australie) qui devaient financer leur démarrage économique. Les flux de capitaux des pays développés vers les pays en développement étaient accompagnés de flux de personnes (émigration de main d’œuvre européenne jeune et productive attirée par les salaires élevés ou les revenus d’entrepreneur). Durant cette première globalisation financière, les capitaux investis l’étaient à long terme et les pays exportateurs se partageaient sans concurrence les destinations (notons que durant la seconde, les flux de capitaux à court terme prennent une ampleur sans précédent et les pays exportateurs d’épargne sont en concurrence).                                     

Avec les deux guerres mondiales, le système financier mondial se fragmente. Durant les Trente Glorieuses, les marchés de capitaux demeurent relativement fermés et la réglementation forte. La corrélation entre taux d’épargne et taux d’investissement demeure forte pour chaque pays. Cependant, les flux de capitaux ne sont pas nuls et c’est à cette période que l’on peut observer les prémisses de la seconde globalisation financière à travers le développement du marché de l’euro-dollar (avoirs en dollars détenus hors des Etats-Unis par des non-résidents américains). A partir des années 1970, on assiste avec le relâchement du contrôle des mouvements des capitaux à un réel essor de la globalisation financière. C’est cependant dans les années 1980 que celle-ci s’amplifie notablement avec l’approfondissement de ce que Henri Bourguinat appellera en 1987 dans Les vertiges de la finance internationale les « 3D » :

  • La dérèglementation des marchés des capitaux facilite les déplacements des flux financiers internationaux ;

  • Le décloisonnement des marchés des capitaux efface progressivement les barrières entre les différents marchés et les différents produits ;

  • La désintermédiation de bilan permet aux agents à besoin de financement d’avoir recours aux marchés financiers directement et plus seulement au crédit bancaire.

Les 3D peuvent être illustrés en France par la modernisation de la place financière de Paris à partir de 1985, la suppression de l’encadrement du crédit en 1987 et du contrôle des changes en 1989. Le développement de ce que l’on a appelé alors les nouvelles technologies de l’information et de la communication participe à créer une unité de lieu avec l’interconnexion de places financières dans le monde et une unité de temps avec des marchés qui fonctionnent 24h sur 24. Le processus de globalisation se poursuit tout au long des années 1990 et au début du XXIème siècle : par exemple, on peut noter que la taille de la finance (mesurée par la masse monétaire M2, l’encours d’obligation, l’encours de crédits et la capitalisation boursière) est passé de 3 fois le PIB mondial au milieu des années 1990 à près de 5 fois avant la crise Covid de 2020 selon les calculs de Natixis.

Deux conceptions théoriques principales s’opposent quant au bien-fondé de la globalisation financière. Pour la première, fondée sur l’apport de Eugene Fama en 1965 (« Random Walks in Stock Markets Price »), la finance n’est en aucune façon parasitaire. Selon cet auteur, les marchés tendent spontanément à converger vers l’équilibre et produisent ainsi une allocation optimale des ressources financières. Les différents opérateurs sont incités à utiliser au mieux toute l’information disponible et le prix reflète toute cette information disponible. Par conséquent, l’épargne migrerait des pays riches où elle est abondante vers les pays pauvres où les rendements du capital sont plus élevés, permettant à ces derniers de générer des gains de croissance économique. L’acceptation de l’hypothèse d’efficience des marchés financiers, à la base de la finance néoclassique (Stephen A. Ross, 2004, Neoclassical Finance), justifie la globalisation financière. Les éventuels dysfonctionnements proviendraient de l’existence d’obstacles à la mobilité des capitaux comme les règlementations publiques.

Dans la lignée des travaux de John Maynard Keynes (Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, 1936), un autre paradigme pointe l’instabilité de la finance. George Akerlof et Robert Schiller (Les esprits animaux, 2009) mettent notamment l’accent sur l’impossibilité de la finance à s’autoréguler et sa propension à générer des bulles spéculatives en raison de comportements mimétiques. Les dysfonctionnements proviendraient ainsi de la finance elle-même ; la globalisation financière doit donc être limitée.

Les études empiriques mettent en lumière le fait que la globalisation financière génère indéniablement des effets positifs mais présente aussi de véritables dangers. Dans une étude pour le FMI (« Le néolibéralisme est-il surfait ? », 2016), Jonathan Ostry et ses co-auteurs affirment que certaines entrées de capitaux, ceux à long terme, sont bénéfiques (investissements directs étrangers) alors que d’autres, ceux à court terme, ont des effets potentiellement négatifs (investissements de portefeuille, capitaux spéculatifs). Selon ces auteurs, les entrées massives de capitaux ont accentué le risque de crise financière dans les pays émergents depuis les années 1980. Ils notent enfin que la qualité des institutions et les politiques menées jouent un rôle très important pour minimiser les risques de la globalisation financière.

 

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