Définition :
L’effet rebond désigne le fait que lorsqu’une innovation permet de consommer en utilisant moins d’énergie et de matière pour produire un bien ou un service, la consommation de ce bien ou de ce service augmente, contrairement aux attentes. Quand l’effet est si fort que les gains d’efficacité apportés par la technologie sont plus que largement compensés par une augmentation des besoins, on tombe dans le « paradoxe de Jevons ».
L’essentiel :
La première description de l’effet rebond remonte à 1865 avec les travaux de l’économiste britannique William Stanley Jevons, qui avait observé dans son ouvrage « The Coal Question » que la consommation anglaise de charbon avait fortement augmenté après l’introduction de la machine à vapeur de James Watt, pourtant bien plus efficace que les modèles précédents. En effet, entre 1830 et 1863, bien que la consommation de charbon par unité de fer produite ait diminué des deux tiers, la quantité totale de charbon consommée a été multipliée par dix. Jevons s’inquiétait de ce phénomène en raison d’une concurrence du charbon américain sur le charbon britannique, qui selon lui finirait par être défavorable au Royaume-Uni, et estimait qu’il fallait réduire l’activité économique pour éviter cette dépendance : « nous devons choisir entre une grandeur brève et une médiocrité continuée plus longtemps ».
Dans les années 1980, le concept a été réactualisé par Daniel Khazoom et Leonard Brookes, qui ont constaté que malgré les améliorations de l’efficacité énergétique des machines à la suite des chocs pétroliers de 1973 et 1979, la consommation globale d’énergie n’a pas diminué. Le schéma est classique : quand la productivité augmente, le prix des produits baisse, ce qui stimule la consommation, tout en améliorant aussi parfois le bénéfice attendu dans la sphère productive.
On distingue trois types d’effet rebond :
L’effet rebond direct se produit quand l’amélioration de l’efficacité énergétique d’un produit en fait baisser le coût d’usage, ce qui entraîne une consommation accrue.
L’effet rebond indirect survient lorsque les économies réalisées dans un secteur donné sont réinvesties dans l’achat d’autres biens et services consommateurs d’énergie.
L’effet rebond qui combine les deux mécanismes précédents. L’amélioration de l’efficacité énergétique d’un produit conduit à la diminution de son prix, d’où l’augmentation de la demande des secteurs fortement consommateurs de ce produit. Elle génère aussi de la croissance économique et enrichit la population, qui peut consommer plus, ce qui augmente la consommation totale d’énergie.
L’effet rebond se manifeste dans de nombreux secteurs. On peut citer le secteur des transports où, malgré l’amélioration progressive des moteurs, les émissions de CO2 ne cessent d’augmenter du fait de différents facteurs (hausse du nombre de véhicules, accroissement de la masse de ceux-ci, climatisation, déplacements plus fréquents et plus longs). On peut aussi citer l’exemple du numérique. Sur la période récente, les technologies de stockage et de traitement de l’information ont progressé, ce qui a réduit le coût unitaire du traitement. Simultanément, la capacité mondiale de traitement a augmenté cinq fois plus vite que la croissance économique. De même, encore plus récemment, on a pu constater un regain de popularité du paradoxe de Jevons avec l’explosion de l’IA générative, et notamment mors de la sortie d’un nouveau modèle d’intelligence artificielle par la société chinoise Deepseek : la baisse de puissance nécessaire pour faire tourner le modèle aurait dû diminuer la demande de puces informatiques, mais contre toute attente, la demande de ces puces finit par augmenter.
De nos jours, l’effet rebond pose un défi majeur dans la lutte contre le changement climatique. Contrairement à ce qu’affirment les partisans de la soutenabilité faible (idée selon laquelle l’utilisation du capital naturel n’est pas une limite à la croissance car elle est compensée par l’efficacité accrue du capital technique qui vient s’y substituer), l’innovation technique seule n’est pas la solution unique à nos défis environnementaux, compte tenu de la demande qui continue d’augmenter. Et cela d’autant plus que les modèles énergétiques et climatiques utilisés par le GIEC et l’AIE ne prennent pas suffisamment en compte les effets rebond, risquant de sous-estimer l’ampleur de la demande énergétique mondiale. Evidemment, tout cela dépend de l’amplitude de l’effet rebond, qui s’explique par différents éléments, dont bien sûr l’élasticité de la demande par rapport au prix. Si cet effet est nul, les économies réalisées correspondent aux prévisions. S’il se situe entre 0 et 100%, on parle de rebond partiel. S’il est de 100%, le rebond est alors total. Et s’il est supérieur à 100%, c’est la situation du paradoxe de Jevons, où la consommation augmente plus vite que la progression de l’efficacité énergétique.
Pour éviter la poursuite de la dégradation environnementale, différentes solutions peuvent et doivent être mise en œuvre (taxes, quotas, réglementations diverses, …), dans la perspective de créer un nouveau rapport à l’exploitation des ressources. Parmi celles-ci, on retiendra l’apparition relativement récente des politique de nudge (en français « coup de pouce »), visant à inciter les individus à changer leurs comportements sans obligation, menace ou sanction.
