Changement climatique : quelle action mettre en place au niveau macroéconomique ?

Melchior vous propose ce décryptage pédagogique de la Note de France stratégie : Changement climatique : quelle action mettre en place au niveau macroéconomique ?

 

Titre et référence de l'article : Jean Pisani-Ferry, Selma Mahfouz, « L’action climatique : un enjeu macroéconomique "

 

Cet article illustre particulièrement bien le chapitre : Quelle action publique pour l'environnement ?

D'une clarté remarquable, elle permet de traiter très simplement de points du programme.

Résumé

La transition climatique doit désormais être accomplie à un rythme accéléré. D’un point de vue économique, cette transition repose sur trois mécanismes principaux : le remplacement des combustibles fossiles par des investissements en capital (2,5 points de PIB en 2030, soit 70 milliards au prix de 2021), l’accélération du progrès technique vers les alternatives aux énergies fossiles et l’amélioration de l’efficacité énergétique, et enfin la sobriété, c’est-à-dire la modération des usages et des consommations énergivores.

A long terme (2050), le progrès technique jouera un rôle majeur. Les progrès déjà réalisés montrent qu’une économie climatiquement neutre n’est pas une utopie, à condition que les entreprises, qui ont produit et innové dans le passé dans le polluant, investissent dans l’innovation « verte », ce qui ne va pas de soi en raison de la « dépendance au sentier » : les entreprises ont tendance à continuer d’innover dans les technologies polluantes, sauf si l’intervention des politiques publiques amène à changer le « coût du sentier » (par des brevets « climat » notamment).

A moyen terme (2030), il faut investir dans les technologies déjà fiables. Or, investir dans un barrage, une centrale nucléaire, un champ d’éoliennes ou encore une ferme solaire, requiert un capital important, tout en permettant de bénéficier en contrepartie d’un coût d’exploitation faible (voir graphique ci-dessous). Si cet investissement supplémentaire stimule la demande, il a cependant tendance à réduire l’offre, parce qu’il dévalorise aussi bien du capital matériel (équipements, bâtiments) que du capital immatériel (brevets) et humain (qualifications). Cette réduction de l’offre risque de générer des tensions inflationnistes, de même qu’une diminution de la productivité du travail. La croissance risque donc d’être temporairement réduite.

Quant aux actions de sobriété, elles sont bien évidemment aussi nécessaires, tout en étant peu gourmandes en capital. Ces actions s’inscrivent dans plusieurs champs, comme la sobriété « structurelle » (nouvelle organisation de l’espace et de nos activités, comme le télétravail par exemple), la sobriété « dimensionnelle » (bon dimensionnement des équipements par rapport aux usages), la sobriété d’ «  usage » (réduire la consommation d’énergie »), et la sobriété « coopérative » (mutualisation des équipements et de leur usage), sans parler de la sobriété « numérique ».

Au total, s’il est vrai que les coûts économiques de la transition sont importants, il importe de bien voir que les politiques publiques ont la capacité de les réduire substantiellement, en élaborant un consensus sur la stratégie à adopter, en remédiant au déficit de crédibilité de la politique climatique (actuellement, il n’y a que 39% des Français qui anticipent que leur pays atteindra son objectif de réduction des émissions pour 2030), en adoptant une démarche économique (fixer une trajectoire explicite pour le prix du carbone, décider du montant et de l’allocation des soutiens à la recherche et développement), en se dotant d’une doctrine d’emploi des fonds publics (quel est le montant des investissements publics en faveur du climat ? Les finance-t-on par l’impôt ou par la dette ?), et en articulant mieux stratégie nationale et stratégie européenne (actuellement, le climat est une compétence européenne, mais nombre d’actions comme la politique énergétique, les transports ou le logement relèvent principalement de décisions nationales).

Retrouvez l'article complet sur le site de France stratégie

Termes clés

  • Choc d’offre : Un choc d’offre est une variation des conditions de production qui peut être positive ou négative. Ce choc peut affecter directement ou indirectement les capacités de production. Par exemple, une destruction de capital (guerres, crises…) crée un choc négatif direct. Inversement, une augmentation massive de l’offre de travail crée aussi directement un choc positif. De manière plus indirecte, une diminution de l’impôt sur les sociétés peut inciter les entreprises à produire plus. Au contraire, une augmentation des prix du pétrole augmente les coûts de production, et peut réduire l’offre.
  • Choc de demande : Un choc de demande est une augmentation de la demande pour les biens et services. Un choc de demande négatif peut résulter d’une augmentation des impôts payés par les ménages ou les entreprises ; un choc de demande positif peut être le produit d’une augmentation des dépenses publiques ou du pouvoir d’achat des travailleurs, ou encore d’une augmentation de l’investissement des entreprises (investissement qui, rappelons-le, présente la caractéristique d’être à la fois une composante de la demande et un facteur d’accroissement de l’offre).
  • Transition climatique : La transition climatique ou écologique est un processus qui consiste à passer d’un modèle économique insoutenable à un nouveau modèle permettant de relever les défis climatiques, environnementaux et sociétaux contemporains. Cette transition passe par la baisse de notre empreinte écologique, et aussi par la recherche de davantage de justice sociale. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on parle généralement de responsabilité environnementale et sociétale.

Le point théorique : les chocs d'offre et de demande

Un choc d’offre négatif fait reculer la courbe d’offre, ce qui diminue la production et augmente le niveau des prix, au moins dans un premier temps. Si la demande est relativement élastique, la hausse des prix réduit ensuite la demande. Avec une élasticité assez forte, le prix passe alors de Pt à Pt+1 (graphique ci-dessus). De manière symétrique, un choc d’offre positif déplace la courbe d’offre vers la droite, ce qui augmente la production et diminue le niveau des prix.

Un choc de demande positif déplace la courbe de demande vers la droite, ce qui augmente le niveau des prix. Un choc de demande négatif réduit le niveau des prix. Les ajustements de l’offre (toujours en fonction du niveau de l’élasticité) permettent ensuite de trouver un nouvel équilibre.

L’extrait pour la classe de terminale : Quelle action publique pour l’environnement ?

« L’incidence économique de la transition varie selon le contexte dans lequel on se place pour l’évaluer. Si beaucoup d’évaluations sont positives en termes d’activité et d’emploi, c’est essentiellement à cause de l’effet demande des investissements. En bonne logique keynésienne, ceux-ci stimulent la croissance et accroissent la demande de travail des entreprises. Dans ce cadre, la vigueur de la réponse de l’économie dépend bien évidemment de la marge des capacités inemployées, laquelle affecte la réponse de politique monétaire et l’ampleur des fuites vers l’extérieur.

Du côté de l’offre en revanche, les implications macroéconomiques de la décarbonation sont a priori négatives. Conceptuellement, celle-ci revient en effet principalement à mettre un prix (explicite ou implicite) sur une ressource (un climat stable) qui était auparavant disponible à coût nul. Quelles que soient ses modalités (taxation du carbone, réglementation, incitations), l’impact est peu ou prou le même. Ne pas le prendre en compte, c’est ignorer que décarboner revient fondamentalement à un choc d’offre avec, dans un premier temps au moins, des conséquences négatives sur la consommation, la productivité du travail et l’output potentiel.

Il suffit pour le vérifier de se placer au plein emploi (ou, pour être précis, de supposer que le taux de chômage est à son niveau structurel) et de raisonner en équilibre partiel, à taux d’investissement inchangé. En vue de décarboner l’économie, une part de l’investissement qui allait à l’extension des capacités de production ou à l’amélioration de la productivité du travail va devoir être consacrée à la recherche de l’efficacité énergétique, à la substitution d’énergies renouvelables à des énergies fossiles, ou au remplacement du capital prématurément déclassé. Toutes choses égales par ailleurs, l’impact sur le PIB potentiel ne pourra être que négatif ».

Les sujets qui font débat

- Quels instruments faut-il privilégier pour lutter contre la transition climatique ?

- A quelles conditions une politique climatique peut-elle être crédible ?

Les + de l’article

- Une explication des mécanismes à mettre en œuvre pour parvenir à la neutralité carbone.

- Une mise en évidence des coûts économiques des actions pour lutter contre le dérèglement climatique.

- Une mise en évidence des éléments de politique publique pour réduire les coûts de la transition climatique.

Pour aller plus loin

Décryptage d'actualité sur le sujet :

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