Première : cours et corrigés

Document 7. Répartition des enfants selon le type de famille et le nombre de parents avec qui ils vivent principalement

Exercice
Le 07/12/2019

Synthèse

 

Déroulé du chapitre :

QUESTION 1 : comprendre la distinction entre normes sociales et normes juridiques, et connaître la diversité des formes de contrôle social.

QUESTION 2 : comprendre que la déviance et/ou la désignation d'un acte comme déviant se définissent comme une transgression des normes et qu'elles revêtent des formes variées selon les sociétés et, en leur sein, selon les groupes sociaux.

QUESTION 3 : comprendre que la déviance peut s'analyser comme le produit de différents processus sociaux (étiquetage, stigmatisation, carrières déviantes).

QUESTION 4: comprendre et illustrer la distinction entre déviance et délinquance.

QUESTION 5: comprendre et illustrer les difficultés de mesure de la délinquance.

 

Conforme au programme officiel (BO)

 

1) La socialisation permet l'apprentissage des normes

Nous avons précédemment étudié comment la socialisation contibuait à expliquer les différences de comportements des individus; de même, nous avons compris comment se construisaient et évoluaient les liens sociaux. Dans ces deux thèmes, il s'est notamment agi de réfléchir sur les expérimentations sociales opérées par les individus et les groupes en identifiant leurs choix de valeurs et de configurations sociales.

Indissociables d'un ordre de valeurs qui, dans chaque société, oriente les comportements des acteurs et des groupes, les normes sont justement les règles qui régissent les conduites individuelles et collectives.

Organisées en système, elles construisent un mode de régulation sociale étudié par les sociologues tels qu' Emile Durkheim dont nous avons travaillé les conceptions de solidarité mécanique et organique (De la division du travail social 1893

2) Les normes sont variables et relatives

Les normes sont donc des comportements attendus par la société ou un groupe social, définis à un moment donné. L'existence de ces normes implique donc une réponse de la société. Lorsque celles -ci ne sont pas respectées, cette réponse «sanction» est alors négative. Elle peut-être positive si le comportement social est intégré, la société valorisant alors le comportement.

Cette première définition conduit à plusieurs remarques. Premièrement, ces comportements prescrits (ou proscrits) sont donc variables selon le groupe, la société ou encore l'époque étudiés, ce que l 'on peut illustrer par l 'exemple de la manière de se saluer. On ne se dit pas bonjour de la même façon en Inde (mains jointes) ou en France (bises ou poignée de main) ou en période de Corona virus (distanciation physique).

Deuxièmement, ces normes appartiennent à des typologies différentes; on pourra distinguer les normes sociales qui sont les règles informelles, abstraites, propres à un groupe social et dont la transgression appelle des réponses également informelles.Ces normes sont tacitement connues de tous et elles reflètent les valeurs en vigueur. Elles se distinguent des normes juridiques qui, au contraire, renvoient à règles formelles, codifiées , souvent écrites ou qui se réfèrent à un règlement, provenant d'institutions. Ces règles sont généralement impersonnelles. Ainsi, dans notre exemple précédent, on peut dire que le salut indien est une norme sociale et la distanciation sociale est une norme juridique dans la mesure où elle devient une règle imposée aux entreprises par l'Etat (arrêté ministériel du19 mars 2020).

On peut donc aussi différencier les normes sociales des normes juridiques par le type d'acteur chargé d'appliquer la sanction.

Les normes juridiques peuvent résulter de la transcription de normes sociales existantes par exemple le PACS a donné une réalité juridique à un réalité sociale notamment pour les couples homosexuels; mais la transposition de normes sociales en normes juridiques ne va pas toujours de soi et participe aux débats de société. On peut illustrer cet aspect avec les questions relatives à la bioethique par exemple sur le cas de la GPA. Enfin s'il ne s'agit donc pas d'opposer normes sociales et normes juridiques, on peut cependant retenir l'idée que seules les normes juridiques sont capables de prescrire des comportements nouveaux (voir par exemple la loi du 6 juin 2000 sur la parité en politique), alors que les normes sociales sont l'émanation de la société et le reflet du changement social (loi Veil sur l 'IVG en 1975).

3) La transgression des normes et le contrôle social

Lorsque les normes ne sont pas respectées, on évoque alors des comportements déviants. La déviance désigne ainsi au sens le plus large les comportements non conformes aux normes en vigueur dans un groupe donné. Le contrôle social est alors la réponse (sous forme de gratifications ou de sanctions) du groupe ou de la société à la déviance.

Le contrôle social a donc pour finalité d'assurer la conformité des comportements aux normes et de façon plus générale de participer et/ou maintenir la cohésion sociale. De la même manière que nous avons distingué les normes sociales des normes juridiques , on pourra également établir deux formes de contrôle social. Le contrôle social formel qui renvoie à un cadre institutionnel et aux normes juridiques et le contrôle social informel qui s'incarne dans les interactions sociales et donc en lien avec les normes sociales. Les sanctions sont elles aussi marquées par cette dichotomie : les sanctions juridiques et officielles pour le contrôle formel et les réactions plus diffuses (approbations/desapprobations) pour le contrôle informel. On peut illustrer ces aspects en évoquant d'une part dans le cadre familial des situations de rappels à l 'ordre lorsque les règles de politesse ne sont pas repectées -contrôle informel des parents ou dans le cadre d'une infraction au code de la route sanctionnée par une amende -contrôle social formel du tribunal de police. Il est possible de présenter un troisième forme de contrôle social interne ou auto-contrôle, qui procède de l 'individu lui même lorsqu'il a totalement intériorisé certaines contraintes; par exemple, en raison de principes comme la liberté d'autrui ou d'éléments de mœurs comme la pudeur, on n'installe pas sa serviette de plage, trop près d'autres vacanciers. Ces trois formes de contrôle social coexistent même si on peut aussi faire état du poid renforcé du contrôle social formel dans les sociétés modernes.

Notions

Stabilité et force des liens sociaux dans une société donnée, résultant à la fois du rapport à l’emploi et à la protection sociale (régulation institutionnelle), ainsi que du rapport à la famille et aux autres groupes d’appartenance auxquels l’individu est rattaché (régulation privée).
Ensemble des mécanismes permettant l’élaboration, la transformation ou la reproduction des normes par les acteurs sociaux.
Ensemble des moyens par lesquels une société réussit à faire respecter les normes nécessaires à la vie en collectivité.

EXERCICE 3:[pour aller plus loin]Réfléchir sur les liens entre conformité, autorité et contrôle social

Exercice
Le 29/08/2020

DOCUMENT 1: identifier le rôle des normes et comprendre la dictinction norme sociale/norme juridique.

Exercice
Le 29/08/2020

Synthèse

Déroulé du chapitre :

QUESTION 1. COMMENT INTERPRETER LA PARTICIPATION ELECTORALE À PARTIR D’INDICATEURS ?

QUESTION 2. COMMENT COMPRENDRE LA PARTICIPATION ÉLECTORALE?

QUESTION 3. POURQUOI LE VOTE EST-IL A LA FOIS UN ACTE INDIVIDUEL ET UN ACTE COLLECTIF ?

QUESTION 4. COMMENT COMPRENDRE LA VOLATILITE ÉLECTORALE?

 

Conforme au programme officiel (BO)

Avec la diffusion du modèle démocratique au XX° siècle, les élections se banalisent et se trouvent progressivement cantonnées à une légitimation périodique des gouvernements. Le résultat d’un vote, apparemment simple, traduit un acte de voter très complexe, mobilisant chez l’électeur des motifs et de la part des analystes des explications qui imbriquent l’individuel et le collectif.

 

1. La constitution socio-historique du citoyen électeur

L’élargissement du droit de suffrage

Celui-ci se traduit par l’accroissement des corps électoraux, qui a connu une progression différenciée selon les cadres nationaux et les types de coalition de classe ayant promu la démocratie. Elle a donc été précoce en Grande-Bretagne, brutale en France et discontinue dans le Reich wilhelmien, et s’est caractérisée par une série d’inclusions/exclusions dans la population et par un rôle rationalisateur joué par l’État. Cet élargissement du corps électoral a fonctionné au XIX° siècle comme une véritable technologie de sortie de crise : il fallait canaliser les pulsions insurrectionnelles – résultant à la fois d’une délégitimation des formes d’autorité liées à l’Ancien Régime et d’une recherche juridique d’autres fondements de la souveraineté - vers le vote.

La construction de l’électeur libre et éclairé

La mobilisation d’électeurs libres n’est pas spontanée, d’où le rôle joué par des tuteurs du suffrage : l’inscription sur les listes électorales activée périodiquement et le déploiement d’une pédagogie du devoir de voter, visant à délégitimer les autres moyens d’expression, orientent l’électeur vers le « bon vote ». Mais celui-ci résulte à la fois de la mobilisation d’idéaux démocratiques (libre discussion, information non contrainte) et de pratiques non-démocratiques (candidatures officielles, clientélisme politique).

La constitution d’électorats

L’addition abstraite de suffrages – formalisée dès la fin du XVIII° siècle par Condorcet – contribue à la nationalisation de la vie politique, laquelle est analysée comme le résultat d’une compétition pour chaque scrutin par les partis politiques, les agents administratifs locaux et les commentateurs spécialisés. Au final, voter combine trois dimensions : participer à une institution démocratique (dimension collective), exprimer des motifs subjectifs (dimension individuelle) et, selon Michel Offerlé « avoir voté pour des enjeux définis par des spécialistes, au vu des résultats agrégés » (reconstitution du sens donné à des additions abstraites de suffrages). La fabrique de ces électorats renvoie aux fonctions sociales du vote.

 

2. Les fonctions du vote et la traduction des préférences

Les fonctions sociales du vote

On peut d’abord mettre en avant deux fonctions sociales explicites. D’une part, les électeurs expriment des préférences politiques , comme par exemple un vote assumé à Gauche lors de l’élection présidentielle de 1981, une inquiétude à l’égard d’effets présumés négatifs d’une nette orientation économiquement libérale lors du référendum sur le projet de Constitution européenne en 2005, un rejet de la Présidence Sarkozy en 2012. D’autre part, il s’agit de choisir des représentants (ce qui pose le problème de la mauvaise traduction sociologique de la société civile) ou de trancher une question posée par référendum, et, dans les deux cas, le taux de participation est une donnée essentielle. Mais le vote a également quatre fonctions sociales implicites. Il peut traduire un sentiment d’appartenir à un groupe (une classe sociale…) ; Il peut aussi traduire le sentiment, à travers le rituel du bureau de vote, de partager des valeurs collectives nationales et consensuelles. Enfin, le vote renforce la légitimation des gouvernants constitue un test pour la représentativité des forces politiques.

Le résultat du vote. L’importance du mode d’expression des préférences

Nous avons vu (doc. 3) que Condorcet (1743-1794), partant de l’égalité des citoyens résultant du Contrat social de J.-J. Rousseau, explore les difficultés concrètes de mise en œuvre de ce principe en s’intéressant à l’organisation du vote en démocratie : si chaque humain a une voix, comment réaliser le Un (l’unité politique de la nation) à partir du multiple ? Suffit-il d’un calcul arithmétique des suffrages pour qu’on puisse affirmer que le vote est bien la source de la volonté générale ? Selon le paradoxe, sur un plan strictement logique, la préférence collective exprimée peut contredire les préférences individuelles agrégées ; tout dépend du mode d’expression des préférences structuré par un mode de scrutin. Ainsi, François Bayrou a été le « vainqueur de Condorcet » des élections présidentielles de 2007 et 2012 (il aurait vaincu deux à deux chacun des autres candidats) sans passer le cap du second tour, principalement à cause du mode de scrutin majoritaire à deux tours, et Emmanuel Macron a été le « vainqueur de Condorcet » en 2017, malgré ce mode de scrutin.

La communication autour des résultats du vote

Le nuançage politique est une opération de classement des résultats électoraux réalisée par le Ministère de l’Intérieur permettant d’éclairer les citoyens sur la structure de l’offre politique. En pratique, les préfets attribuent une « nuance politique » aux listes et candidats en lice lors d’un scrutin en opérant des regroupements par proximité idéologique Cf. Supra, Question 1 : Comment interpréter la participation électorale à partir d’indicateurs?, dossier sensibilisation, doc.5). Ces informations sont utilisées par les électeurs pour décrypter les enjeux d’un scrutin et par les chercheurs en sciences politiques. Cela explique que la « circulaire Castaner » du 10 décembre 2019 modifiant les règles d’attribution de ces nuances avant les élections municipales de mars 2020 ait été durement critiquée par de nombreux politistes et sanctionnée par le Conseil d’État (doc.4). Cette circulaire a été remplacée par celle du 3 février 2020, le Ministre de l’Intérieur prenant acte de l’enjeu : le principe de transparence en démocratie représentative ne peut être mis à mal.

 

3. Le vote, acte individuel et collectif. Les modèles explicatifs

Dans leurs comportements électoraux, les citoyens vont se saisir de l’offre politique à travers notamment une identification partisane. Ils vont de ce fait mobiliser une culture, qui a été transmise par le processus de socialisation politique et qui puise ses ressources dans un système d’idées et de valeurs sociétal (par ex., prégnance de l’égalité et de la laïcité en France). Max Weber distingue trois modèles principaux de comportements électoraux : le vote de transaction, le vote identitaire communautaire et le vote identitaire de conviction. Le premier et le troisième modèle correspondent au vote comme acte individuel, le second modèle au vote comme acte collectif. Voyons comment, depuis Weber, les modélisations ont pu se distribuer entre ces deux dimensions du vote.

Les modèles fondés sur la stratégie de l’acteur individuel

  1. Le vote comme expression de préférences en fonction d’une offre électorale

L’offre électorale est une configuration très complexe qui combine à l’intérieur d’un système politique et pour un scrutin donné un système de partis politiques (degré de fractionnement, niveau de polarisation idéologique, degré de stabilité), un mode scrutin (majoritaire à un ou deux tours, proportionnel), un système d’alliances (coalition minimale, hégémonie), et des programmes incarnés par des candidats. Le juriste et politiste Maurice Duverger (Les partis politiques, 1951) a ainsi synthétisé les enjeux macro et micro-politiques d’une telle offre.

Face à cette offre électorale, le modèle d’Anthony Downs (An Economic Theory of Democracy, 1957) est présenté comme un homo oeconomicus qui cherche à maximiser le profit économique et symbolique qu’il peut retirer du vote : parfaitement informé, il est capable d’évaluer et de hiérarchiser les bénéfices personnels qu’il pourra en tirer.

  1. Le vote comme préférence en fonction des enjeux contextuels

Dans le prolongement du modèle de Downs, les universitaires américains Norman Nie, Sydney Verba et John Petrocik (The Changing American Voter, 1976) ont produit le modèle du « vote sur enjeux », conçu comme une remise en question du modèle de Michigan, qui était centré sur l’identification partisane et la socialisation primaire. Au contraire, les électeurs effectueraient de plus en plus leurs choix en fonction des débats du moment, étant capables de décrypter l’offre politique et de formuler des préférences.

Les modèles fondés sur les appartenances sociales

  1. Le vote, expression d’appartenances sociales

L’accroissement des inégalités de niveau de vie et de patrimoine observé depuis la fin des années 1970, accentué par les politiques fiscales libérales menées depuis une quarantaine d’années, rend à nouveau pertinent l’analyse du vote en termes de classes sociales. Jusqu’aux années 1980, la classe ouvrière qui votait traditionnellement à gauche, s’est muée en classe populaire hétéroclite caractérisée par un apolitisme méfiant, un rejet de la classe politique et un vote « hors-système ». La classe moyenne reste orientée vers certaines valeurs de gauche (méritocratie, justice sociale) et témoigne d’une faible attirance pour les extrêmes et d’une sympathie pour les candidats se positionnant hors du clivage gauche-droite (F. Bayrou, puis E. Macron). La classe bourgeoise (noyau dur au sein des 17% formant les PCS supérieures) vote massivement à droite, sans pour autant adhérer aux principes du libéralisme économique, et vise à protéger un patrimoine important.

  1. L’identification idéologique et partisane

Les identités collectives de gauche (le socialisme a depuis 1848 une histoire trouble avec la gauche politique, et la troisième voie de Tony Blair a dans les années 2000 opéré un recentrage, dont la posture « hors partis » du Président Macron est le prolongement) et de droite (depuis les années 1970, on assiste à une tension permanente entre les avatars de l’orléanisme cherchant un équilibre des institutions, et ceux du bonapartisme orienté vers une concentration pouvoir), de manière plus marquée en France qu’ailleurs, sont mobilisées par les électeurs à travers un processus d’identification partisane, d’intensité variable.

  1. Les modèles holistes d’explication du vote

Envisagés de manière chronologique, ils s’intéressent soit à l’environnement du citoyen-électeur, soit à ses caractéristiques sociologiques. Le modèle écologique-géographique d’André Siegfried (Tableau de la France de l’Ouest, 1913) a dissocié des comportements électoraux orientés à droite (la Vendée du nord granitique) et à gauche (la Vendée du sud calcaire) en combinant trois données : la nature du sol, le mode d’habitation et le régime de propriété. Selon le modèle de Columbia (Paul Lazarsfeld et alii, The People’s Choice, 1944), le statut socio-économique associé au lieu de résidence (rural ou urbain) permet d’identifier des groupes sociaux dont les comportements électoraux sont prédictibles. Pour le modèle du Michigan (The American Voter, 1960), c’est l’identification à des valeurs - via la socialisation familiale- qui détermine une identification partisane durable. Enfin, en France, des enquêtes du CEVIPOF ont montré dans les années 1980 (Guy Michelat et Michel Simon) deux fortes corrélations, entre culture ouvrière et vote communiste, et entre catholicisme pratiquant et vote à droite.

Au final, les modèles holistes rendent mieux compte de phénomènes récurrents (« bastions géographiques », ainsi l’Ouest vote à gauche, l’Est à droite ; spécificité de comportements de certains groupes sociaux, par exemple le vote conservateur des travailleurs indépendants), et les modèles stratégiques expliquent plus facilement les phénomènes de volatilité électorale.

Notions

Mode d’élection réservant le droit de vote à ceux qui ont payé un impôt (le cens) et qui bénéficient donc d’un revenu relativement élevé.
Mode de suffrage ouvert à tout détenteur des critères de la citoyenneté (nationalité, âge et jouissance des droits civiques).
Le vote sur enjeu est un choix électoral fondé sur la préférence en faveur de telle ou telle politique publique, au-delà des préférences partisanes.
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