Utilitarisme

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Définition :

L’utilitarisme est une doctrine qui réduit la notion de juste à celle de l’utile, faisant en conséquence de l’intérêt le principe fondamental du droit et de la morale.

L'essentiel :

Les pères fondateurs

L’utilitarisme trouve son origine dans les œuvres des « pères fondateurs «  que sont Jérémy Bentham (1748-1832) et John Stuart Mill (1806-1873). Il est fondé sur le principe du « plus grand bonheur », permettant de diviser les actions en bonnes ou mauvaises selon qu’elles tendent à augmenter ou non le bonheur et à diminuer la souffrance. On distingue généralement l’utilitarisme « égoïste » de Bentham de l’utilitarisme « altruiste » de Mill. 

Bentham (Introduction aux principes de la morale et de la législation, 1789) reprend une expression déjà utilisée avant lui pour caractériser le principe d’utilité : « le plus grand bonheur pour le plus grand nombre ». Cela signifie qu’il est essentiel de ne pas confondre cette notion d’utilité avec une forme d’égoïsme élémentaire s’appuyant exclusivement sur la recherche de l’intérêt personnel, puisque le bonheur dont il est question ici est le bonheur de l’ensemble de la population considérée, et non simplement la somme des intérêts des individus qui la composent. 

Et, en effet, comme la sociologie de Raymond Boudon l’a bien montré au XXème siècle, l’addition des intérêts individuels ne débouche pas forcément sur une situation optimale pour l’ensemble des membres du groupe (voir la notion Individualisme méthodologique). Le plus grand bonheur pour le plus grand nombre concerne plutôt le bonheur public, qui n’est pas celui de la conduite privée. Autrement dit, le principe d’utilité ne fonctionne qu’en société, et l’utilité est toujours définie socialement. La limitation de nos intérêts individuels doit se faire à travers la loi et l’Etat, et c’est cette intervention étatique qui permet de réaliser le principe du bonheur général. C’est d’ailleurs ce point qui distingue l’utilitarisme du libertarisme qui s’appuie plutôt sur une doctrine de l’Etat minimal (voir la notion justice sociale).

Un autre aspect du principe d’utilité est qu’il se distingue de l’égalitarisme qui vise à l’attribution du même bonheur pour tous, même si la quantité disponible pour chacun est plus faible. L’amélioration globale du bien-être d’une population peut s’accompagner d’inégalités relativement importantes au sein de celle-ci. Ce qui compte, c’est l’accroissement de la taille du gâteau.

Dans la philosophie de Bentham, le calcul des plaisirs et des peines est au centre de ses préoccupations, et c’est d’une véritable arithmétique des plaisirs et des peines dont on doit faire résulter un maximum possible de bonheur. Pour arriver à un tel calcul, Bentham a mis en place sept caractéristiques permettant d’estimer la valeur de chaque plaisir et de chaque douleur. Ce sont l’intensité, la durée, la certitude (probabilité qu’un acte provoque un certain plaisir ou une certaine peine ), la proximité ou l’éloignement (temps que met un acte pour donner du plaisir ou de la peine), la fécondité (probabilité qu’un plaisir ou une peine soit source d’autres plaisirs et peines), la pureté (probabilité qu’un plaisir ne soit pas source de déplaisir), et enfin la portée (nombre de personnes auxquelles s’étend le plaisir ou la douleur qu’a provoqué un acte). C’est ce « quantitativisme »qui fera dire à Marx dans Le capital (1867) que l’utilitarisme n’est qu’une « philosophie d’épicier » et que Bentham est un « oracle insignifiant, pédant et vaniteux de l’intelligence bourgeoise ordinaire du XIXème siècle ».

L’utilitarisme de Bentham est aussi généralement qualifié de « conséquentialiste », ce qui signifie que ce sont les conséquences d’une action qui permettent de juger de sa moralité. L’intention de celui qui fait l’action n’intervient pas dans le calcul de la moralité de cette action : peu importe que l’acteur soit généreux ou machiavélique, ce sont les conséquences qui doivent être morales.

 

John Stuart Mill (L’utilitarisme,1861) est l’héritier direct de l’utilitarisme de Bentham. Il s’en écarte toutefois en développant ce que l’on a appelé un « utilitarisme indirect ». Là où Bentham définit le welfare par le plaisir, Mill définit le welfare par le bonheur. Le plaisir n’est plus la fin de la moralité comme chez Bentham, il ne joue un rôle qu’indirectement, dans la mesure où il contribue à augmenter la somme de bonheur des individus. Cela s’explique parce que si on admet que l’utilitarisme est une doctrine pour laquelle le plaisir est la seule chose désirable, on risque de tomber bien bas, et John Stuart Mill affirme qu’on a alors affaire à une « doctrine qui ne convient qu’aux porcs ». C’est la raison pour laquelle Mill introduit la notion de qualité des plaisirs, là où Bentham était obsédé par la quantité de ceux-ci. Selon Mill, il y a plusieurs espèces de plaisirs, et certaines sont plus désirables que d’autres. Confronté aux deux modes de vie qui sont ceux du corps et de l’esprit, il faut admettre que l’homme désire le plus les plaisirs de l’esprit. Et de manière générale, ce que vise Mill c’est l’amélioration de l’humanité en abandonnant la conception d’une éthique utilitariste enfermée dans l’aspect quantitatif de la valeur d’une vie. Le bonheur se définit surtout par sa qualité, et il faut distinguer le bonheur de la simple satisfaction. Là où les plaisirs inférieurs ne font que nous satisfaire, les plaisirs supérieurs nous rendent heureux. Evidemment, il arrive que l’humanité se tourne vers les plaisirs inférieurs, mais c’est parce que ceux-ci sont facilement accessibles, là où les plaisirs supérieurs (résultant du travail de l’esprit) sont d’un accès plus difficile. Au total, il vaut mieux être « Socrate insatisfait qu’un imbécile satisfait ».

Le débat entre l’utilitarisme de Bentham et celui de Mill a conservé de nos jours toute son actualité. Faut-il considérer que dans notre société de consommation tout se vaut dès lors que l’on peut augmenter le niveau de vie de la population, ou faut-il plutôt « étalonner qualitativement les plaisirs » comme le veut Mill en distinguant par exemple des biens « essentiels » et des biens « non essentiels », la production de biens jugés essentiels devant être encouragée et soutenue par la puissance publique ? 

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