Répartition

Définition :

La répartition est l’ensemble des opérations par lesquelles la valeur ajoutée (chiffre d’affaires – les consommations intermédiaires) générée par la production est distribuée entre le travail, le capital, et les administrations publiques.

L'essentiel :

Les revenus des agents proviennent de deux répartitions. La répartition primaire est la répartition de la valeur ajoutée créée dans l’économie et qui donne naissance aux revenus primaires. Concrètement, cette répartition repose sur trois composantes que sont les salaires pour les travailleurs, l’excédent brut d’exploitation pour les entreprises (solde de gestion qui précède les opérations d’amortissement, de remboursement des intérêts et du principal des emprunts, et les dividendes versés aux actionnaires), et les impôts liés à la production pour l’Etat (qui n’incluent pas l’impôt sur le bénéfice).

Voir le cours de seconde « Comment mesure-t-on les richesses ? » :

Cette répartition primaire est suivie d’une répartition secondaire du fait de la puissance publique qui repose sur la perception par celle-ci de prélèvements obligatoires (impôts et cotisations sociales) et le versement de prestations sociales diverses : c’est ce que l’on appelle la redistribution.     

La répartition primaire correspond globalement au partage entre les salaires et les profits. Aujourd’hui comme hier, cette répartition est considérée comme une des clefs de la croissance économique. Au XIXème siècle, la répartition correspondait au partage entre les salaires, les profits, et la rente foncière. En 1817, David Ricardo, dans les Principes de l’économie politique et de l’impôt, pense que les modalités de ce partage représentent à terme une menace pour la croissance économique. Les salaires sont à l’époque au niveau du minimum de subsistance, la rente foncière augmente du fait de la mise en culture de sols moins fertiles liée à l’accroissement démographique, ce qui fait que les profits ne peuvent que se réduire, et qu’en conséquence l’état stationnaire guette l’économie. De nos jours, la rente foncière ne joue plus un rôle essentiel dans les économies (ce qui ne veut pas dire que les phénomènes de rente soient inexistants), mais le partage salaires-profits fait toujours l’objet d’un soin attentif. On se rappelle la célèbre formule du chancelier d’Allemagne Helmut Schmidt : « les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et l’emploi d’après-demain ». Si le profit des entreprises est important pour la croissance économique, il n’en reste pas moins qu’il ne faut pas négliger dans une économie le rôle de la demande. Un partage salaires-profits trop déséquilibré en faveur des profits est un facteur important de désinflation, voire de déflation économique.

Depuis maintenant près de 40 ans (depuis le début des années 1980), dans l’ensemble des pays du monde, la part de la valeur ajoutée distribuée aux salariés n’a pas cessé de décroître. Sur cette période, elle est passée respectivement de 68% à 60% dans les pays européens, et de 65% à 58% aux Etats-Unis.

Quelques explications sont avancées pour expliquer l’augmentation des profits. La première s’intéresse à la marge que font les entreprises lors de la vente de leur production, c’est-à-dire l’écart entre le prix de vente et les coûts de production. L’origine de cette marge résiderait dans une concentration accrue de l’activité économique qui augmente le pouvoir de marché des plus grandes entreprises. Par exemple, aux Etats-Unis, le marché est de plus en plus dominé par des entreprises « superstars » comme Google ou Apple, dont l’émergence s’explique à la fois par les innovations technologiques et la globalisation économique et financière, et dont la domination peut être difficilement corrigée par la politique de la concurrence.

Une deuxième explication réside dans la baisse de la part salariale, qui s’explique par la diminution du taux de syndicalisation, l’affaiblissement plus général du pouvoir de négociation des salariés, et aussi le monopole que les grandes entreprises exercent sur le marché du travail, contribuant à affaiblir encore le pouvoir de négociation des salariés.

Une troisième explication est reliée à des changements dans la gouvernance des entreprises. Une part accrue du profit n’est pas réinvestie, mais distribuée aux actionnaires, sous la forme de dividendes ou de rachat d’actions. Cette évolution reflète le passage depuis les années 1980 d’un capitalisme managérial à un capitalisme actionnarial, financiarisé, facilité par la globalisation financière, et dont le principe est la maximisation de la valeur actionnariale, en cherchant bien sûr à réduire le plus possible la part salariale dans le revenu global.

Cela dit, avant de réfléchir à la mise en place de politiques économiques visant à changer le partage de la valeur ajoutée, il faut se demander quel est le « bon » niveau de la part salariale. Or, cette question est complexe. Il n’y a en effet pas de consensus sur les déterminants de ce partage. Pour les auteurs néoclassiques, cette question ne présente pas beaucoup d’intérêt ; il suffit que chaque facteur soit rémunéré selon sa productivité marginale pour que l’optimum économique soit atteint. Pour la plupart des économistes cependant, qui examinent cette question sous l’angle empirique, le partage de la valeur ajoutée devrait être stable, fluctuant autour d’une valeur d’équilibre quasiment immuable (en vérifiant la loi des « 2/3, 1/3 » : 2/3 pour les salariés ; 1/3 pour les profits). Et les comparaisons internationales sont souvent délicates. Par exemple, on observe depuis les années 2000 une chute de la part qui revient au travail aux Etats-Unis et en Allemagne, et une stabilité relative en France et au Royaume-Uni. Mais on ne peut pas conclure pour autant que le taux de marge serait trop faible en France ou trop élevé en Allemagne. En effet, la fonction de production est déformée en Allemagne et aux Etats-Unis, du fait d’une pénurie structurelle de travailleurs dans ces deux pays. Et la France et le Royaume-Uni sont au contraire préservés par la démographie, le salaire minimum ayant pu permettre à ces pays de stabiliser le partage. Le SMIC français, comme le « living wage » britannique, augmentent dans ces deux pays le niveau de vie des bas salaires, au détriment des marges réalisées dans le secteur des services.

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Quant à la répartition secondaire, elle consiste à prélever une partie des revenus primaires de certains agents économiques pour les transférer vers d’autres agents. Cette redistribution est opérée par les Administrations publiques (APU). Elle peut avoir pour objectif de soutenir la croissance économique (en diminuant les prélèvements obligatoires, en augmentant le revenu disponible des ménages, donc la consommation), la protection contre les risques sociaux (voir Etat-Providence), et surtout la lutte contre les inégalités. Elle repose sur l’idée que les inégalités issues de la répartition primaire ne correspondent pas à une certaine conception de la justice sociale, et donc qu’il convient de mettre en place un transfert des ressources des hauts revenus vers les bas revenus pour organiser une solidarité objective entre les plus riches et les plus pauvres. Reste à savoir dans quelle mesure cet objectif est atteint et à quel prix (voir redistribution).

Trois questions à Patrick Artus :

1)  Comment a évolué dans les grandes lignes le partage de la valeur ajoutée dans les pays riches depuis 40 ans ?

2)  Quels sont les déterminants de ce partage de la valeur ajoutée ?

3)  Y a-t-il un « bon » partage de la valeur ajoutée ?

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