Définition :
L’innovation est un concept économique, ce qui le différencie du terme invention qui renvoie au vocabulaire technique et scientifique. L’innovation renvoie à l’utilisation industrielle, artisanale ou commerciale d’un progrès scientifique ou technique. C’est l’économiste autrichien Joseph Schumpeter, dans Capitalisme, socialisme et démocratie (1942), qui définit précisément l’innovation et lui donne une place motrice dans l’analyse du processus de croissance, par le biais du concept de la destruction créatrice.
L'essentiel :
Selon J. Schumpeter, l’innovation peut prendre cinq formes. Il peut s’agir de nouveaux produits, de nouvelles méthodes de production et de transport, de nouveaux marchés, de nouvelles méthodes d’organisation productives ou de nouvelles sources d’énergie. Concrètement, on distingue le plus souvent les innovations de produit des innovations de procédés qui renvoient à des changements, plus ou moins importants, des méthodes de production et de distribution. Les innovations de procédés concernent les méthodes de production, la logistique et la distribution, le système d’information et de communication mais aussi les tâches administratives, de gestion, de comptabilité, les relations avec les fournisseurs, l’organisation du travail ou encore le service après-vente. Empiriquement, cette distinction est parfois peu opérante. Ainsi, internet relève des deux à la fois : nouveau mode de production (vente en ligne, service en ligne) et nouveau produit de consommation également.
Les innovations peuvent aussi être classées à partir de leur ampleur : il existe des innovations de rupture, celles que J. Schumpeter appellent radicales. D’autres, en revanche, sont mineures voire incrémentales c’est-à-dire qu’elles n’apportent qu’une amélioration du bien existant.
Voir la vidéo : Philippe Aghion : Quels sont selon vous, les facteurs d’émergence de l’innovation ?
De nombreux économistes se sont intéressés aux facteurs expliquant l’émergence d’innovations. J. Schumpeter a mis l’accent sur le rôle de l’entrepreneur, figure essentielle, énergique, qui bouleverse la routine de production par son sens de l’initiative. Les innovations arrivent le plus souvent en grappes, selon Schumpeter : une innovation en entraîne une autre et ce pour différentes raisons. D’une part, les innovations lèvent les obstacles techniques d’autres entreprises. D’autre part, les entrepreneurs innovateurs dégageant des profits importants, des comportements d’imitation se mettent nécessairement en place et les nouvelles méthodes, les nouveaux produits se diffusent plus rapidement. Ce sont ces externalités positives qui permettent d’expliquer le rôle moteur des innovations sur l’ensemble de l’économie. Mais, dans le même temps, l’innovation a nécessairement des effets négatifs sur certains secteurs et certains emplois. Dans la mesure où l’innovation de procédé permet des gains de productivité dans le secteur où elle est mise en place, des emplois disparaissent. Ce double mouvement articulant externalités positives et négatives de l’innovation est résumé par J. Schumpeter dans sa célèbre expression de « destruction créatrice ».
L’innovation a des effets sur la structure du marché, en particulier sur la concurrence, puisque, par son avantage technologique, l’innovateur obtient une position monopolistique qui lui permet d’éliminer ses concurrents. Ces situations monopolistiques génèrent des surprofits mais Schumpeter montre que cette structure de marché ne peut être que temporaire, les profits élevés attirant de nouveaux investisseurs qui ramèneront le marché à une logique de concurrence. Dans cette perspective, c’est donc l’investissement qui concourt à la diffusion du progrès technique et à la croissance.
Au-delà de Schumpeter, les analyses de la croissance ont insisté sur le rôle essentiel de l’innovation et du progrès technique. Depuis les études empiriques sur la croissance française de Carré, Dubois et Malinvaud jusqu’aux analyses de R. Solow et aujourd’hui aux néo-schumpétériens tels que P. Aghion, l’accent est mis sur la relation entre croissance et innovation et les « pannes » de croissance sont largement articulées aux caractéristiques de l’innovation notamment celle des NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication). L’innovation semble ne plus suffire à expliquer la dynamique de croissance. « Il y a des ordinateurs partout, sauf dans les statistiques de la productivité. », a écrit R. Solow en 1987. Certains économistes considèrent avec R. Gordon que l’on assiste aujourd’hui à la fin du progrès technique et à la fin de la croissance, ce qui conduirait à la stagnation séculaire, réactivation de la notion ricardienne d’« état stationnaire ». Avec le développement de l’IA, la problématique de l’impact de l’innovation sur l’emploi est aujourd’hui réactivée.