Définition
L’empreinte écologique est un indicateur qui évalue la surface terrestre et maritime nécessaire à une population donnée pour répondre à ses besoins et pour absorber ses déchets. Elle s’exprime en hectares par habitant, et plus précisément en hectares globaux (hag), c’est-à-dire en hectares ayant une productivité égale à la productivité moyenne.
L’essentiel
Le concept et la méthode de l’empreinte écologique ont été développés par Mathis Wackernagel et William Rees entre 1990 et 1994. Constatant que les habitants d’une ville ont besoin d’une certaine surface de terres biologiquement productives (surfaces agricoles, espaces forestiers), un indicateur peut mesurer cette pression humaine sur les ressources naturelles en comparant l’offre en ressources naturelles à sa demande.
La notion d’empreinte écologique a connu un succès croissant à partir de la fin des années 1990. Le WWF (World Wide Fund for Nature, ou Fonds mondial pour la nature, organisation non gouvernementale créée en 1961 et vouée à la protection de la nature et au développement durable) a fortement contribué à la populariser.
La surface d’empreinte écologique peut être calculée pour l’ensemble de l’humanité, pour un pays, pour une région ou une ville, pour un ménage, ou encore pour un poste de consommation finale (alimentation, logement, transports…). Selon les rapports de WWF, au niveau mondial, l’empreinte écologique des hommes a fortement progressé depuis 1960, passant de 70% de la surface globale utilisable à des fins productives en 1961 à 120% en 1999 : toutes les surfaces composantes de l’empreinte écologique ont progressé, mais c’est l’empreinte énergie qui a le plus augmenté. On estime même que l’empreinte écologique a dépassé la capacité de la Terre à produire nos ressources et absorber nos déchets depuis le milieu des années 1980, ce qui signifie que l’on surconsomme déjà les réserves, en surexploitant les milieux naturels.
Dans le même ordre d’idées, chaque année l’ONG américaine Global Footprint Network publie chaque année le « jour du dépassement », qui correspond à la date de l’année à partir de laquelle l’humanité est supposée avoir consommé l’ensemble des ressources naturelles que la planète est capable de produire en un an pour régénérer ses consommations ou absorber les déchets produits. En 2025, l’ONG a estimé cette date au 24 juillet.
L’empreinte écologique peut être utilisée comme un indicateur « éthique », en permettant d’évaluer la soutenabilité de chaque pays. Un pays est dit « créditeur écologique » ou possédant une « réserve écologique » lorsque la biocapacité de son territoire supporte ou dépasse l’empreinte écologique de sa population. Inversement, un pays est qualifié de « débiteur écologique » s’il y a un déficit. Pour vivre avec les limites de notre planète, l’empreinte écologique mondiale devrait être égale à la biocapacité disponible par personne de notre planète, qui est égale à 1,7 hectares globaux. Les comparaisons internationales révèlent ainsi que ce sont les pays développés qui ont l’empreinte la plus élevée : on trouve Singapour avec 10,1 hectares globaux par personne, suivi du Canada (8,1), des Etats-Unis (7,5), de l’Australie (7,3).
La notion d’empreinte écologique a le mérite d’alerter sur le risque de « surconsommation » et de dégradation écologique induite par les activités humaines, de plus en plus présente à l’heure du réchauffement climatique dont il devient difficile de nier la réalité. C’est ainsi la question de la quête de l’augmentation infinie de la richesse matérielle qui est mise en question, notamment au travers des théories de la « décroissance ». Cette notion fait cependant l’objet d’un certain nombre de critiques.
Certaines de ces critiques s’inscrivent dans le champ de la méthodologie. Sans entrer dans les détails, il suffit de noter que l’empreinte écologique consiste en six mesures de pertes de ressources que sont le carbone, les terres agricoles, les terres urbanisées, les pâturages, la pêche et les forêts. Or, selon la méthodologie elle-même, cinq de ces ressources sont excédentaires ou à l’équilibre, sauf évidemment la sixième, à savoir le carbone, qui n’est pas une ressource, mais plutôt une pollution. Avec un indicateur global, les environnementalistes inquiètent donc excessivement les populations en suggérant l’idée que la surexploitation des ressources est un phénomène global.
Et de manière plus fondamentale, le concept d’empreinte écologique s’inscrit dans ce que l’on appelle la « soutenabilité forte », approche selon laquelle la croissance exige le maintien à un niveau constant du capital naturel, car ce dernier s’épuise. Or, à l’opposé de cette vision, on peut penser que l’utilisation du capital naturel n’est pas une limite à la croissance car elle peut être compensée par des innovations techniques (thèse de la « soutenabilité faible »). Grâce au progrès technique, l’économie se dématérialise et les technologies modernes permettent de produire de plus en plus avec moins d’intrants. Quand les pays commencent à se développer, comme le montre la courbe de Kuznets environnementale, ils donnent la priorité à la croissance plutôt qu’à la préservation de l’environnement. Mais à mesure qu’ils s’enrichissent, les préoccupations se tournent vers l’environnement.

Ce ne sont donc pas les pays pauvres où la santé des populations est mauvaise et les écosystèmes durement sollicités qui sont les plus « vertueux », mais les pays riches qui ont passé un certain cap de développement. D’ailleurs, l’indice de performance environnementale publié par l’université de Yale place la France en deuxième position, juste derrière la Suisse.