Aide au développement

Définition :

L’aide au développement consiste principalement en une aide publique, qui est un ensemble de transfert de ressources (financières, mais aussi des compétences, des technologies, des pratiques), financées sur fonds publics, depuis les économies « avancées » vers celles en développement. Il existe aussi des programmes privés d’aide au développement, qui peuvent émaner d’ONG ou de fondations.

L'essentiel :

L’aide publique au développement telle qu’on la connaît aujourd’hui apparaît au sortir de la seconde guerre mondiale. Elle est d’abord liée à la reconstruction des économies européennes, que ce soit à travers du plan Marshall ou des aides de la Banque mondiale. Elle s’inscrit aussi dans le cadre de la décolonisation, qui crée des besoins de financement pour les économies nouvellement indépendantes et dans celui de la guerre froide, puisque l’aide au développement est aussi vue comme une manière de créer des relations politiques entre pays. Enfin, on peut la comprendre aussi dans le mouvement de mondialisation des échanges, l’aide au développement est alors une manière d’encourager le développement économique de pays qui deviendront de nouveaux partenaires commerciaux. A partir de 1961, l’aide au développement est coordonnée au sein du Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE, qui fixe des objectifs, vise à harmoniser les pratiques et collecte des statistiques. En France, depuis 1998, c’est l’Agence française du développement qui a en charge l’aide au développement.

 

De nos jours, le CAD regroupe 34 pays membres. Il définit l’aide publique au développement, de manière statistique, comme « une dépense publique au bénéfice de pays ou territoires en développement ». Elle est donc mesurée à partir des transferts opérés par les économies avancées. Les transferts peuvent être effectués directement auprès d’autres économies (aide bilatérale), ou bien auprès d’organisations internationales telles que la Banque mondiale (aide multilatérale). Pour que le transfert soit considéré comme de l’aide au développement, il faut que les pays recevant l’aide soient considérés comme des économies parmi les « moins avancées » ou à faible revenu, ou bien des économies en développement sans littoral, de petits États insulaires en développement ou encore des pays touchés par des conflits ou en situation de fragilité. Cette aide au développement peut prendre la forme d’une aide humanitaire d’urgence (par exemple à un pays en guerre ou touché par une catastrophe), une aide au développement alimentaire, une assistance (ou coopération) technique par la mise à disposition de compétences, la formation sur place d’experts, une « aide projet » (par exemple financer la construction d’écoles, de puits, d’hôpitaux, ou encore une « aide programme ». Cette dernière modalité consiste en le transfert de fonds pour fournir une aide budgétaire permettant au gouvernement du pays de disposer de ressources monétaires pour mener une politique d’investissement ou bien pour avoir des réserves de change pour soutenir la monnaie locale. C’est aussi dans cette modalité d’aide que l’on peut classer les remises de dette, telle que l’initiative des « pays pauvres très endettés » du FMI et de la Banque mondiale. Ces transferts de ressources sont généralement « conditionnels », c’est-à-dire que leur utilisation par les pays n’est pas totalement libre. Depuis 2017, le CAD considère que l’aide aux réfugiés issus des économies en développement peut être comptabilisée comme aide au développement, mais seulement sous certaines conditions, ce qui est contesté par certains pays qui souhaiteraient que ces transferts fassent partie de l’aide au développement qu’ils fournissent.

 

Si l’aide au développement apparaît comme indispensable, tant d’un point de vue économique que moral à partir des années 1950, une interrogation se fait jour sur son efficacité. La crainte est, en effet, que les transferts de fonds soient captés par certains groupes qui n’en sont pas les bénéficiaires attendus, ou bien que les programmes soient inefficaces. Une critique porte aussi sur les contreparties politiques de cette aide, que l’on peut percevoir sous l’angle du « don / contre-don », l’aide étant une manière pour un pays d’obtenir des contreparties, surtout quand elle est bilatérale. C’est par exemple ce que pointe Benjamin Burbaumer autour de l’aide apportée par la Chine à différentes économies en développement.

L’efficacité des transferts monétaires est par exemple remise en cause par Angus Deaton), qui critique une vision « hydraulique » de l’aide : selon lui, il est faux de dire qu’un dollar versé depuis une économie riche offre un dollar de plus à un individu d’une économie en développement. C’est lié entre autres, au fait que la distribution de l’aide est parfois inefficace : elle ne parvient pas aux bénéficiaires attendus, elle est orientée davantage par les objectifs des donateurs que les besoins des bénéficiaires, elle crée une relation de dépendance… L’aide au développement est alors considérée par Deaton comme ayant, à terme, des effets négatifs. Cette critique est l’une des motivations de la mise en place d’une véritable évaluation des programmes d’aide. Des évaluations économétriques existent, mais l’aide au développement est surtout le support d’une évaluation par expérimentation. 

Cette démarche est notamment celle développée par Esther Duflo et Abhijit Banerjee au sein du J-PAL (Abdul Latif Jameel Poverty Action Lab). Il s’agit de mettre en place des essais randomises contrôlés, sur le modèle, par exemple, des tests de médicaments : un programme d’aide au développement est testé en étant appliqué, de manière aléatoire, à un groupe test, comparé à un groupe témoin qui ne bénéficie pas de ce programme. Cette démarche est aujourd’hui très courante et permet de vérifier la validité des programmes de développement.

 

Malgré des besoins toujours importants, l’aide publique au développement est en recul. Le CAD fixe aux pays un objectif de transfert d’un montant équivalent à 0,7 % de leur PIB sous forme d’aide au développement. Jusqu’à 2023, l’aide au développement était orientée à la hausse et a atteint, en moyenne 0,37 % du PIB des pays donateurs. Depuis, l’aide est orientée à la baisse, elle a connu une chute importante en 2025. Cette baisse s’inscrit à la fois dans une logique de moindre soutien aux organisations multilatérales, notamment de la part des États-Unis, mais aussi dans celle d’une plus grande sélectivité des pays bénéficiant des transferts.

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