Grand angle 6 : « L'hésitation vaccinale » : Entre enjeux de prévention des risques et déviance (avec Vie publique)

En partenariat avec Vie publique
Vie publique Melchior Grand angle
Grand angle 6 : « L'hésitation vaccinale » : Entre enjeux de prévention des risques et déviance

Des pistes pour le Grand Oral de :

  • SES

  • SES et SVT

  • SES et Mathématiques

Présentation du Grand angle 6 :

Objectifs d’apprentissage et problématique

Questionnement 12 du programme – Comment l’assurance et la protection sociale contribuent-elles à la gestion des risques dans les sociétés développées ?

  • Comprendre que l’exposition au risque et l’attitude face au risque (perception du risque, aversion au risque, conduites à risque) diffèrent selon les individus, les groupes sociaux et les sociétés, et être capable de l’illustrer par des exemples.
  • Connaître les principes (prévention, mutualisation et diversification) qui permettent la gestion collective des risques et savoir les illustrer par des exemples.
  • Cours sur Melchior

Questionnement 9 du programme – Quels sont les processus sociaux qui contribuent à la déviance ?

  • Comprendre la distinction entre normes sociales et normes juridiques, et connaître la diversité des formes de contrôle social.
  • Comprendre que la déviance et/ou la désignation d’un acte comme déviant se définissent comme une transgression des normes et qu’elles revêtent des formes variées selon les sociétés et, en leur sein, selon les groupes sociaux.
  • Comprendre que la déviance peut s’analyser comme le produit de différents processus sociaux (étiquetage, stigmatisation, carrières déviantes).
  • Cours sur Melchior

Compétences transversales travaillées :

  •  Mobilisation des connaissances
  •  Collecte et traitement de l’information
  •  Analyse et mobilisation de documents de natures diverses
  •  Construction d’une argumentation / d’un raisonnement rigoureux à l’écrit et à l’oral

Problématique : La vaccination, un enjeu collectif soumis aux conduites et perceptions individuelles des risques.

Activité 1 – Consolidation des connaissances sur la notion de risques en SES, complétez ces phrases :

Activité 1 -

Facile

1.    Définition du risque : possibilité de survenue d’un événement indésirable …

2.   Les risques économiques renvoient généralement aux faillites des entreprises, …

3.    Les risques sociaux désignent les risques pris en charge par la protection sociale comme la maladie mais aussi...

4.    Paradoxalement, la couverture du risque peut transformer le comportement des agents en augmentant la prise de risques économiques : il s'agit de ...

5.    Le partage des risques passe généralement par une prise en charge collective désignée comme la …

Voir la correction

1.    Définition du risque : possibilité de survenue d’un événement indésirable …

Cette définition est vraie mais il manque la notion de probabilité : possibilité probabilisable de survenue d’un évènement indésirable. Sans cet adjectif, le risque n’est pas différencié de la notion d’incertitude, situation dans laquelle la probabilité ne peut être estimée

2.   Les risques économiques renvoient généralement aux faillites des entreprises, …

Sur le plan économique, les risques peuvent aussi faire référence à la sphère financière. Munis d’une épargne, les agents économiques en recherche d’un rendement élevé devront investir dans des produits présentant un risque plus élevé : ainsi, placer dans des fonds d’investissement ou SICAV (société d’investissement en capital variable) est plus rémunérateur que le livret A mais présente un « risque de taux ». Si les taux d’intérêt augmentent, le prix des obligations détenues baisse, ce qui induit un risque de moins-value en cas de revente nécessaire.

3.    Les risques sociaux désignent les risques pris en charge par la protection sociale comme la maladie mais aussi...

Le chômage, la vieillesse, la grossesse, les accidents du travail. On les dénomme « risque social » car ces évènements, négatifs ou positifs, induisent une perte de revenus et/ou une augmentation des dépenses. Depuis la seconde guerre mondiale, c’est la collectivité qui prend en charge ces risques afin de maintenir à tous des moyens d’existence. 

4.    Paradoxalement, la couverture du risque peut transformer le comportement des agents en augmentant la prise de risques économiques : il s'agit de ...

C’est ici l’aléa moral qui est désigné. Défaillance connue du marché concurrentiel, cette asymétrie de l’information entre l’assureur (compagnie privée ou Etat) et l’assuré qui consiste à une forme de déresponsabilisation liée à la protection (conduire de manière imprudente parce qu’on est assuré « tous risques ») a mené à des stratégies telles que la franchise (laisser à la charge de l’assuré une partie du dommage) ou le ticket modérateur dans le domaine de la santé (l’assuré paie une partie des frais).

5.    Le partage des risques passe généralement par une prise en charge collective désignée comme la …

Il s’agit de la mutualisation des risques : la couverture du risque n’est possible que par sa prise en charge par un nombre élevé de cotisants, en application de la loi des grands nombres.

Activité 2 – La politique vaccinale : un exemple de gestion collective du risque

Activité 2 –

Facile

Modalité : En présentiel, accès internet nécessaire / Distanciel possible.

Lien vers l’éclairage Vaccins et politique vaccinale : quelle situation en France ? publié par Vie publique le 23 décembre 2020.

Melchior cours SES lycée bac grand oral

 Questions :

1.    Rechercher et définir – Quel est le principe de la vaccination ?

2.    Expliquer - Par la vaccination, se protège-t-on soi-même ou protège-t-on les autres ?

3.    Déduire – Si l’on protège les autres en se vaccinant, à quelle notion économique, étudiée dans les questionnements sur le marché, pouvons-nous avoir recours ici ?

4.    Expliquer – La vaccination correspond à une gestion collective des risques mais selon quel principe : prévention, mutualisation ou partage des risques ?

5.    Expliquer – Décrivez la « balance bénéfices/risques » citée dans le document, du point de vue de l’État.

6.    Expliquer – Le principe de prévention implique deux axes d’action : l’information et la réglementation. Retrouvez ces deux axes dans « l’éclairage » de Vie publique.

7.    Rechercher et définir - Selon la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, la vaccination contre la Covid est un « bien commun mondial » à construire. L’utilisation de la notion de bien commun est-elle pertinente dans ce cas ?

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1.    Rechercher et définir – Quel est le principe de la vaccination ?

Les vaccins « visent à protéger les individus contre les maladies contagieuses et transmissibles ». Plus précisément, si l’on s’en tient aux vaccins préventifs 1, vacciner consiste à injecter dans le corps d’un individu en bonne santé un agent infectieux (virus ou bactérie), sous une forme inoffensive mais stimulant la réponse immunitaire de l'organisme. Le système immunitaire disposant d'une forme de mémoire, une exposition ultérieure à l'agent infectieux déclenchera une réponse rapide et donc plus efficace.

Un vaccin peut être utilisé contre des maladies dues à des virus ou des bactéries. Ainsi les vaccins contre la rubéole, la rougeole, les oreillons, la poliomyélite ou encore la grippe prépare le corps à se défendre contre des virus. Les vaccins qui protègent contre des maladies dues à des bactéries sont ceux contre la coqueluche, la tuberculose, le tétanos, l'hépatite B.

[1] Contrairement aux vaccins thérapeutiques qui aident l’individu à lutter contre sa maladie, comme le cancer ou le virus VIH.

2.    Expliquer - Par la vaccination, se protège-t-on soi-même ou protège-t-on les autres ?

Le vaccin a un effet protecteur sur l’individu lui-même mais, en cas de maladie transmissible, il a un impact sur la population en général en réduisant le nombre de personnes susceptibles de contribuer à la dissémination d’une maladie.

Au-delà, Chantal Gueniot, docteur en médecine, précise, dans l’encyclopédie Universalis, que certains vaccins sont essentiellement « altruistes » : ils protègent davantage les autres que soi-même. Ainsi du vaccin contre la rubéole, appliqué aux nourrissons : il ne supprime pas l’épidémie mais prévient le risque de rubéole congénitale. En vaccinant tous les bébés, on prémunit les futures femmes enceintes de contracter cette maladie.

Remarque : selon l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), les maladies non transmissibles sont les maladies cardiovasculaires (accidents vasculaires cardiaques ou cérébraux), les cancers, les maladies respiratoires chroniques (comme la broncho-pneumopathie chronique obstructive ou l’asthme) et le diabète.

3.    Déduire – Si l’on protège les autres en se vaccinant, à quelle notion économique, étudiée dans les questionnements sur le marché, pouvons-nous avoir recours ici ?

La vaccination génère des externalités positives : tout individu qui se fait vacciner accroît le degré de protection de la population générale contre les maladies transmissibles sans que cela ne génère pour lui une récompense monétaire.

Considérées comme une défaillance de marché, les externalités expliquent que la vaccination soit logiquement du ressort de l’État.

4.    Expliquer – La vaccination correspond à une gestion collective des risques mais selon quel principe : prévention, mutualisation ou partage des risques ?

La vaccination entre dans le cadre des politiques de santé publique de prévention. Il s’agit de réduire le risque de transmission de certaines maladies, comme la Covid-19, ou de réduire l’importance des dommages éventuels liés à une maladie : éviter les complications médicales ou les décès.

Ce volet de la politique de santé est considéré comme insuffisant en France, comparé aux politiques curatives, focalisées sur le soin aux malades.

5.    Expliquer – Décrivez la « balance bénéfices/risques » citée dans le document, du point de vue de l’État.

Comme pour tout médicament, l’examen de la balance bénéfices/risques permet de décider, ou non, que l’administration de vaccins a des bénéfices individuels et collectifs supérieurs aux coûts de la non-vaccination.

Parmi les bénéfices, interviennent des considérations sanitaires de prévention des maladies ; des aspects économiques en diminuant le recours aux soins, les hospitalisations, les handicaps ou encore les absences de travail, etc. ; des aspects sociaux (éviter l’éviction de l’école et l’interruption de la scolarité par exemple).

Quant aux risques, il s’agit des effets indésirables éventuels, les cas de complication repérés ensuite.

On constate à l’heure actuelle que le risque peut être aussi pensé au sens large : sur le plan politique, la politique de vaccination dans les situations de pandémie peut être de nature à cristalliser les mécontentements de la population contre le pouvoir en place.

Enfin, l’on peut souligner que la vaccination a un coût économique (achat des doses, administration des vaccins, campagnes de prévention) : selon l’OMS et sur le fondement de diverses études européennes, le coût statistique moyen d’un cas de rougeole en Europe est de l’ordre de 520 euros pour un vaccin qui n’en coûte que 26.

Il est également possible de poser la balance bénéfices/risques de la non-vaccination.

6.    Expliquer – Le principe de prévention implique deux axes d’action : l’information et la réglementation. Retrouvez ces deux axes dans « l’éclairage » de Vie publique.

Information :

- publication d’un « Calendrier des vaccinations et recommandations vaccinales » annuel par la Haute Autorité de Santé.

On peut ajouter :

- campagnes de sensibilisation annuelles (agences régionales de santé, ici en 2020).

- communiqués de presse du ministère de la santé et des solidarités sur la vaccination contre la Covid-19

Réglementation :

- élargissement temporaire du caractère obligatoire des vaccins recommandés de l'enfant le 1er janvier 2018 : 11 vaccins sont obligatoires (en comptant ceux contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite qui l'étaient déjà) dans les 18 premiers mois du jeune enfant.

- recommandations spécifiques envers certaines populations : personnes souffrant de certaines pathologies ou exposées à des risques particuliers dans le cadre de leur activité professionnelle (le vaccin contre l’hépatite B pour le personnel soignant par exemple).

- des vaccinations sont également obligatoires pour les voyageurs vers certaines destinations.

- stratégie vaccinale contre la Covid-19 en 3 phases, comprenant d’emblée les personnes âgées vivant en Ehpad.

 

7.    Rechercher et définir - Selon la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, la vaccination contre la Covid est un « bien commun mondial » à construire. L’utilisation de la notion de bien commun est-elle pertinente dans ce cas ?

En SES, nous avons appris que, comme les biens collectifs, les biens communs sont non excluables (on ne peut empêcher personne de les utiliser, notamment sans payer). En revanche, les biens communs sont rivaux, c'est à dire que les quantités consommées par un agent ne sont plus disponibles pour les autres[2].

Contrairement aux feux d’artifice ou aux ressources halieutiques, les vaccins ne sont pas, pour l’heure, des biens communs : ils sont rivaux, la quantité suffisante doit être fabriquée ; excluables car la puissance publique finance leur achat auprès des laboratoires pharmaceutiques privés qui ont développé la recherche et développement de ce produit. Le faible approvisionnement des pays en développement montre qu’il n’y a pas de répartition commune et équitable. Ainsi, le directeur général de l’OMS a averti les dirigeants contre le « nationalisme vaccinal ». Pour y faire face, le Covax, dispositif onusien piloté par l’OMS, fédère 156 États afin de faciliter l’accès des pays pauvres au vaccin contre la Covid-19 : c’est un mécanisme de financement et de groupement des achats des pays membres qui devrait permettre de disposer de 2 milliards de doses d'ici à la fin 2021 - dont la moitié sera destinée aux pays à faible revenu.


[1] Voir sur le chapitre sur Melchior


[2] Contrairement aux vaccins thérapeutiques qui aident l’individu à lutter contre sa maladie, comme le cancer ou le virus VIH.

Activité 3 – Se faire vacciner en France : une perception excessive du risque ?

Activité 3 –

Facile

1.    Analyser – Selon « l’éclairage » de Vie publique, la vaccination est-elle obligatoire ?

2.    Analyser - Pourquoi peut-on dire que la gestion des risques collectifs oscille ici entre prévention et obligation ?

3.    Analyser – Quels arguments sociologiques justifient une perception du risque lié à la vaccination plus élevée dans la société française qu’ailleurs ? Expliquez les phrases suivantes.

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1.    Analyser – Selon « l’éclairage » de Vie publique, la vaccination est-elle obligatoire ?

A l’examen attentif du document, on constate que seule la vaccination contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite (dite « DTP ») correspond à une obligation dont doivent s’acquitter les parents des nourrissons nés avant 2018.

A partir de 2018, 8 vaccins supplémentaires deviennent obligatoires (contre la coqueluche, la rougeole, etc.).

A cet égard, il est à noter qu’un parent qui ne respecte pas ses obligations légales au point de compromettre la santé de son enfant mineur est puni de 2 ans d'emprisonnement et de 30 000 € d'amende. 

2.    Analyser - Pourquoi peut-on dire que la gestion des risques collectifs oscille ici entre prévention et obligation ?

Compte tenu des effets bénéfiques larges de la vaccination individuelle et, inversement, des effets néfastes de l’absence de vaccination, le citoyen est en droit de s’interroger : pourquoi sommes-nous globalement passés de l’obligation à la recommandation vaccinale?

La lecture des premières pages du rapport issu de la concertation citoyenne sur la vaccination, présidée par Alain Fischer en 2016, nous indique que les pouvoirs publics français visent, à l’instar des pays comparables, la fin de l’obligation vaccinale, désignée parfois comme « la fin de la dictature vaccinale ». Elle correspond à l’évolution logique qui fait suite à la loi « Kouchner » du 4 mars 2002 qui inscrit le droit des patients à prendre eux-mêmes les décisions de nature médicale les concernant.

Toutefois, la baisse de la couverture vaccinale à cette date - seule la moitié des personnes âgées de plus de 16 ans effectue son rappel DTP, moins de 30 % des filles sont vaccinées contre le papillomavirus - a conduit l’État à recommander provisoirement de nouveaux vaccins obligatoires.

3.    Analyser – Quels arguments sociologiques justifient une perception du risque lié à la vaccination plus élevée dans la société française qu’ailleurs ? Expliquez les phrases suivantes.

a)    Une forme d’aléa moral : paradoxalement, plus la vaccination est massive, moins elle apparaît nécessaire individuellement et plus les effets indésirables potentiels s’imposent.

La disparition de certaines maladies comme la variole, la poliomyélite, … suggère une protection moins impérieuse et une moindre vigilance.

En outre, la balance bénéfices/risques de la vaccination évolue :  l’absence de vaccination individuelle a moins d’impact sur « l’immunité de troupeau » lorsque la maladie ne circule plus ou quasiment.

Cet argument n’est pas spécifique à la France.

b)    Les Français ont une attitude de défiance envers les autorités sanitaires et les vaccins eux-mêmes.

-         La perte de confiance s’exerce en direction des vaccins : au début des années 2000, certains patients ont été indemnisés après avoir développé une sclérose en plaques suite à la vaccination contre l’hépatite B bien que le lien scientifique n’ait jamais été établi. En outre, les vaccins non-vivants (DTP, hépatite B) comportent des adjuvants nécessaires à leur efficacité : ces sels d’aluminium soulèvent des incertitudes et des inquiétudes.

-         La défiance s’exerce aussi envers les autorités de santé : le soupçon de collusion entre l’industrie pharmaceutique, souvent dénommée « Big Pharma », et les médecins est nourri, les scandales médicaux récents (Mediator, affaire du sang contaminé, …) s’inscrivent dans la même veine.

En conséquence, le rapport issu de la concertation citoyenne sur la vaccination de 2016 plaide pour une véritable transparence à la fois des experts et des professionnels de santé : les citoyens doivent avoir accès aux informations scientifiques sur la vaccination, ses effets indésirables, sur le financement des vaccins. « Expliquer les décisions des autorités de santé, présenter les éléments qui ont conduit à ces décisions, montrer la cohérence des choix effectués, expliciter les questions qui restent en suspens, publier les résultats des évaluations, répondent aux exigences émanant tant des chercheurs et des professionnels de santé que du public ».

On peut constater que, dans le cadre de la pandémie actuelle, des efforts en ce sens sont menés, médecins et épidémiologistes figurent en bonne place dans le champ médiatique.

c)      L’administration du vaccin est un geste intrusif sur des personnes en bonne santé.

L’administration du vaccin par piqûres génère une sensation d’agression plus élevée que pour tout autre médicament. Or, la loi « sur les droits des malades et la qualité du système de santé » dite « loi Kouchner » de 2002 sanctuarise le droit des malades à décider par eux-mêmes, en ayant accès à leur dossier médical. La balance bénéfices/risque est désormais interrogée à l’échelle individuelle et produit un choix qui ne va pas toujours dans le sens de la vaccination.  

d)      Une opinion publique plus critique avec la consultation massive d’internet et des réseaux sociaux.

Si les patients sont désormais mieux informés de leur dossier médical, ils ont également élargi leurs sources d’information. Un français sur 2 utilise Internet pour s’informer sur des sujets de santé. La consultation de ces sujets est le 3e motif de consultation du web. Or, si certaines publications désignées négativement comme « anti-vax » apparaissent infondées ou polémiques, de nombreuses critiques reposent sur un argumentaire qui mérite d’être discuté scientifiquement.

Ainsi, « l’hésitation vaccinale » (autrement dit, la réticence à … ou le refus de la vaccination malgré la disponibilité des vaccins) a été déclarée l’une des 10 menaces sanitaires mondiales en 2019 par l’OMS. Ce nouveau concept répond au besoin de caractériser sur un plan psychosociologique le continuum d’attitudes et de pratiques intermédiaires par rapport à la vaccination, entre deux positions « extrêmes », assez minoritaires : les partisans et opposants farouches à la vaccination.

L’une des issues à cette problématique passe par la formation accrue des professionnels de santé sur le sujet de la vaccination : le rapport de 2016 relève que « plus de la moitié des professionnels de santé se sentent mal à l’aise pour en parler aux patients, faute de formation (initiale et continue) et d’information suffisante ».

Exercice 1 - Entraînement à la deuxième partie de l’épreuve composée

Facile

Deuxième partie – Étude d’un document (6 points)

Profil des personnes défavorables à certaines vaccinations selon la nature du vaccin

 

Questions :

1.    A l’aide du document, vous montrerez que l’opinion défavorable à la vaccination contre la grippe saisonnière est corrélée au niveau de diplôme. (2 points)

2.    A l’aide du document et de vos connaissances, vous expliquerez que l’attitude face au risque, en prenant l’exemple de la vaccination, dépend des groupes sociaux. (4 points)

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1.    A l’aide du document, vous montrerez que l’opinion défavorable à la vaccination contre la grippe saisonnière est corrélée au niveau de diplôme. (2 points)

Selon les données du « Baromètre santé 2014 » publiées chaque année par Santé publique France et citées dans le rapport sur la vaccination remis au ministère de la santé en 2016, environ 1 français sur 5 est défavorable à la vaccination contre la grippe. On retrouve ce taux parmi les personnes interrogées jusqu’au niveau bac mais il baisse à mesure que le niveau de diplôme s’élève. Ainsi, seules 14,7 % des personnes munies d’un niveau bac plus 5 et plus sont également défavorables, soit 5,4 points de moins que les personnes au niveau bac. Il apparaît donc une corrélation négative entre le niveau de diplôme et la perception négative de la vaccination contre la grippe, que l’on ne constate pas nécessairement pour les autres vaccins au demeurant.

2.    A l’aide du document et de vos connaissances, vous expliquerez que l’attitude face au risque, en prenant l’exemple de la vaccination, dépend des groupes sociaux. (4 points)

La perception du risque et l’aversion au risque, que l’on rassemble comme les attitudes face au risque, ne sont pas uniformément réparties dans la société.

Les lignes de différenciation s’organisent notamment en fonction de l’âge : ici la perception du risque de vaccination est plus élevée parmi les 35-64 ans comparé aux 18-24 ans. L’opinion défavorable envers la vaccination contre la grippe est 75 % plus élevée en 2014. L’écart va de 1 à 7 s’agissant du vaccin contre l’hépatite B : on peut y voir ici un effet d’une génération, qui a été confrontée aux interrogations quant au lien avec la sclérose en plaques. Il est intéressant de noter ici qu’à l’instar d’autres thématiques, l’aversion au risque est donc plus élevée parmi les populations plus âgées.

La perception du risque peut également être corrélée au niveau de diplôme : ici, l’aversion est la plus faible parmi les personnes sans diplôme. Il est envisageable d’y lire une confiance plus absolue envers le médecin dans la relation entretenue. La différence entre obligation et recommandation n’est alors que théorique. Il faut toutefois se rappeler qu’il s’agit ici de données de 2014 qui ont sans doute évolué avec le développement des réseaux sociaux, notamment dans le contexte épidémique actuel. Viennent ensuite les diplômés de niveau supérieur ou égal à Bac +5 qui apparaissent plus favorables à la vaccination que les diplômés de niveau Bac à Bac+4. Le capital culturel entretient vraisemblablement une perception plus positive du progrès scientifique.

L’on retrouve sans surprise les mêmes constats à l’examen des différences par niveaux de revenus : les moins réfractaires à la vaccination sont les personnes disposant d’un revenu inférieur à 900 € par mois.

Par genres, les femmes, que l’on sait plus impliquées dans la prise en charge de leur santé, portent un regard plus critique que les hommes envers la vaccination, notamment contre les papillomavirus, en raison d’une certaine suspicion quant aux effets secondaires.

Exercice 2 – Associer économie, sociologie et mathématiques … Calculer et interpréter des « odd-ratios » :

Facile

L’odds ratio peut être traduit en français « rapports de cotes » ou « rapport de chances relatives ». Il est fréquemment utilisé notamment en médecine mais également en sciences sociales pour mettre en évidence l’effet d’un facteur, notamment sur la mobilité sociale.

à Voir la page wikipedia pour une première approche mathématique.

Une cote est le rapport d'une probabilité P1 à sa probabilité complémentaire P2. Si P1 et P2 sont deux proportions (de sujets malades, de sujets exposés, etc.) ou deux risques mesurés dans deux groupes de sujets, le rapport de cotes (odds ratio) correspondant est : OR = [P1/1-P1] / [P2/1-P2].

 

Exemple : Ainsi, si l’on est une femme, la probabilité d’être défavorable à la vaccination contre la grippe saisonnière est de 20,5 % selon les données du document ci-dessus. La probabilité complémentaire est donc de 79,5 %. « L’odds » ou « le risque relatif » d’être défavorable plutôt que favorable à la vaccination quand on est une femme est de 0,25.

Pour un homme, les données sont respectivement 17, 5 % et 82,5 %. Donc ici OR = [(20,5/79,5) / (17,5/82,5)] = 1,2.

Lecture de OR : Comparées aux hommes, les femmes interrogées dans l’enquête de 2014 pour Santé publique France avaient 1,2 fois plus de risque d’être défavorable que favorable à la vaccination.

OR < 1 indique qu'il est peu probable que l'évènement se produise
OR = 1 indique qu'il n'y a pas associations entre les deux variables
OR > 1 indique qu'il y a une association d'autant plus forte que le nombre est grand

 

Remarque : en statistique, les OR sont calculés par rapport à une population de référence signalée dans le tableau (« réf. »)

 

1.    Calculez le odds ratio figurant dans les cases indiquées (a, b, c, d, e).

Profil des personnes défavorables à certaines vaccinations selon la nature du vaccin

2. Interpréter - Insérez les données b et e dans deux phrases qui leur donnent un sens.

3. Analyser – Quel est l’intérêt de cet outil statistique ?

Pour aller plus loin : cet article rappelle les éléments de la controverse entre les mathématiciens Bernouilli et d’Alembert sur l’opportunité d’inoculer la variole au XVIIIe siècle.

Voir la correction

1. Calculez le odds ratio figurant dans les cases indiquées (a, b, c, d, e).

Profil des personnes défavorables à certaines vaccinations selon la nature du vaccin

2.    Interpréter - Insérez les données b et e dans deux phrases qui leur donnent un sens.

Comparés aux 18-24 ans, les personnes âgées de 35 à 49 ans ont 8,6 fois plus de risque d’avoir une opinion opposée à la vaccination plutôt que favorable.

Comparés aux personnes sans diplôme, les diplômés à Bac +5 et plus ont 0,7 fois plus de risque d’avoir une opinion opposée à la vaccination plutôt que favorable. Ils ont donc un risque 30 % moins élevé d’être réfractaire plutôt que l’inverse par rapport à la population non diplômée. 

3 .   Analyser – Quel est l’intérêt de cet outil statistique ?

Sachant que les élèves pourraient présenter cet outil à l’oral, les calculs ont peu d’intérêt. En revanche, le questionnement sur l’apport de cet outil statistique est pertinent.

  • Tout d’abord, il est important de souligner que le calcul de l’OR n’implique pas de rapport de cause à effet ; il suggère seulement qu’il y a une association. Par exemple, les femmes petites ont plus de chances de porter des talons hauts que les femmes grandes. Ainsi, bien que ces deux variables (taille, hauts talons) soient associées, cela n'implique pas que le fait d’acheter des chaussures à talons hauts implique d’être plus petite (il n'y a pas de causalité).
  • Les OR faciles à calculer (accessible avec une calculatrice, voire une feuille de calcul excel pour plus de rapidité), et semblent résoudre de façon très satisfaisante pour l’esprit le problème de la non-linéarité des progressions en pourcentage. En effet, si l’on compare l’évolution entre deux pourcentages, sur longue période, on se heurte de fait au plafond du pourcentage : 100 %.

Imaginons qu’en 1990, 80 % des hommes sont favorables à la vaccination ; les femmes, 60%. En 2021, les pourcentages passent à 95 % et 80 %.

Une première conclusion pourrait être de dire que l’écart entre hommes et femmes sur cette question est passé de 1,33 en 1990 à 1,18 en 2020 : il a donc baissé. L’opinion des hommes se rapproche de celle des femmes (et réciproquement).

Mais cela est dû au fait que pour maintenir le même écart, 1,33, il faudrait que les hommes soient 106,4 % favorables aux vaccins !

  • L’odds ratio permet de rendre compte de façon satisfaisante de la réduction ou de la hausse de l’écart entre des valeurs dont les variations sont plafonnées, comme c’est le cas pour les pourcentages.
  • Ici, le calcul de l’OR donne : en 1990, OR = 2,67 ; en 2020, OR = 4,75. L’écart s’accroît et semble signifier un éloignement des positions. Les hommes ont désormais 4,75 fois plus de chances d’être favorables que défavorables aux vaccins par rapport aux femmes.
  • Toutefois, le taux de variation par rapport au maximum de variation possible donne une autre mesure des écarts hommes/femmes. Dans notre exemple :    les hommes ont parcouru (95–80) / (100-80) = 75 % du chemin pour être favorable à 100 %    les femmes, 50 % du chemin.   
  • Ainsi, la mesure des écarts, voire des inégalités, fait toujours l’objet de controverses et les outils statistiques utilisés influent sur les résultats obtenus. Sur des sujets plus sensibles comme la réussite au baccalauréat en fonction de l’origine sociale, il est pertinent de s’arrêter sur ce type de comparaison statistique.
  • Pour aller plus loin, voir l’article du sociologue Pierre Mercklé : https://quanti.hypotheses.org/603

Pour aller plus loin : cet article rappelle les éléments de la controverse entre les mathématiciens Bernouilli et d’Alembert sur l’opportunité d’inoculer la variole au XVIIIe siècle.

Exercice 3 – Associer économie et sciences de la vie et de la Terre … Les vaccins à ARN messager, une innovation capitale.

Facile

1.    A partir de votre programme de SVT de première, rappelez les mécanismes de transcription et de traduction de l'information génétique à partir de la synthèse de molécules d'ARN.

2.    A partir de cette page du site de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), complétez le schéma de synthèse suivant :

Voir la correction

1.    A partir de votre programme de SVT de première, rappelez les mécanismes de transcription et de traduction de l'information génétique à partir de la synthèse de molécules d'ARN.

à Lien vers la fiche Eduscol de la classe de première.

2.    A partir de cette page du site de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), complétez le schéma de synthèse suivant :

 

Tâche finale - Dans la perspective du Grand oral : L’hésitation vaccinale peut-elle être interprétée comme une nouvelle forme de déviance ?

Introduction - 3 questions à … Laurent-Henri Vignaud 

1)  Historiquement, quelles sont les racines de l’antivaccinalisme? Quel est le sens de ce terme ? Quelles sont ses manifestations ?

2) Alors que la vaccination a montré son succès en termes de bénéfices/risques, sur quoi s’appuient les arguments contre la vaccination au XXe siècle jusqu’à aujourd’hui ?  

3) Comment a évolué la politique publique de santé à l’égard de cette dimension de prévention ? 

Partie 1 : 

Partie 2 : 

Laurent-Henri Vignaud est historien, maître de conférences d’histoire moderne à l’université de Bourgogne, et co-auteur avec Françoise Salvadori d'ANTIVAX. La résistance aux vaccins du XVIIIe siècle à nos jours, paru en janvier 2019 aux éditions Vendémiaire.

Quelle argumentation pouvez-vous construire à partir de ces documents ?

Document 1 – Définir : de quoi parle-t-on ?

Le groupe de travail SAGE (Strategic Advisory Group of Experts on Immunization) mis en place au sein de l’OMS pour traiter les questions relatives aux enjeux psychosociaux de la vaccination en propose la définition suivante : « L’hésitation vaccinale fait référence aux retards dans le recours à la vaccination ou aux refus des vaccins en dépit de la disponibilité de services de vaccination. L’hésitation vaccinale est un phénomène complexe et spécifique au contexte dans lequel elle s’inscrit : elle varie en fonction du temps, du lieu et des vaccins. Elle intègre des facteurs tels que la suffisance, la commodité et la confiance ».

Le premier de ces facteurs renvoie généralement à l’idée selon laquelle la vaccination est inefficace ou inutile, notamment parce que les risques sanitaires associés aux maladies contre lesquelles on peut s’immuniser sont perçus comme faibles.

Le second facteur est lié aux questions relatives à l’accessibilité des vaccins et à leurs prises en charge.

Le troisième renvoie à la confiance dans la sécurité des vaccins, ainsi que dans les différents acteurs du système de santé qui en assure l’élaboration, la production et l’administration. Même si la diffusion de la notion d’hésitation vaccinale constitue une avancée dans la compréhension des phénomènes de réticence croissante des populations à la vaccination, cette dernière fait néanmoins l’objet d’importantes critiques. Ainsi, pour Patrick Peretti-Watel, l’hésitation vaccinale reste une notion fondamentalement ambiguë et problématique dans la mesure où, premièrement, elle mobilise dans sa conceptualisation des éléments théoriques très disparates qui ont trait notamment aux croyances, aux attitudes et aux pratiques vaccinales, et deuxièmement, elle tend à regrouper sous un même « label » des personnes dont les motivations et les positions par rapports à la vaccination sont probablement très hétérogènes puisqu’elles s’inscrivent dans un continuum très large qui va de l’acceptation sans condition à l’opposition à toute injonction vaccinale.

Source : J. Raude « L’hésitation vaccinale : une perspective psychosociologique », Bulletin de l’Académie Nationale de Médecine, séance du 2 février 2016.

Document 2 – Mesurer statistiquement

2a - Adhésion à la vaccination en général (en % des personnes interrogées)

2b - « Si un vaccin contre le Covid-19 était disponible, je me ferais vacciner » :

Document 3 – Garder une perspective historique

« Vaccination : histoire d’une défiance française », Radiographies du coronavirus, France culture, 7 mai 2020.

Entretien avec Laurent-Henri Vignaud, historien.

Document 4 – Expliquer, 1ère piste : « Vacciner c’est convaincre »

Nombre d’arguments rationnels militent en faveur des vaccins : ils sont la seconde raison de la baisse spectaculaire de la mortalité au XXe siècle, après les progrès de l’hygiène, ils sauvent chaque année des millions de vie, aucun traitement n’atteint leur rapport coût/ bénéfice... et pourtant la vaccination rencontre des résistances qu’aucune chimiothérapie ne connaît. (…) Les autorités françaises l’ont découvert en 2009, comme les responsables de l’Initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite l’avaient fait près de dix ans plus tôt. La vaccination repose en effet sur un paradoxe qui conduit à l’échec toute politique de vaccination systématique qui l’oublie : c’est un acte intrusif, une agression physique, sur des individus en bonne santé. Un acte que ces individus n’accepteront que si on les a, d’abord, convaincus d’être vaccinés. (…)

On admet universellement le droit d’un malade à refuser un traitement. La loi française reconnaît « l’intangibilité corporelle de chaque personne » (…). Mais en France les vaccinations contre le tétanos, la diphtérie et la poliomyélite sont légalement obligatoires. Le vaccin contre l’hépatite B est obligatoire pour les professions médicales et paramédicales. La protection de la collectivité passe par l’interdiction de contracter et de transmettre certaines infections.

Un individu vivant au milieu d’une population entièrement vaccinée pourrait en toute sécurité ne pas être vacciné, du fait de l’immunité de groupe, excepté contre le tétanos. Mais qu’une proportion significative de la population refuse la vaccination et les épidémies reprennent leur cours. Le droit du groupe à se protéger s’oppose au droit de l’individu à disposer de son corps. D’où la nécessité d’une régulation par l’État, agissant au nom de l’intérêt général. L’État qui exerce le bio-pouvoir décrit par Michel Foucault, un pouvoir «qui s’exerce positivement sur la vie, qui entreprend de la gérer [...], d’exercer sur elle des contrôles précis et des régulations d’ensemble » [Foucault, 1976]. (…)

La vaccination devient ainsi un enjeu social et politique. Promue par le pouvoir, elle peut être l’occasion d’exprimer une méfiance, une frustration, une révolte envers les autorités. Alors que les ligues anti-vaccinales sont fréquemment dans le monde l’émanation de sectes religieuses, en France l’opposition organisée à la vaccination est essentiellement laïque. Les promoteurs de la vaccination, qui ne sont pas toujours dénués d’arrière-pensées politiques, ont peut-être voulu trop bien et trop bruyamment faire. Pasteur n’a-t-il pas été trop sacralisé par la République à la recherche de héros ? Un propos que Dominique Lecourt élargit à une crainte générale de la science et de ses fruits, très prégnante en France : «Notre pays a un problème particulier. La République s’est constituée autour d’une ‘magnification’ de la science. Avec même, parfois, une tonalité scientiste, positiviste, voire un peu dogmatique et anticléricale. [...] Aujourd’hui, nous vivons le retour du balancier. » [Dictionnaire de la pensée médicale, 2004]. (…) La Ligue nationale pour la liberté des vaccinations a été fondée en 1954, par la fusion d’associations françaises plus anciennes. Parmi ses animateurs, on trouvait un avocat alsacien qui avait perdu un enfant dans les années 1930 à la suite d’une vaccination orale par le BCG. Une des figures de la Ligue était le docteur Arbeltier, député et directeur d’hôpital. Célestin et Élise Freinet, fondateurs de la pédagogie Freinet la soutiennent. (…) Après un déclin dans les années 1960, la Ligue connaît un renouveau dans les années 1970, en liaison avec la montée du consumérisme, de l’écologie et de la contestation de la société. Elle est soutenue, par exemple, par un journaliste de Charlie Hebdo, fondateur de La Gueule ouverte, publication écologiste radicale. Son déclin, la décennie suivante, ne l’empêche pas de garder une place dans le paysage français. (…)

Les opposants à la vaccination se réclament de la liberté individuelle, forts de la conviction que le refus de faire vacciner leurs enfants ne se traduira pas par la disparition de la moitié d’entre eux avant l’âge de dix ans comme au XVIIIe siècle, ni même par un taux de mortalité et de morbidité tels qu’on en rencontre aujourd’hui dans les bidonvilles de Calcutta ou de Rio. Dans des pays développés, le risque qu’un enfant non vacciné soit frappé par la poliomyélite, la diphtérie, la coqueluche est faible, parce que la couverture vaccinale de l’ensemble de la population est bonne. En d’autres termes, lorsqu’ils avancent qu’ils « ne sont pas systématiquement contre les vaccinations mais contre les vaccinations systématiques », les détracteurs de la vaccination comptent sur les autres pour se faire vacciner à leur place. (…)

Les vaccins ont toujours été victimes de leur succès. Plus la crainte des maladies infectieuses est grande, plus le public est prêt à accepter les contraintes et les risques de la vaccination. Mais plus la menace s’estompe, moins il les tolère. Les spécialistes de la santé publique s’en plaignaient déjà au XIXe siècle à propos du seul et unique vaccin largement utilisé à l’époque, celui contre la variole. Un membre du Comité consultatif d’hygiène publique de France écrivait ainsi en 1891 à propos du vaccin et des mesures de santé publique en général : « Lorsqu’une épidémie exerce ses ravages, ces prescriptions sont rarement contestées, on les exécute généralement avec bonne grâce, la peur du fléau pousse même à des exagérations regrettables ; mais en temps normal [...] on est plus disposé à refuser à l’administration à la fois crédit et autorité » [Martin, 1891]. (…)

Il n’est pas rare de rencontrer des parents qui ne font pas vacciner leurs enfants contre les maladies épidémiques, car ils estiment nul le risque de les contracter. (…) La disparition de la crainte des épidémies fausse l’évaluation du rapport bénéfices/risques de la vaccination. Qu’une information alarmiste concernant un vaccin vienne au jour, une sorte de principe de précaution mal compris incite à se dire que puisqu’il y a doute, mieux vaut s’abstenir du vaccin. La précaution s’applique au vaccin, pas à la maladie. Ce à quoi Paul Offit, responsable des maladies infectieuses à l’hôpital pédiatrique de Philadelphie répond: « il faut convaincre les gens que le choix de ne pas se faire vacciner n’est pas un choix sans risque, mais que c’est le choix de courir un risque différent ».

Ajoutons à cela que l’information en la matière est difficile à communiquer. Le temps joue ici contre la raison : une information alarmiste occupe les médias en quelques jours, alors que sa réfutation scientifique demande des mois, voire des années d’enquête épidémiologique, d’analyses de laboratoire ou d’études statistiques. Pendant ces mois ou ces années les accusations apparaissent comme non réfutées, autrement dit fondées, aux yeux d’une partie du public. Et lorsque l’heure des réfutations scientifiques arrive, elles dégonflent un non-événement, ramènent le vaccin concerné à la situation banale qui était la sienne et n’ont guère de place dans l’actualité. (…)

La vaccination doit s’appuyer avant tout sur l’éducation de la population. La compréhension des maladies infectieuses, la connaissance des vaccins et la conscience des enjeux de santé individuels et sociaux constituent le socle de la réussite des politiques de vaccination. Sans cela, une bonne opinion générale des vaccins n’est pas une garantie suffisante du succès d’une campagne de vaccination.

Source : Bernard SEYTRE, « Vacciner c’est convaincre » in Dominique KEROUEDAN, Santé internationale, Presses de Sciences Po, 2011.

5a – Les « Antivax », des anti-Science ?

Pour comprendre cette multiplication récente des controverses vaccinales, il est utile d’adopter une perspective de sociologie politique des sciences, attentive au croisement des dynamiques collectives de mobilisation, de l’évolution des champs politique et médiatique, des transformations des mondes de la recherche scientifique et de la régulation des risques technologiques. (…)

Le cas des vaccins donne à voir un aspect particulier des controverses sociotechniques contemporaines. Si les stratégies discursives qui s’y déploient se concentrent sur la construction d’une crédibilité par la mobilisation d’études et arguments scientifiques, les stratégies d’étiquetage de l’adversaire peuvent y avoir un poids important, notamment la dénonciation de l’adversaire comme anti-scientifique ou irrationnel.

Ainsi, la plupart des représentants des sciences sociales à s’être intéressés aux controverses vaccinales contemporaines, notamment anglaises et américaines, ont noté que celles-ci sont marquées par la prégnance de la catégorie « antivaccin » dans les débats. Ils constatent que ce terme est principalement utilisé pour dénoncer publiquement les critiques des vaccins et insistent particulièrement sur le fait que, premièrement, l’usage de ce terme s’accompagne d’une occultation de la diversité des acteurs mobilisés et, deuxièmement que ces doutes et critiques se voient assimiler au refus radical du principe de la vaccination alors qu’ils sont souvent restreints à certains vaccins, campagnes ou substances contenues dans des vaccins. Sans le dire explicitement ni l’étudier directement, ces auteurs soulignent les attributs qui font du terme « antivaccin » une étiquette délégitimante. La dimension stéréotypique de cette désignation est notamment cruciale. (…)

Ainsi, si certains acteurs sont effectivement focalisés sur la question vaccinale et se mobilisent contre tous les vaccins, ce n’est pas le cas de tous. Cette forme d’étiquetage des critiques permet de suggérer que toutes ces mobilisations constituent des attaques du principe de la vaccination lui-même. Or, les vaccins occupent une place particulière dans le champ médical. Non seulement le principe biologique de l’immunisation fait l’objet d’un consensus scientifique, mais les travaux de Louis Pasteur sur les vaccins sont aussi distingués comme une étape décisive dans l’avènement de la médecine moderne et les campagnes de vaccination considérées comme la démonstration de la capacité de cette médecine à améliorer le sort des populations. Assimiler toute critique d’un vaccin au combat de ceux qui refusent la vaccination en général constitue donc une puissante opération de délégitimation. (…)

L’étude de ces stratégies d’étiquetage dans les controverses sociotechniques nous dit aussi beaucoup sur la manière dont la Science (avec une majuscule) est mobilisée comme valeur dans ces luttes et sur les attributs qu’on lui prête. Comme la « Justice », le terme de «Science » n’est pas uniquement utilisé pour désigner un ensemble d’activités (c’est-à-dire ce que font les scientifiques). Il est aussi érigé en valeur lorsqu’il est utilisé pour hiérarchiser des énoncés (jugés comme plus ou moins scientifiques) ou pour évoquer le principe permettant de réaliser cette hiérarchisation et l’importance de ce principe pour la société (« la Science » permettant « le Progrès »). Ainsi, le développement des savoirs à partir du XVIIe siècle dans les pays du Nord a grandement participé à l’émergence de nouvelles formes sociales qui constituent la modernité. Mais ces transformations sont trop souvent présentées comme inéluctables, les savoirs et inventions semblant constituer une force autonome qui ne nécessite aucune médiation sociale pour agir dans le monde. Or, certains historiens ont montré que le travail de promotion de ces activités, savoirs et objets par une variété d’acteurs – notamment économiques et politiques – a joué un rôle crucial dans ce processus. (…)

La construction et la défense d’une valeur se font par une multitude de mécanismes, dont l’un des plus répandus repose sur la construction collective d’une figure incarnant la transgression des normes associées à cette valeur. (…) Dans des situations de crise ou de transformation d’une société donnée, désigner pour tous un ennemi commun stéréotypé, même imaginaire, permet aux groupes sociaux dominants de resserrer les rangs et de réaffirmer leurs valeurs communes.

Source : Jeremy K. Ward, Paul Guille-Escuret, Clément Alapetite, « Les ‘Antivaccins’, figure de l’anti-science », Déviance et Société, 2019.

 

5b – “I’m not an antivaxxer, but"…

In the past ten years, France has become one of the most vaccine hesitant countries in the world, with up to 40% of the population doubting the safety of at least some vaccines. This rather sudden phenomenon has been all the more surprising that France does not have a long history of resistance towards vaccines, contrary to countries such as Great Britain or the United States of America. The first major vaccine scare only emerged at the end of the 1990s, targeting the Hepatitis B vaccine. (…) The spread of vaccine hesitancy always has multiple causes. But one explanation dominates the literature on vaccine hesitancy in France and in the other developed countries. Researchers have presented this trend as the effect of a resurgence of the antivaccine movement. This explanation boils down to the following argument. From their inception, vaccination campaigns have generated activists add - people who devote time and resources to convince other people and/or obtain policy changes often as part of collectives - who reject the science behind vaccines add (i.e. antivaccinationist). In the past decade, the Internet has made it easier for them to unite, organize, and spread their arguments (…). However, this explanation is challenged by reports coming from the United States of America, Great Britain and France. Specialists of vaccination have noted the growing success of critics who present themselves as different from antivaccinationists, using slogans such as “green our vaccines”, phrases such as “I am not antivaccine but. . .” and promoting so-called “alternative vaccination schedules” (…). These more moderate forms of criticism could reflect a shift in antivaccinationist activists’ communication strategies. Indeed, it has been shown that in more public settings, some antivaccininationists tend to favor arguments centered on additives and the alleged risks of specific vaccines, keeping their radical critique for more private settings such as activist assemblies or the less immediately visible pages of their websites (…). However, qualitative studies have suggested that some vaccine critical groups never criticize the principle of vaccination, publicly praising most existing vaccines and actively distancing themselves from proponents of alternative medicines and conspiracy theories. A competing explanation of these public stances would therefore be that vaccines are being taken on by new activists, fighting for less radical ideologies such as consumer rights or environmental health. Their public stance of distancing themselves from antivaccinationists would therefore be genuine, making them all the more dangerous that their arguments can be perceived as more credible (…).

Drawing on the contents of a large sample of websites, we found that the milieu of French-speaking vaccine critics is fragmented. On one side, radical antivaccinationists constitute a tightly-knit community where antivaccine non-profits, conspiracy theorists and proponents of alternative medicines exchange any type of argument as long as it is critical of one or more vaccines. On the other side, some reformist activists – including doctors and prominent politicians - strive to disassociate themselves from this community. They do this by focusing their arguments on a limited number of vaccines and substances present in vaccines and by only connecting with other “moderate” critics or by avoiding connecting with anyone – what sociologists call “boundary work” (48). This group comprises the most visible activists in the media. We also found that not all reformists maintain this distance with radical antivaccinationnists. Only half of reformist websites never cite radical websites. These results suggest both explanations of the emergence of slogans such as “green our vaccines” and “I am not an antivaxxer but...” are simultaneously true: they reflect both a communication strategy chosen by some radical activists who try to present themselves as more moderate than they actually are, and the choice to distance themselves from radicals made by other activists who genuinely only have issues with some vaccines. Each account applies to different activists, highlighting the importance of exploring the diversity of contemporary vaccine criticism.

Our findings have important implications for current debates on the upsurge of doubts toward vaccines and on the ways to restore trust in them. Recent research on vaccination behaviors shows that, in most cases, negative attitudes do not consist in radical rejection of vaccination in general (“antivaccinationism”) but rather in diffuse suspicion, schedule delays or rejection of a limited number of vaccines perceived as controversial (“vaccine hesitancy”). Our findings suggest that this is likely to be the effect of the behaviour of vaccine critical activists who rarely put forward arguments rejecting vaccination in general. It is therefore important, when analysing vaccine-critical arguments, to move beyond the current focus on their erroneous nature and conspiratorial tendencies. Instead, we should pay closer attention to the various ways vaccine critics build their arguments and how they anchor these arguments on vaccines in wider cultural and political discourses. These choices of political and cultural anchoring determine who is likely to be convinced by their arguments but also, in an era of filter bubbles and polarization, in which social groups they are likely to circulate. Also, for almost a decade now, specialists of attitudes to vaccines have underlined the limitations of communication strategies that mistake Vaccine Hesitancy with Antivaccinationism. Turning hesitants into antivaccinationists can be one form of backfiring effect. Indeed, when some parents feel they are not taken seriously by mainstream healthcare providers, or when their position is likened to anti-science or conspiracy theories, they turn closer to sources who reinforce their beliefs. This has become a widely accepted fact. But its implications for public discourses on vaccine-critical activists have not been widely recognized. Indeed, in a context where many vaccine critics present themselves as “not antivaccine” the tendency of public health officials and experts to call all reformist activists “antivaxxers” can paradoxically make them appear more credible to part of the public by suggesting their arguments have not been examined carefully. Researchers working on Vaccine Hesitancy promote a tailored approach to the various types of reluctant patients. It is also crucial to devise a tailored approach to the various types of activists to win public debates rather than abandon the stage to vaccine critics as some experts suggest.

Source : F.Cafiero, P.Guille-Escuret, J.Ward, “I’m not an antivaxxer, but…”: Spurious and authentic diversity among vaccine critical activists. Social Networks, Elsevier, 2021, www.hal.fr.

 

I. Refuser toute vaccination constitue une forme de déviance …

Exercice - Complétez le raisonnement argumenté suivant :

Facile

I. Refuser toute vaccination constitue une forme de déviance …

  •     J’affirme : définir la déviance et faire le lien avec la vaccination.
  •     J’illustre : proposer des données statistiques
  •     J’explique : comment s’exerce le contrôle social en matière de vaccination et quels sont les arguments des « anti »

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I. Refuser toute vaccination constitue une forme de déviance …

  •          J’affirme : définir la déviance et faire le lien avec la vaccination.

La déviance est la transgression des normes sociales, lesquelles s’appliquent au travers d’un contrôle social formel ou informel.

Or, la vaccination constitue d’une part une obligation juridique pour les parents des nourrissons et une norme sociale, d’autre part, compte tenu de ses effets spectaculaires sur l’allongement de l’espérance de vie depuis le XIXe siècle (document 4).

  •          J’illustre : proposer des données statistiques

Le document 2a atteste d’une adhésion à la vaccination partagée par ¾ de la population française en 2017. Ainsi, numériquement, les opposants à la vaccination constituent une minorité qui contrevient à la norme sociale.

La défiance envers la vaccination représente 41 % des Français selon un sondage de septembre 2020 (document 2b) contre 16 % en Grande-Bretagne ou 33 % en Allemagne.

  •          J’explique : comment s’exerce le contrôle social en matière de vaccination et quels sont les arguments des « anti »

Le contrôle social est exercé de manière formelle par les médecins qui diffusent un certificat, le carnet de vaccinations, utilisé notamment lors de l’inscription à l’école. Il existe par ailleurs une loi qui punit les parents, alors délinquants, qui ne soumettent pas leurs enfants aux 11 vaccins obligatoires depuis 2018. Selon le philosophe Michel Foucault, on peut parler d’un « bio-pouvoir » exercé par l’État (document 4).

L’application de ces normes peut avoir un aspect informel : la pression sociale (de la famille, des pairs) existe et se trouve renforcée dans un contexte épidémique. Elle permet que la société soit protégée dans son ensemble. Les sociétés développées doivent s’appuyer cependant sur des campagnes permettant de convaincre du bien-fondé de la vaccination, comme dans le cas de la Covid-19 (document 4).

Mais, comme l’énonce l'historien Laurent-Henri Vignaud, la défiance envers les vaccins est ancienne (document 3). Le discours « antivax » date de la fin du XVIIIe siècle avec la lutte contre la variole. Il a évolué mais perdure en s’appuyant sur des groupes constitués et influents.  

Il s’appuie sur un argumentaire prenant appui sur plusieurs fondements :

- la vaccination instaure la transgression d’un ordre/équilibre naturel ou divin ;

- quand elle est obligatoire, elle constitue une entrave majeure à l’autonomie et à la liberté des individus ;

- la vaccination est surtout un moyen d’enrichir les groupes pharmaceutiques.

II. … mais hésiter n’est pas refuser : se défier n’est pas dévier

II… mais hésiter n’est pas refuser : se défier n’est pas dévier

Facile
  • J’affirme : définir l’hésitation vaccinale
  • J ’explique : montrer la nuance des arguments des « hésitants »
  • J’illustre : l’exemple la ligue nationale pour la liberté des vaccinations (doc. 4)

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  • J’affirme : définir l’hésitation vaccinale

L’hésitation vaccinale est un concept récent, créé dans le cadre de l’OMS, afin de dénommer un positionnement intermédiaire entre l’adhésion incontestable à la vaccination et le refus total, tous deux très minoritaires (doc. 1). Elle rassemble donc des groupes épars qui militent en faveur de vaccins « plus verts », plus raisonnés (doc. 5b), choisis. Elle dissimule parfois des activistes plus radicaux qui n’affichent pas leurs idées anti-vaccinalistes, afin d’améliorer leur image, de renforcer leur audience. Les « hésitants » mettent en avant des arguments éthiques.

  • J’explique : montrer la nuance des arguments des « hésitants »

Ces arguments prennent appui sur le droit des patients à décider des soins qu’ils acceptent et/ou sur le droit des consommateurs en quête de transparence et/ou, enfin, sur la liberté de chacun à agir, y compris en ne suivant pas les recommandations du pouvoir politique.

Ils ponctuent leur argumentaire de références aux nombreuses polémiques médiatisées sur le coût, l’opportunité et l’efficacité de la vaccination de masse, la révélation de possibles conflits d’intérêt entre certains experts scientifiques et les groupes pharmaceutiques, notamment depuis 2009 et la campagne contre la grippe A/H1N1 en France.

  • J’illustre : l’exemple la ligue nationale pour la liberté des vaccinations (doc. 4)

La ligue nationale pour la liberté des vaccinations, créée en 1954, s’appelait initialement « la ligue nationale contre les vaccinations ». Le changement d’appellation a été choisi afin d’affirmer leur propre rejet de l’antivaccinalisme de masse.

Elle avance l’argument de la liberté individuelle face à l’inoculation d’une maladie chez un être sain. Leur site met en exergue les recours devant la Cour européenne des droits de l’homme, les questions quant à la fiabilité des vaccins produits en un temps très court et s’appuie sur une experte, la généticienne Alexandra Henrion-Caude. Il est à noter qu’il relaie également le très controversé Hold-up. Retour sur un chaos, film documentaire sur le Covid de Pierre Barnérias, en ligne depuis le 11 novembre 2020, parcouru de nombreuses contre-vérités. 

III. L’étiquetage « antivaccinaliste » est devenu contre-productif

III. L’étiquetage « antivaccinaliste » est devenu contre-productif

Facile
  • J’affirme : montrer que la déviance peut être le fruit d’un étiquetage
  • J’explique : « Anti » et « hésitants » ont tous la même étiquette, stéréotypée et trop large
  • J’illustre : cette étiquette est contre-productive dans le cadre d’une politique de prévention

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  • J’affirme : montrer que la déviance peut être le fruit d’un étiquetage

Selon l’école sociologique interactionniste, la déviance peut être analysée hors d’une vision en termes de pathologie individuelle ou sociale mais comme une réponse de la société à celle-ci. Ainsi, comme l’énonce le sociologue américain Howard Becker, considéré comme l’artisan de la théorie de l’étiquetage, la déviance est une « création sociale » : « le déviant est celui à qui l’étiquette de déviant a été appliquée avec succès ; le comportement déviant est le comportement que les gens stigmatisent comme tels » (Outsiders, 1964, 1985).

Par un effet de prédiction créatrice, l’étiquetage produit une incorporation de cette identification et la personne devient ce qu’on a supposé ou dit qu’elle était.

Or, précisément, l’étude sociologique de l’antivaccinalisme (document 5a) indique que cette dénomination est épinglée à un ensemble trop vaste d’acteurs différents, qui ne sont pas nécessairement mobilisés contre tous les vaccins.

  • J’explique : « Anti » et « hésitants » ont tous la même étiquette, stéréotypée et trop large

En stigmatisant les associations, collectifs, militants, … qui mettent en doute la vaccination, leurs opposants (praticiens, laboratoires pharmaceutiques, institutions publiques, journalistes de santé) se drapent dans les vertus de la Science associée d’emblée au progrès et occupent l’espace de communication. C’est ainsi qu’ils soutiennent leur délégitimation en imposant divers stéréotypes : obscurantisme, contre le progrès, la raison, associés à des théories du complot. La stigmatisation permet aux groupes dominants de renforcer ce qui, à un moment donné, correspond à ce qui est coopté et accepté.     

Toutefois, à l’inverse de ce que peuvent indiquer les sociologues, ceux que l’on désigne comme les « antivaccins » ne transforment pas cette étiquette en catégorie positive et n’endossent jamais cette dénomination tant elle semble lourde de relents péjoratifs.

Or, l’absence de connaissance exacte de ceux qui ne sont pas partisans de la vaccination, de ceux qui hésitent, conduit les pouvoirs publics à des erreurs et renforcent la défiance.

  • J’illustre : cette étiquette est contre-productive dans le cadre d’une politique de prévention

Rassembler tous les sceptiques dans une catégorie globalisante et opaque « d’antivax » jette le doute sur la probité des experts, scientifiques et pouvoirs publics : cela montre que les arguments sont au mieux mal compris, au pire, détournés et galvaudés.

Manquer de précision, ou de transparence, dans la réponse apportée aux contestations, plus ou moins radicales, plus ou moins intéressées, laisse le champ médiatique libre et ne permet pas d’entrer dans le débat et de rassurer les populations (doc. 5b).

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