Question 4 : Les transformations de l’engagement politique

Sommaire

(Comprendre la diversité et les transformations des objets de l’action collective, des acteurs et de leurs répertoires)

 

L’engagement se transforme et tout d’abord ce sont les objets de l’action collective qui changent. Les conflits du travail avaient pour objectifs d’obtenir de meilleures conditions de travail et de rémunération depuis l’essor de la société industrielle au 19ème siècle. A titre d’exemple, les grèves de 1936 aboutissent à une augmentation de 12 % des salaires par rapport à la période précédente, à une limitation de la semaine de travail à 40 heures et à l’octroi de deux semaines de congés payés. A partir des années 1960, de nouveaux enjeux de mobilisation émergent. Ces derniers valorisent le bien-être, l’autonomie de l’individu ou encore l’identité et l’affirmation des droits individuels. Se développent alors des mouvements de défense des minorités et de l’environnement. On parle de « Nouveaux Mouvements Sociaux ». On voit aussi apparaître des mouvements des « sans » (sans abris, sans papiers par exemple) qui défendent les droits des personnes en situation d’exclusion. Ces mouvements rendent visibles des parts de la population jusque-là marginalisées. On parle de luttes minoritaires. Par exemple, le mouvement LGBTI+ a contribué à visibiliser et à faire évoluer les représentations autour de l’homosexualité et des minorités sexuelles.

Il faut néanmoins nuancer le déclin des conflits du travail et des enjeux matérialistes. Déjà, il faut prendre en compte les autres formes de contestation que les journées de grève. Par exemple se développent des actions collectives comme les grèves du zèle, les débrayages ou les pétitions mais aussi des actions individuelles, notamment judiciaires comme les recours aux prud’hommes. Mais il faut voir aussi que les manifestations restent avant tout matérielles : les manifestants se mobilisent encore pour défendre leurs emplois ou encore leurs salaires. Par exemple, la grève des femmes de chambre d’un hôtel parisien, entre 2019 et 2021, est la mobilisation d’une minorité, des femmes immigrées, qui expriment des revendications concernant les cadences de travail et le respect du droit du travail. Le conflit mêle donc de nouvelles revendications et des conflits associés au travail. Par ailleurs, les revendications dites « post-matérialistes » ne sont pas non plus toutes nouvelles, on peut citer le féminisme qui s’est développé bien avant les années 1960.

Ensuite, l’engagement est porté par une pluralité d’acteurs dans le cadre des « sociétés post-industrielles ». Tout d’abord, l’engagement dans les organisations traditionnelles (partis politiques, syndicats) diminue. En effet, l’engagement dans un parti politique concerne environ 2% des Français aujourd’hui (Enquête européenne sur les valeurs, 2017). Un salarié sur dix adhère à un syndicat depuis les années 1990. De 30 % à la fin des années 1940, ce taux est tombé à 17 % dans les années 1950, et est resté assez stable jusqu’à la fin des années 1970, puis a diminué de nouveau pour atteindre 10 % à partir des années 1990 selon les estimations du ministère du Travail.  Le chômage de masse et la précarité du travail ont compliqué l’adhésion à un syndicat. Le « militant total » (Jacques Ion) qui s’investit de façon intense dans la cause qu’il défend perd du terrain face au « militant distancié » qui s’engage « à la carte » selon ses modalités et le rythme qui lui convient. Ces nouveaux militants n’hésitent pas à passer d’une cause à une autre.Les partis et les syndicats sont encore présents car ils ont de nombreuses ressources. Ils restent des acteurs importants de l’engagement politique, notamment en assurant un lien entre les groupes informels et le pouvoir politique. Par exemple, les dernières manifestations contre la réforme des retraites ont été organisées par des syndicats et des partis politiques. En outre, il existait déjà des formes distanciées de militantisme dans les années 1950 comme cela est démontré dans une étude sur les militants du Secours populaire (Axelle Brodiez, 2006). 

Ces organisations institutionnalisées sont en concurrence avec des associations. En 2025, 21 % de la population française de 15 ans et plus participe à une activité bénévole au sein d’une association. Les jeunes préfèrent l’engagement bénévole dans des associations à un engagement militant dans un parti ou un syndicat, ainsi la progression du bénévolat chez les 15-34 ans se confirme : le taux d’engagement bénévole associatif atteint 23 % pour cette classe d’âge contre 16 % en 2010. Des groupements émergent aussi : ce sont des mouvements ou des alliances éphémères, sans leaders identifiés. Les organisations des actions collectives sont alors souvent autonomes, décentralisées, informelles et limitées dans le temps. On peut citer la mobilisation pour la ZAD de Notre-Dame-des-Landes en 2013-2014. Cette mobilisation était ouverte à tous, sans structure et proposait une participation à un mode de vie alternatif pour occuper et défendre l’espace considéré comme menacé.

 

Enfin, il faut parler de la place croissante de certains répertoires d’action collective dans les actions collectives actuelles. Un répertoire d’action collective (Charles Tilly) représente l’ensemble des modes d’action dans une société donnée à un moment de son histoire. Le répertoire « national-autonome » de Tilly, caractérisé, notamment, par une place importante des syndicats, des grèves et des actions nationales, est en partie dépassé par l’émergence de nouvelles formes de contestation. Erik Neveu parle même de « répertoire de troisième génération ». L’internationalisation de certains mouvements sociaux constitue sans doute l’un des aspects majeurs de cette évolution récente. Certes, ce n’est pas tout à fait nouveau, si l’on pense par exemple aux multiples Internationales ouvrières qui ont émergé dès le 19ème siècle. Cependant, il est certain que la supranationalisation croissante de centres de décisions majeurs (Union Européenne, FMI, OMC, Banque Mondiale, etc.) favorise l’émergence de luttes internationales.  De plus, le rôle des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication est central dans les mouvements sociaux contemporains. Les Révolutions arabes entre 2010 et 2012 ont montré que l’usage d’Internet et des smartphones pouvait avoir des répercussions très concrètes, sur le terrain, en contribuant à mobiliser les individus plus facilement et en donnant la possibilité aux militants de mobiliser des soutiens dans le monde entier, et donc d’accentuer la pression sur les pouvoirs locaux. De même, la mobilisation, en 2025, de la Génération Z s’appuie très largement sur les réseaux sociaux.  On assiste donc à un renforcement du pouvoir des médias.  Si les actions sont plus visibles médiatiquement, cela correspond aussi aux enjeux des luttes minoritaires qui souhaitent obtenir une visibilité et cherchent l’appui des médias. D’autre part, on assiste à une montée en puissance de l’expertise dans le domaine des mouvements sociaux. Les enjeux devenant de plus en plus techniques, dans des domaines comme la santé ou l’environnement par exemple, il est nécessaire pour les acteurs mobilisés de pouvoir s’appuyer sur la légitimité et les arguments « scientifiques » d’experts reconnus. Il en va ainsi d’enjeux très actuels comme le réchauffement climatique. Parlons enfin de la juridicisation des répertoires d’action avec les innombrables plaintes déposées annuellement par les associations antiracistes, par exemple, ce qui nécessite là encore une expertise dans la constitution et la défense des dossiers. Mais si le répertoire d’action politique s’est transformé depuis le 19ème siècle et si les modes d’actions classiques, comme la grève, déclinent au profit d’actions plus spectaculaires, ils ne disparaissent pas pour autant mais s’associent à d’autres formes d’action.

Document 1 : Entreprises connaissant au moins une grève entre 2008 et 2023

Facile

Champ : France métropolitaine jusqu’en 2017, France métropolitaine et départements et régions d’outre-mer (Drom, hors Mayotte) à partir de 2018 ; entreprises de 10 salariés ou plus du secteur privé non agricole.

Source : Dares, enquête Activité et conditions d’emploi de la main d’œuvre (Acemo) sur le dialogue social en entreprise (DES)

Voir la publication DARES  :  Cliquez sur le lien :  Grève en 2023 

Questions : 

Question 1 : En moyenne sur la période 2008-2023, quel pourcentage d’entreprises a connu au moins une grève ?

Question 2 : En 2023, quel pourcentage d’entreprises a connu au moins une grève ? 

Question 3 : Comment évolue le pourcentage depuis 2020 ?

Question 4 : Qu’en concluez-vous quant à la transformation des modalités de l’action collective ?

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Réponses : 

Question 1 : En moyenne sur la période 2008-2023, quel pourcentage d’entreprises a connu au moins une grève ?

En moyenne, sur la période 2008-2023, 2% des entreprises ont connu au moins une grève en France.

Question 2 : En 2023, quel pourcentage d’entreprises a connu au moins une grève ? 

En 2023, un peu plus de 2.5% des entreprises ont connu au moins une grève en France.

Question 3 : Comment évolue le pourcentage depuis 2020 ?

Depuis 2020, ce pourcentage est en hausse. Il a doublé, passant de 1,25% à 2,5% environ.

Question 4 : Qu’en concluez-vous quant à la transformation des modalités de l’action collective ?

Le recours à la grève en entreprise est une modalité qui est peu courante en France mais qui ne disparaît pas et fluctue en fonction des périodes et des enjeux sociaux et économiques pour les travailleurs

Document 2 : La syndicalisation des salariés

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Le taux de syndicalisation est la proportion de salariés syndiqués par rapport à l’effectif global des salariés.

Champ : ensemble des salariés, France métropolitaine

Source : Dares, « La syndicalisation », 21 décembre 2021
 

Voir la publication DARES  :  Voir le lien         

Questions :                    

Question 1 : quelle est l’évolution en pourcentage du taux de syndicalisation en France entre 1950 et les années 2010 ?

Question 2 : Quelle est la tendance actuelle ?

Question 3 : Pour autant les syndicats ne portent-ils plus aucune revendication ?

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Réponses :

Question 1 : quelle est l’évolution en pourcentage du taux de syndicalisation en France entre 1950 et les années 2010 ?

On calcule un taux de variation pour répondre à la question :

En France, en 1950, 30% des salariés étaient syndiqués, contre seulement 11% en 2010.

((Taux de syndicalisation dans les années 2010 – taux de syndicalisation en 1950)/ taux de syndicalisation en 1950 ) x 100 = ((11 – 30 )/ 30 ) x 100 = - 63,3%

Le taux de syndicalisation a diminué de 63,3% entre 1950 et les années 2010. 

Question 2 : Quelle est la tendance actuelle ?

Depuis les années 1990, en France, le taux de syndicalisation est stable et stagne autour de 10%. 

Question 3 : Pour autant les syndicats ne portent-ils plus aucune revendication ?

Les syndicats portent, aujourd’hui encore, de nombreuses revendications en termes de conditions de travail, de rémunérations ou relatives aux droits des travailleurs. Ils ont été une force motrice des mobilisations contre la réforme des retraites notamment en France en 2023. Autre exemple : les syndicats agricoles sont très présents dans la mobilisation agricole en France. 

Document 3 : La mobilisation de la « Gen Z »

Facile

« Pourquoi la génération Z se révolte-t-elle aujourd’hui ?

Il faut avoir en tête qu’en prenant une échelle très large de jeunes nés entre 1997 et 2012, la « gen Z » représente environ 25 % de la population mondiale. En Afrique, elle représente de 30 % à 35 % de la population, soit presque un tiers, contre de 15 % à 20 % en Europe. Elle est suffisamment importante dans les pays du Sud global pour porter un réel poids politique.

Le sens profond de ces mouvements est la défense des biens essentiels. Partout, le mouvement « gen Z » se révolte contre un sentiment de dépossession. A Madagascar, les jeunes s’insurgent contre les coupures d’eau et d’électricité. Au Pérou, c’est l’explosion de l’insécurité qui pose problème. Au Maroc, c’est notamment l’accès aux soins. Au Népal, la corruption et l’interdiction des réseaux sociaux ont provoqué un tollé.

Ces colères juvéniles sont très concrètes. C’est un trait saillant par rapport aux vagues précédentes. Dans les manifestations marocaines, on peut entendre : « Nous ne voulons pas de stades [en référence à la Coupe d’Afrique des nations de football, que le pays accueille en décembre], nous voulons des hôpitaux. » C’est révélateur d’un paradoxe intéressant : les adultes ont toujours associé jeunesse et sport, ou jeunesse et loisir. Mais ici, les jeunes Marocains défendent un système de santé. De même pour les manifestants malgaches : « Nous ne voulons pas du pouvoir, nous voulons de l’électricité ! » A la différence des mouvements de jeunesse des pays du Nord qui portent souvent des discours d’injustice intergénérationnelle, celui-ci ne se rebelle pas contre les générations aînées. Au contraire, les autres générations se joignent même à la révolte. […]

Quel rôle les réseaux sociaux jouent-ils dans ce mouvement ?

Bien sûr, il y a eu d’autres vagues d’indignation générationnelle dans le passé : le mouvement des « indignés » en Espagne, les « printemps arabes » en 2011, ou encore le mouvement écologique « Zero Hour » aux Etats-Unis en 2017. Cette hyperconnexion contribue à la fois à sa rapidité et à la similarité de ses modes d’action. Au Népal et au Maroc, la plateforme de messagerie instantanée Discord a particulièrement accéléré sa propagation.

Le mouvement revendique ne pas avoir de leader, est-ce une force ?

Oui, c’est une force en termes d’organisation, mais aussi une faiblesse en termes d’offre politique. Héritier des « printemps arabes », le mouvement se veut horizontal. Hors syndicats, hors partis politiques, hors structures, hors organisations non gouvernementales, hors associations étudiantes. Etre moins officiel facilite une adhésion de masse. Par ailleurs, ces mouvements ne sont pas spontanés, il y a toujours des militants qui œuvrent, dans l’ombre, à l’organisation – une stratégie qui se montre gagnante, puisque, selon les pays, les effets sont presque immédiats. »

 

Cécile Van de Velde, « La colère de la génération Z n’est pas idéologique mais pragmatique », Le Monde, 30 Octobre 2025 

Voir l'article du Monde : Cliquez sur le lien 

Questions : 

Question 1 : Qui sont les acteurs des actions collectives citées dans le texte ?

Question 2 : Quelles sont les revendications de la « Gen Z » ?

Question 3 : Peut-on parler de revendications post-matérialistes uniquement ?

Question 4 : Quel est le répertoire d’action collective de ces mouvements ?

Question 5 : Que peut-on dire sur leur mode d’organisation ?

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Réponses : 

Question 1 : Qui sont les acteurs des actions collectives citées dans le texte ?

Les acteurs des actions collectives cités dans le texte sont les jeunes mobilisés dans différents pays. Mais il est aussi fait référence aux syndicats, aux partis politiques, aux Organisations Non Gouvernementales et aux associations étudiantes qui ne sont pas impliqués dans le mouvement des jeunes. 

Question 2 : Quelles sont les revendications de la « Gen Z » ?

Les revendications de la « Gen Z » sont matérielles avant tout : de l’eau, de l’électricité, des hôpitaux, un accès à internet. De plus, la corruption et l’insécurité sont dénoncées. 

Question 3 : Peut-on parler de revendications post-matérialistes uniquement ?

De ce fait, on est face à des revendications qui ne sont pas post-matérialistes mais qui sont matérielles avant tout. Ces revendications sont très « concrètes » comme il est indiqué dans le texte. Ces revendications sont opposées à celles des jeunes des pays du Nord qui sont principalement post-matérialistes et portent notamment sur des enjeux de justice sociale.

Question 4 : Quel est le répertoire d’action collective de ces mouvements ?

Les modalités d’action sont la manifestation de rue organisée à l’aide d’applications et des réseaux sociaux comme Discord.

Question 5 : Que peut-on dire sur leur mode d’organisation ?

Leur mode d’organisation est « horizontal », sans leader défini, sans appui de la part d’acteurs institutionnalisés comme les syndicats, les partis politiques ou les associations étudiantes. C’est un mouvement dit « moins officiel » mais l’organisation n’est pas totalement « spontanée », des militants organisent en amont les manifestations, ce qui explique leurs succès. 

Exercice 1 : Les transformations...

Facile

Pour chaque type d’acteur d’action collective, donnez un exemple d’action collective lui correspondant. 

Exercice 3 : manifestations ...

Facile

Manifestation contre le MERCOSUR des agriculteurs devant l'Assemblée nationale à Paris le 13 janvier 2026. © Quentin reix

Source :  Actualités 

Questions : 

Question 1 : Quels acteurs sont présents sur la photographie ?

Question 2 : Quels modes d’action ont-ils choisi ?

Question 3 : Quelles sont leurs revendications ?

Voir la correction

Réponses : 

Question 1 : Quels acteurs sont présents sur la photographie ?

Des agriculteurs sont présents sur la photographie, avec leurs tracteurs. Ils sont soutenus par un syndicat agricole, la FNSEA comme le montre le drapeau en haut à gauche.

Question 2 : Quels modes d’action ont-ils choisi ?

Ils ont choisi de manifester avec leurs tracteurs et de s’arrêter devant l’Assemblée Nationale, un lieu représentant le pouvoir. 

Question 3 : Quelles sont leurs revendications ?

Les agriculteurs s’opposent à la signature d’accords entre l’Union Européenne et le Mercosur qui met en danger, selon eux, le modèle agricole français.

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