Terminale : cours et corrigés

Synthèse

ressources pédagogiques SES bac 2020 2021

La mondialisation (« globalization » en anglais) désigne l’interconnexion croissante des personnes, des institutions, des sociétés au-delà leurs frontières nationales.

Pour l’économiste, la mondialisation est essentiellement le processus d’intensification des échanges des productions (biens et services) et des facteurs de production (capital, travail). Au sein étroit, le commerce international est l'ensemble des flux de marchandises entre les espaces économiques nationaux. Ces échanges commerciaux entre nations sont anciens. Au sein du Royaume de France, les foires de Brie et de Champagne (Lagny-sur-Marne, Provins, Troyes ou Bar-sur-Aube), qui apparaissent au début du Moyen Âge, deviennent de grands rendez-vous des commerçants européens à partir du XIe siècle.

Notons que les Comtes de Champagne mettent en place des règles, ou institutions, qui assurent la sécurité des marchands, et une organisation matérielle (halles, logements, entrepôts, etc.), on parlerait aujourd’hui d’infrastructures, qui facilitent les échanges. Les draps d’Arras, de Chalons ou de Provins sont alors en concurrence avec ceux des provinces flamandes ou anglaises. Déjà, on repère des spécialisations entre commerçants venus des différents pays européens. Ceux du nord vendent surtout des toiles et draps comme les Flamands et des fourrures pour les Allemands et, ceux du sud, comme les Italiens, proposent des soieries, des épices et autres produits de luxe venant des pourtours de la mer Méditerranée.

Ces foires attirent les produits qui circulent via les routes terrestres. Les marchandises ayant un poids important et une densité élevée, ou pondéreux, comme le sel ou le vin, sont souvent transportés par voies fluviales ou maritime. Lorsque l’économiste anglais David Ricardo (1772-1823) voudra démontrer à ses lecteurs que le commerce international est toujours bénéfique pour les pays qui se spécialisent et échangent entre eux, il illustrera ses propos avec l’exemple des draps et du vin, deux marchandises qui traversent depuis longtemps les frontières au XVIIIe siècle.

ressources pédagogiques SES bac 2020 2021

Au sens large, le commerce international est l'ensemble des flux de biens (produits agricoles, produits manufacturés, etc.) et des flux de services (transport, tourisme, services aux entreprises, etc.) qui circulent entre des espaces économiques différentes. C’est l’ensemble des importations et des exportations.

  • Les importations de biens et de services sont l’ensemble des biens et des services fournis par des non-résidents à des résidents, à titre onéreux ou gratuit.
  • Les exportations de biens et de services sont l’ensemble des biens et des services fournis par des résidents à des non-résidents, à titre onéreux ou gratuit.

Remarque : 

On peut calculer la valeur d’une exportation ou d’importation au prix CAF (coût, assurance, fret) ou au prix FAB (franco à bord). La balance commerciale est un compte qui retrace la valeur des biens exportés et la valeur des biens importés. En France la balance commerciale ne couvre que les biens. Les services sont pris en compte dans la balance des biens et des services contrairement à d'autres pays où la balance commerciale couvre les biens et les services. Le solde du commerce extérieur est la différence entre la valeur des exportations et celle des importations entre deux pays (ou deux zones). Il peut être relatif à un produit ou à l'ensemble des échanges de biens et services.

Lorsque la valeur des exportations dépasse celle des importations, on dit qu'il y a excédent commercial (ou la balance commerciale est excédentaire). Lorsque la valeur des importations est supérieure à celle des exportations, le pays enregistre un déficit commercial (ou la balance commerciale est déficitaire).

  • Le taux de couverture est le rapport entre la valeur des exportations et des importations. 
  • La balance des paiements mesure les transactions courantes et les transactions financières entre les résidents et les non-résidents, c’est-à-dire entre les acteurs économiques (banques, entreprises, ménages, administrations publiques) qui exercent leurs activités sur le territoire national et ceux qui exercent leur activité à l’étranger.
  • Les transactions courantes regroupent les transactions économiques qui reflètent les échanges de biens et services, et les transferts de revenus. Le solde des transactions courantes indique l’aptitude d’une économie à équilibrer ses échanges avec les autres pays.
  • Les transactions financières résultent des opérations financières des acteurs économiques résidents avec l’étranger. Elles se composent des opérations d’investissements directs, d’investissements de portefeuille, d’instruments financiers dérivés, d’autres investissements et d’avoirs de réserve. Le solde des transactions financières représente la contrepartie des transactions courantes.

L’internationalisation de la production se traduit notamment par des opérations d’investissements directs à l’étranger. La mondialisation se repère donc à tous les niveaux d’une balance des paiements.

Pourquoi les pays (ou zones économiques) participent aux échanges internationaux ?

L’idée que le commerce entre les nations est source de gains est au cœur des théories du commerce international. L’essor Dragons (Corée du Sud, Taïwan, Singapour et Hong Kong) et des Tigres (Indonésie, Malaisie, Philippines, Thaïlande et Viêt Nam) asiatiques qui ont connu un développement grâce à leur insertion dans l’économie mondiale ou, plus près de nous, de la Chine, permettent d’affirmer que les gains tirés du commerce ne sont pas uniquement théoriques. Ils sont aussi au cœur de la construction d’un grand marché européen.

Ces gains existent. Mais, quelle est l’ampleur de ces gains ? Sont-ils réversibles ? Le commerce profite-t-il à tous les habitants d’un pays (quelques soient leurs préférences et leurs revenus) ?

L’économiste et philosophe écossais Adam Smith (1723-1790) permet de comprendre l’existence de gains (de produits, de productivité, etc.) qu’un pays peut tirer du commerce international. Il souligne que chaque pays a intérêt à se spécialiser dans la production pour laquelle il a des coûts de production moindres par rapport à un autre pays et à échanger ensuite sa production. C’est la théorie des avantages absolus.

L’économiste anglais David Ricardo (1772-1823) confirme qu’un pays a intérêt à se spécialiser puis à échanger et va généraliser l’analyse précédente puisqu’un pays peut participer à l’échange international même s’il ne bénéficie pas d’un avantage absolu. En effet, chaque pays a intérêt à se spécialiser dans la production pour laquelle il a relativement les moindres coûts de production puis à échanger, c’est la théorie des avantages comparatifs.

L’avantage comparatif peut donc être défini comme étant le coût relativement plus faible d’un produit par rapport à son coût dans un autre pays. Il suppose une plus grande productivité relative dans une production et le gain s’obtient par l’exportation d’une partie de cette production.

Dans ses Principes d’économie politique et de l’impôt (1817, 3e édition, 1821), David Ricardo, illustrera son analyse avec les deux puissances maritimes de son époque que sont l’Angleterre et le Portugal qui exportent du drap et du vin. On a donc, selon le vocabulaire des économistes, un modèle à deux produits (le drap et le vin) et deux pays (le Portugal et l’Angleterre). Si le Portugal est plus productif que l’Angleterre dans les deux productions, il est comparativement plus productif dans la production de vin que celle du drap. Le Portugal a intérêt à se spécialiser dans la production de vins, l’Angleterre dans celle de draps, et les deux pays à échanger ensuite une partie de leur production.

« Le commerce extérieur (…) contribue puissamment à accroître la masse des choses utiles, et par conséquent celle des jouissances. »

Principes d’économie politique et de l’impôt (1817, 3e édition, 1921), Chapitre VII. DU COMMERCE EXTÉRIEUR.

Notons que la théorie des avantages comparatifs a des limites. Elle repose sur des hypothèses restrictives comme l’absence de coûts de transport. De plus, une spécialisation trop poussée des pays peut les rendre vulnérables à une crise de l’offre (maladie de la vigne) ou de la demande (baisse de la consommation de drap). Néanmoins, elle permet d’expliquer que le libre-échange entraîne des prix inférieurs à ceux d’une situation d’autarcie et donc les gains à l’échange.

Les facteurs de production sont les moyens (travail, capital, ressources naturelles) qui permettent la production de biens et services. Les pays sont plus ou moins bien dotés en main-d’œuvre (qualifiée et non qualifiée), en capital fixe (machines, bâtiments, etc.) ou en ressources naturelles (pétrole, gaz, terres arables, mines, etc.). L’échange international peut alors s’expliquer par les différences dans les dotations relatives de facteurs de production.

Les théories du commerce international développées par David Ricardo (théorie des avantages comparatifs), puis par Eli Heckscher (1879-1952), Bertil Ohlin (1899-1979) et Paul Samuelson (1915-2009) ont dominé l'analyse économique jusqu'à la fin des années 1970. Dans ce modèle HOS (pour Heckscher, Ohlin, Samuelson), la spécialisation internationale, soit la capacité d'un pays à concentrer sa capacité de production dans une branche d’activité ou un type de produits, s’explique par les avantages comparatifs et l’existence de dotations factorielles. Les pays exportent les produits contenant intensivement les facteurs des productions qu’ils disposent en abondance et importent les produits qui nécessitent les facteurs de production dont ils sont relativement dépourvus (mal dotés).

Ces théoriciens expliquent donc les échanges internationaux à partir des caractéristiques différentes des nations qui se singularisent par leurs techniques de production (David Ricardo) ou leurs dotations factorielles (HOS). De plus, ces modèles postulent que sont respectées les hypothèses de la concurrence pure et parfaite. Les principaux points forts (avantages comparatifs) de la France concernent les produits aéronautiques, les produits de beauté, les boissons, les produits pharmaceutiques et les produits financiers. Ses principaux points faibles (ou désavantages comparatifs) sont concentrés dans les produits pétroliers ou le matériel informatique.

La spécialisation internationale peut aussi s’expliquer ici par l’existence de dotations technologiques. Il s’agit de concentrer l’analyse moins sur les facteurs de production (capital, travail) et davantage sur la fonction de production (facteurs technologiques). L’étude des dotations technologiques permet d’identifier des pays innovateurs (ou leader) et des pays copieurs (ou suiveurs), qui mettent un certain temps pour réaliser les productions des économies avancées. En effet, il existe des écarts technologiques, soit des différences entre les technologies de production disponibles dans deux économies considérées, qui explique la nature et les flux d’échanges.

ressources pédagogiques SES bac 2020 2021

Les économies avancées exportent les produits innovants puis, progressivement, à mesure que les technologies deviennent plus communes, les économies en développement les imitent et deviennent exportateurs lorsque ces produits peuvent être fabriqués par une main-d’œuvre à faible coût. Pour maintenir leur part de marché à l’exportation, les économies avancées doivent donc innover continuellement.

  • La théorie de l’écart technologique mettra l’accent sur l’importance de l’offre pour expliquer les différences de productivité nationale via des différences de dotations technologiques notamment liées aux efforts en recherche et développement.
  • La théorie du cycle des produits met l’accent sur l’importance de la demande pour expliquer l’évolution des flux commerciaux.
  • La théorie du cycle de vie d'un produit suppose une tendance à la hausse de la demande au cours des premières étapes de la mise en œuvre d'un produit. La demande pour ces produits pourrait alors diminuer dans la région de l'inventeur.

Les dépenses en recherche et développement (R&D) des firmes et des États ont donc des effets sur le commerce international. Dans le cas d’une firme, l’innovation permet de détenir un monopole temporaire dans la production d’un bien nouveau. Si ce bien est consommé à la fois sur le territoire national et à l’étranger, il y aura des flux d’exportations importants tant que d’autres firmes n’ont pas mis au point un produit concurrent.

Peut-on expliquer les exportations d’un baril de pétrole ou d’un téléphone portable avec les mêmes théories ? Pourquoi des pays se spécialisent dans l’extraction et l’exportation de diamants ou de gaz et d’autres dans la fabrication de vêtements en coton ou de jouets en plastique ? Tous les pays peuvent-ils exporter des avions de ligne ou des fèves de cacao ?

La science économique va identifier un ensemble de facteurs expliquant le commerce international intersectoriel et intra-sectoriel entre pays, notamment par les différences :

  • de productivité des facteurs de production ;
  • de dotations quantitatives (et qualitatives) en facteurs de production ;
  • de technologie ;
  • de préférences des consommateurs pour les produits nationaux et étrangers ;
  • de structure du marché, etc.

Si les nouvelles recherches améliorent notre compréhension de la structure du commerce mondial, l’économiste Elhanan Helpman nous rappelle qu’aucune théorie du commerce international n'est en mesure d'expliquer pleinement la structure et les volumes des échanges internationaux observés.

Il appartient à l’économiste (et aux étudiants) de repérer la nature des biens et services échangés, leurs évolutions ainsi que celles des acteurs qui procèdent à l’échange et des pays dont partent et arrivent les différents flux pour mieux saisir la dynamique des échanges internationaux. Puis, dans un second temps, identifier les théories les plus appropriées… ou proposer une alternative.

Les relations commerciales sont complexes et dynamiques. Elles ne peuvent s’expliquer par une cause unique.

Notions

Dans le théorème HOS (du nom des trois économistes que sont Heckscher, Ohlin et Samuelson), chaque pays doit se spécialiser dans la production pour laquelle il possède la meilleure dotation en facteurs de production, à savoir le capital, le travail, ou encore les ressources naturelles.
Selon ce théorème, et sous les hypothèses du modèle HOS, l’extension des échanges et l’adoption du libre-échange induisent la convergence mondiale de la rémunération des facteurs de production. Dans les pays pauvres, la hausse de la production nécessitant une main-d’œuvre abondante conduit à une hausse des salaires, tandis que le prix relatif du facteur capital diminue du fait des importations de capitaux. A l’inverse dans les pays riches, le prix relatif du facteur travail diminue et celui du facteur capital augmente.

Document 5. Les échanges commerciaux entre la France et le Royaume-Uni dans le contexte du Brexit

Exercice
Le 12/03/2020

Document 4. La balance commerciale de la France : Exportations, importations et solde de la balance commerciale en biens (en milliards d'euros)

Exercice
Le 12/03/2020

Document 3. Exportations mondiales de marchandises par grande catégorie de produits, 2017 (part en %)

Exercice
Le 12/03/2020

Synthèse

Melchior cours SES lycée bac grand oral

Dans les sociétés démocratiques, l’École, allant de l’élémentaire aux études supérieures, est considérée comme l’institution par excellence qui permet de réaliser l’idéal d’égalité des chances en offrant aux individus une possible ascension sociale.

I) L’École, une institution qui transmet des savoirs et concourt à l’égalité des chances

  • Une mission première : la transmission des savoirs

De trois à seize ans, chaque enfant doit bénéficier d’une instruction, qu’elle soit menée ou non au sein de l’institution scolaire. Au total, 15,3 millions d’élèves, étudiants ou apprentis sont scolarisés en 2018. Elle vise à former le futur homme et citoyen en transmettant des savoirs, mais aussi une culture favorable à son épanouissement. Fixées par les membres de l’Union Européenne, les compétences clés pour s’insérer socialement sont : communiquer dans sa langue maternelle et dans une langue étrangère, disposer d’une culture mathématique, scientifique et informatique, d’une sensibilité culturelle et de compétences sociales et civiques. C’est l’égalité des résultats qui est ici visée. L’école délivre donc des diplômes qui conditionnent l’entrée sur le marché du travail mais elle se veut également un espace d’apprentissage de la démocratie (élection des délégués), d’élévation des consciences sur la question de l’égalité hommes/femmes ou encore des enjeux du développement durable1.

  • Un accès à l’école et à l’enseignement supérieur croissant : la massification de l’école

Longtemps réservée aux enfants de milieux favorisés, ainsi qu’aux garçons, l’École s’est profondément transformée à partir du XIXe siècle, par un processus de scolarisation primaire de masse d’abord puis secondaire à compter des années 1960. En étendant à toute la population des scolarités initialement réservées à une minorité, la démocratisation peut se mesurer par la croissance des effectifs scolaires et l’allongement des scolarités. Les sociologues préfèrent qualifier ce processus de hausse des taux de scolarisation par âge de « massification ».

Elle a été permise par différentes politiques publiques telles que l’allongement de la scolarité obligatoire. Ainsi, depuis 2019, l’obligation d’instruction débute à 3 ans et la formation des 16-18 ans deviendra obligatoire à compter de 20202. La diversification des diplômes délivrés a également permis l’accès au statut de bachelier des plus défavorisés. Ainsi, près de 80 % des jeunes d’une génération obtient désormais cet examen, à la faveur notamment de la création du baccalauréat technologique d’abord puis, et surtout, de la voie professionnelle en 1987. Il faut aussi citer la politique d’éducation prioritaire mise en œuvre depuis 1981 : forme de discrimination positive à la française, axée sur des critères sociaux, il s’agit de donner davantage de moyens, à la fois budgétaires et humains, aux établissements qui accueillent une forte proportion d’élèves défavorisés.

  • Une démocratisation réelle encore en suspens

Les statistiques sont éloquentes : à 18 ans, 4 jeunes sur 5 sont scolarisés. La part des sortants précoces (i.e. ayant au plus le brevet et n’étant pas en formation) parmi les 18-24 ans est désormais inférieure à 10 %, les effectifs d’étudiants ont été multipliés par 11 depuis 1950. Toutefois, la démocratisation est qualifiée de « ségrégative » : l’égalisation des chances scolaires n’est pas atteinte car l’accès aux études restent dépendant de variables telles que le milieu social, le sexe, l’origine nationale, ethnique ou géographique » 3. Comme le montrent notamment les enquêtes internationales PISA, depuis le début du XXIe siècle, la dégradation des résultats des élèves les plus faibles et issus des milieux sociaux les plus défavorisés, s’est accompagnée d’une progression des acquis des élèves favorisés. Par ailleurs, les baccalauréats restent stratifiés, le taux d’accès aux grandes écoles s’est resserré autour d’une élite sociale issue des milieux très favorisés. En somme, les inégalités se sont tout simplement déplacées.

II) Des inégalités de réussite scolaire pourtant persistantes dans la construction des trajectoires individuelles de formation

Quelles explications peut-on apporter ?

  • Le rôle de l’École dans le maintien des inégalités sociales :

Œuvre fondatrice, la théorie de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron écrite en 1970, place l’institution scolaire au cœur de la reproduction sociale. Selon ces auteurs, certains mécanismes, inhérents au fonctionnement de l’institution, conduisent au maintien des privilèges des classes dominantes. En effet, les contenus scolaires légitimes, validés par le diplôme, ne sont pas neutres : ce sont ceux de la culture bourgeoise, maîtrisés par la classe dominante quand les élèves de milieu défavorisé sont, eux, moins dotés en capital culturel. Il est constitué de trois états : l’« état incorporé» dans chaque agent social, en tant qu'habitus (c'est-à-dire en tant que système de dispositions inconscientes, acquises et durables), l'« état institutionnalisé » comme le titre scolaire par exemple et enfin l'« état objectivé » qui apparaît sous la forme de l’accès aux biens culturels dans « l’environnement natal » comme les livres, une œuvre d'art, …

En partie hérité, cultivé et accumulé par la famille, il est considéré comme le principal vecteur de la réussite scolaire, ce qui contribue à reproduire l’avantage des « héritiers ». Les travaux sociologiques plus récents montrent par ailleurs que les pratiques pédagogiques actuelles, peuvent, par leur implicite renforcé, la découverte par le jeu et la mobilisation de l’autonomie de l’enfant, favoriser encore le poids de la socialisation familiale sur le parcours scolaire, à l’avantage des classes moyennes et favorisées.

  • Les effets des stratégies et investissements familiaux :

La participation des familles à la réussite scolaire est en lien étroit avec le rôle de l’école elle-même. Dans une autre démarche, Raymond Boudon l’a démontré en 19734 : en partant de l’hypothèse d’acteurs individuels rationnels, les élèves et leurs familles sont présentés comme mettant en œuvre des stratégies à chaque « point de bifurcation » en matière d’orientation : ils coordonnent leurs actions de manière à atteindre habilement un but, face aux diverses éventualités qu'ils sont conduits à envisager, compte tenu de leur situation sociale. Ainsi, à compétences scolaires égales, identifiées par les notes, les enfants d’origine modeste, mus par leur famille, optent pour une trajectoire scolaire moins ambitieuse que leurs camarades plus favorisés car ils mettent en balance les coûts et risques (financiers, sociaux) – ici, surestimés – et les avantages (diplôme et profession plus profitables), ici sous-estimés dans un contexte où ils ont intériorisé des chances de réussite modestes. Le choix des filières ou des options en fait partie mais également les choix d’établissements menés par les parents. Bénéficiant de ressources diverses (économiques, sociales, culturelles), ils mènent des stratégies d’évitement qui conduisent à un renforcement de la ségrégation sociale et académique selon Pierre Merle5. L’investissement familial dans la scolarité, plus ou moins efficace, fait l’objet d’études plus précises, issues d’enquêtes in situ, aujourd’hui. Il a été ainsi possible de révéler les causes de la réussite ou l’échec paradoxal : la socialisation familiale (règles de vie, temps consacré par la mère et légitimé par le père, valorisation des tâches scolaires) en congruence avec ce qui est attendu de l’élève crée des dispositions plus favorables.

  • Les effets de la socialisation genrée :

Malgré une scolarisation historiquement plus tardive, il est désormais attesté que les filles ont un meilleur niveau scolaire moyen que les garçons. En témoigne en particulier, la proportion d’une génération bachelière, nettement plus élevée chez les filles. Elles restent toutefois en retrait dans certaines filières d’excellence comme les CPGE scientifiques et valorisent moins bien leur diplôme sur le marché du travail. Les travaux sociologiques axé sur la socialisation primaire sexuée peuvent être ici convoqués : les parents ont des attitudes différentes envers les filles et les garçons. Celles-ci sont davantage stimulées en matière verbale, ceux-là sur le plan moteur ; elles subissent un contrôle plus strict ; elles sont encouragées à la sociabilité harmonieuse envers les camarades ou les adultes. Ainsi, de manière inconsciente, les familles anticipent le futur rôle des femmes – et des hommes - dans la société et concourent à le renforcer. Bien qu’alertés, les professeurs ont également inconsciemment des attitudes différentes envers les deux sexes.

Comme le mettent en évidence les comparaisons internationales des systèmes scolaires, certains semblent plus ou moins efficaces et plus ou moins équitables. Les inégalités de réussite à l’école, plus marquées selon l’origine sociale en comparaison au genre, demeurent une limite sur laquelle achoppe la plupart des politiques publiques menées depuis le mouvement de démocratisation initié au XIXe siècle. L’école fabrique elle-même ces écarts qui la rongent, en symbiose avec les stratégies et investissements des familles, plus ou moins adroits, plus ou moins conformes au métier d’élève attendu.

  • La crise sanitaire liée au Covid-19 a-t-elle amplifié les inégalités scolaires ?

Le confinement décrété à partir du 14 mars 2020 a ouvert une séquence inédite dans le fonctionnement scolaire : la classe à domicile. Ce faisant, les différents acteurs de cette période, des professeurs aux parents d’élèves, ont pu attester de la difficulté de contourner les obstacles à la fois sociaux et techniques.

Avec l’imposition du distanciel, chacun s’est trouvé seul face au travail demandé, conduisant à une exacerbation des inégalités existantes. En fonction de leur habitat, du nombre de personnes par foyer et du niveau social, il est des élèves qui n’ont pu accéder à un ordinateur, donc à la classe à domicile. Sur le plan des conditions domestiques techniques et sociales, les travaux récents de l’Insee indiquent que 2 % des enfants de moins de 17 ans mais 3,5 % des enfants de familles monoparentales n’ont pas accès à Internet à leur domicile, quel que soit l’appareil. Au-delà, près de 40 % des utilisateurs d’Internet ne disposent pas des compétences de base (recherche d’information, utilisation de logiciels, la résolution de problèmes ou communication)6. En outre, cette crise a également révélé l’importance que revêt l’accès aux cantines scolaires pratiquant des tarifs très bas pour les ménages les plus pauvres. Mise de fait à l’arrêt pendant la période, la restauration scolaire a pu accroître les difficultés de subvenir aux besoins essentiels.

Sur le plan scolaire à proprement parler, la rigueur dans la mise au travail a pu dépendre également du degré d’investissement des parents d’une part et de leur capital culturel d’autre part.

Selon une étude sociologique menée par deux enseignants-chercheurs de l’université de Bordeaux7 auprès de 30000 parents d’élèves, les catégories populaires n’ont pas « abandonné » l’école : en termes de temps passé au travail scolaire, il est le plus élevé (3h16 minutes par jour) pour les milieux modestes contre 2h58 minutes pour les enfants d’enseignants par exemple. Toutefois, les inégalités se manifestent ailleurs et de manière plus fine : l’accompagnement s’est avéré plus formel et conforme à la consigne scolaire pour les enfants de catégories populaires, vérifiant la bonne exécution de la tâche scolaire. Pour les enfants de milieux plus favorisés, les parents ont pu aider à décrypter les implicites des consignes et compléter la continuité de l’apprentissage par des exercices alternatifs ou transversaux, facilitant la réelle acquisition des savoirs.  Ainsi, conformément aux travaux anciens des sociologues de l’éducation, l’exercice de cette école numérique forcée tend à l’heure actuelle à amplifier les inégalités scolaires présentes.

Enfin, sur le plan de l’aspect certificatif de l’école, il est à craindre que cette crise soulève la question de l’équité générationnelle pour les étudiants préparant des concours et ayant subi une rupture du rythme collectif traditionnel pendant cette période.

1 A partir de septembre 2019, les collégiens et les lycéens élisent un éco-délégué par classe, chargé de participer à la mise en œuvre du développement durable dans l’établissement.

2 Entre 16 et 18 ans, tout jeune devra se trouver : soit dans un parcours scolaire ou en apprentissage ; soit en emploi, en service civique, en parcours d’accompagnement ou d’insertion sociale et professionnelle.

3 Pierre MERLE, op.cit., p. 3.

4 Raymond Boudon, L’inégalité des chances. La mobilité sociale dans les sociétés industrielles, Armand Colin, 1973.

5 Pierre Merle, La ségrégation scolaire, La Découverte, 2012. Marco Oberti, « Ségrégation scolaire et urbaine » in Agnès van Zanten, Patrick Rayou (sous la dir. de), Dictionnaire de l’éducation, 2è éd., PUF, 2017.

Notions

C’est la croissance de l’enseignement à tous les niveaux où il est dispensé. Cette démocratisation est incontestable, comme en témoigne l’évolution du taux d’accès au baccalauréat, d’à peine 10% à la fin des années 1950 à près de 90% aujourd’hui.
Ensemble des ressources culturelles dont dispose un individu, comprenant des compétences culturelles incorporées telles que les capacités langagières, les savoir-faire ou encore les capacités intellectuelles, se mesurant par la détention de titres scolaires, et se traduisant par des pratiques culturelles spécifiques (fréquentation de salles de théâtre, pratiques artistiques, détention d’objets culturels comme les livres ou les tableaux).
La démocratisation ségrégative est une expression assez forte employée par le sociologue Pierre Merle pour dénoncer les illusions de la démocratisation scolaire. On observe aux différents niveaux du système éducatif une forte inégalité d’accès selon les classes sociales, les filières les plus prestigieuses, à commencer par les études scientifiques au lycée, demeurant globalement réservées aux classes dominantes.
S'abonner à Terminale : cours et corrigés

Newsletter

Suivre toute l'actualité de Melchior et être invité aux événements