Définition
Selon Muriel Darmon (2010), la socialisation correspond à « l’ensemble des processus par lesquels un individu est construit- on dira aussi « formé », « modelé », « façonné », « fabriqué », « conditionné » - par la société globale et locale dans laquelle il vit, processus au cours desquels l’individu acquiert- « apprend », « intériorise », « incorpore », « intègre » - des façons de faire, de penser et d’être qui sont situées socialement ».
La socialisation est aussi parfois définie comme le processus d’incorporation des normes et valeurs en vigueur dans une société.
L’essentiel
Tout d’abord, la socialisation est un processus continu, qui a lieu tout au long de la vie de l’individu. Peter Berger, Thomas Luckmann, dans La construction sociale de la réalité, en 1966, distinguent la socialisation primaire de la socialisation secondaire. La première concerne les enfants et est réalisée dans un premier temps par la famille. Au sein de cette institution, l’enfant va construire son identité sociale. Cette socialisation se poursuit à l’école, dans des groupes de pairs mais aussi par l’intermédiaire des médias. Lors de la socialisation secondaire, qui correspond à l’âge adulte, l’individu doit acquérir de nouveaux comportements, être socialisé aux différents rôles et aux différents statuts qui seront les siens au cours de sa vie. La socialisation de l’adulte se poursuit au sein de son milieu professionnel ou de son couple notamment.
Ensuite, la socialisation répond à un double objectif : rendre les individus conformes aux attentes de la société pour permettre leur intégration mais aussi les préparer à être des êtres singuliers, capables d’adaptation et d’innovation.
La première approche correspond notamment à la définition que donne Emile Durkheim de la socialisation. Selon lui, la socialisation est le processus selon lequel la génération adulte façonne la jeune génération. Dans, De la division du travail social, en 1897, il écrit : « quoique la société ne soit rien sans les individus, chacun d’eux est beaucoup plus un produit de la société qu’il n’en est l’auteur. »
Dans ce même objectif, le courant culturaliste conçoit la socialisation comme un processus de transmission des modèles de comportements correspondant à une culture. La personnalité des individus est alors fortement influencée par la culture.
Selon les fonctionnalistes, un individu est socialisé dans son groupe d’appartenance et se voit transmettre les normes et valeurs de ce groupe mais peut également intérioriser les normes et valeurs d’un groupe de référence auquel il souhaite appartenir. Robert King Merton parle alors de socialisation anticipatrice.
Toujours dans ce même ordre d’idée, Norbert Elias définit la socialisation comme « la façon dont la société forme et transforme les individus » (N. Elias, La société des individus, 1987). La socialisation est, de plus, pensée comme le produit « civilisationnel » d’une histoire et d’une inscription nationale. Il écrit, dans Le processus de civilisation, en 1967, que « L’histoire d’une société se reflète dans l’histoire interne de chaque individu ; chaque individu doit parcourir pour son propre compte en abrégé le processus de civilisation que la société a parcouru dans son ensemble ».
Par ailleurs, la socialisation est pensée par Pierre Bourdieu comme le processus d’intériorisation et d’incorporation de l’habitus. « L’habitus, c’est ce que l’on a acquis, mais qui s’est incarné de façon durable dans le corps sous forme de dispositions permanentes », nous dit Pierre Bourdieu dans Questions de sociologie, en 1980. Les individus ont un habitus de classe qui définit leurs pratiques en tant que membres d’une classe sociale ou d’une fraction de classe sociale, partageant les mêmes conditions de vie.
Mais il est également important de voir le lien entre socialisation et subjectivation. Ainsi, dans la théorie de Pierre Bourdieu, la subjectivation s’exprime dans la constitution d’un habitus individuel qui est produit par les expériences individuelles singulières.
Bernard Lahire insiste lui sur le fait que la socialisation est plurielle ; en effet, selon lui : “Tout corps (individuel) plongé dans une pluralité de mondes sociaux est soumis à des principes de socialisation hétérogènes et parfois même contradictoires qu’il incorpore” (L’homme pluriel, 1998).
Enfin, si la socialisation est différenciée en fonction du milieu social, elle l’est aussi en fonction du genre. Les filles et les garçons ne se voient pas inculquer les mêmes normes et valeurs à travers des pratiques vestimentaires, sportives ou culturelles différentes par exemple.