Définition
Les NMS désignent les formes de mobilisation collective qui se sont développées à partir des années 1960-70 et qui se distinguent des mouvements sociaux « traditionnels ».
L'essentiel
Les conflits sociaux « traditionnels », c’est-à-dire ceux qui caractérisent l’histoire sociale du XIXème et une large partie du XXème siècle, sont des mouvements sociaux autour du travail, de la production et de la répartition des richesses. Ils sont largement encadrés par les syndicats et portent essentiellement sur des revendications matérielles.
Les transformations économiques et sociales des sociétés occidentales, à la fin des années 1960, ont conduit à une tertiarisation de l’économie, une élévation du niveau de vie moyen, une montée du niveau de l’éducation et au développement de nouvelles valeurs moins matérialistes. Le politologue Ronald Inglehart parle de valeurs post-matérialistes pour désigner la valorisation de la liberté, de l’autonomie, de l’épanouissement individuel, de la qualité de vie, etc. La conflictualité sociale traditionnellement orientée vers le travail et le partage des richesses se déplace donc sur ce nouveau terrain. Les enjeux sociétaux deviennent ainsi des préoccupations centrales au cœur de nouvelles formes de conflit social. La notion de Nouveaux Mouvements Sociaux (NMS) a été développée par des sociologues tels que Alain Touraine dans les années 1970 et 1980.
Ces NMS se caractérisent donc d’abord par des enjeux qui sortent du cadre strict de l’économie. Une part importante des NMS porte sur la question des droits et des identités. Les revendications sur l’égalité femmes-hommes, sur les discriminations, sur la place des minorités, sur l’orientation sexuelle et plus généralement sur l’identité deviennent centrales à partir des années 70.
Les NMS se distinguent également par des « répertoires d’action » nouveaux pour reprendre l’expression de Charles Tilly. Alors que les conflits traditionnels passaient par des modes d’action qui allaient le plus souvent de la manifestation à la grève, de la pétition à l’occupation d’un site industriel, les NMS développent des formes originales telles que le boycott, les actions symboliques (badigeonnage d’œuvres d’art par des militants écologistes dans un musée, enchainement devant un site, occupation de ronds-points par les « gilets jaunes » ou corps peints des FEMEN), la désobéissance civile, etc. Les évolutions technologiques ont enrichi le répertoire d’action des NMS en favorisant les pétitions en ligne, le cyber-activisme et le recours aux réseaux sociaux pour faire circuler une information ou fixer un lieu de rassemblement « spontané ». Il s’agit donc globalement, de formes de protestation moins institutionnalisées, plus symboliques et largement axées sur leur médiatisation. Les principaux exemples illustrant les NMS sont le mouvement féministe, le mouvement altermondialiste, le mouvement écologiste, le mouvement MeToo, etc.
L’existence de ces conflits ouvertement axés sur des revendications sociétales n’a évidemment pas fait disparaitre les conflits autour des enjeux économiques. D’ailleurs, certains mouvements sociaux sont à la croisée d’enjeux économiques et sociétaux. La notion de NMS fait l’objet d’un certain nombre d’analyses critiques remettant en cause leur caractère de nouveauté et le risque d’effacer la question des rapports de classe. Par ailleurs, un nombre important de ces NMS s’est institutionnalisé à travers des ONG ou des mouvements constitués.