Déficits jumeaux

Définition

Les déficits jumeaux (twin deficits) désignent la coexistence dans une économie d’un déficit public et d’un déficit extérieur. En économie, l’hypothèse des déficits jumeaux suppose qu’il existe une relation positive entre le déficit extérieur et le déficit public.

L’essentiel

Pour comprendre la situation des déficits jumeaux, on peut s’appuyer sur le cas emblématique des Etats-Unis, et à un moindre degré sur celui de la France.

Depuis 20 ans, la France cumule de façon chronique ces deux déficits (et de façon intermittente depuis 50 ans). Aux Etats-Unis, le phénomène est apparu dans les années 1980 sous la présidence Reagan, avec un programme de réduction d’impôts combiné à une hausse des dépenses publiques qui ont conduit à une forte progression du déficit budgétaire fédéral (5% en 1986). Sur la même période, le déficit extérieur s’est aussi fortement creusé pour atteindre 3,2% du PIB en 1985. Par la suite, les Etats-Unis ont connu deux autres épisodes de déficits jumeaux. Le premier s’est déroulé au début des années 2000 où, à côté de déficits courants élevés et persistants, les Etats-Unis ont enregistré une dégradation de leurs comptes publics sous l’effet conjugué de la guerre en Irak et de réductions fiscales accordées par l’administration George W. Bush pour  relancer l’activité économique. Le second a débuté en 2017 avec l’adoption par Donald Trump d’une politique budgétaire expansionniste reposant elle aussi sur une réduction d’impôts (la grande réforme fiscale « Tax Cuts and Jobs Act ») et une augmentation des dépenses publiques. Un troisième épisode de déficits jumeaux pourrait être encore  le fait de Donald Trump  en 2025 avec la prolongation des baisses d’impôts votées en 2017 accompagnées de mesures nouvelles (aide à l’achat de voitures américaines, défiscalisation des pourboires, dotation de 1000 dollars par enfant), et cela au moment où les dépenses publiques devraient encore augmenter du fait de la guerre en Iran en 2026. 

 

Les déficits jumeaux aux Etats-Unis

 

Aux Etats-Unis, le déficit public devrait représenter 6 à 7% par an à partir de 2025. La dette publique, estimée à 120% du PIB en 2024, devrait quant à elle croître à un rythme d’environ 3 points par an. Pour 2025, la balance des transactions courantes reste négative (-0,9%), sans préjuger bien sûr par le suite des effets de la politique protectionniste de Trump. En France, le déficit public dépasse aussi les 5% du PIB en 2025. La dette , qui est de 113% du PIB en 2024, devrait comme aux Etats-Unis continuer à croître de 3 points par an dans les années à venir. Et la balance des transactions courantes est également négative (-2% du PIB en 2020, -1,2% en 2022, -1% en 2023, avec une amélioration pour 2024 : -0,4%).

Pour démontrer l’existence de déficits jumeaux, on part de l’équilibre Emplois-Ressources en économie ouverte :

Y = C+I+G+X-M-T   (Y=production ; C= consommation ; = dépenses publiques ; X= exportations ; M= importations ; T= taxes).

On peut écrire : Y + M + T = C + I + G + X

D’où T -G +Y - C- I = X-M 

Or Y- C= S  et S = I à l’équilibre

Ce qui donne : T- G= X- M

Une augmentation du déficit budgétaire résultant d’une baisse des recettes fiscales et/ou d’une hausse des dépenses publiques s’accompagne d’une détérioration de la balance des transactions courantes. Cela s’explique parce que l’augmentation du déficit budgétaire crée une augmentation de la demande intérieure qui ne peut généralement être  totalement satisfaite par l’offre domestique, ce qui augmente l’importation de biens et de services. Symétriquement, une détérioration de la balance courante peut provoquer un déficit budgétaire si elle a un impact négatif sur la croissance, contribuant à la baisse des recettes fiscales.

Pour conclure, si des similitudes existent en matière de déficits jumeaux entre la France et les Etats-Unis, des différences importantes sont également à souligner. Le déficit public  américain est la conséquence de différentes réformes fiscales qui se traduisent par une diminution du taux d’imposition des ménages et des entreprises. Il a pu aussi être accentué par des mesures de soutien à l’investissement (comme l’Inflation Reduction Act dans le cadre de la transition écologique). Quant au déficit français, il résulte de la faiblesse du taux de croissance économique et du taux d’emploi, ainsi que de l’importance des transferts publics, beaucoup plus importants qu’aux Etats-Unis. Le déficit de la France est en grande partie imputable à l’importance des dépenses publiques (et notamment des dépenses sociales) alors qu’aux Etats-Unis il est lié à des mesures qui encouragent la croissance (baisse de la fiscalité et investissement).

Pour aller plus loin

Voir la note de lecture du livre de Nicolas Dufourcq « La dette sociale de la France »

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