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Définition :
L’autorité est la capacité de commander, de se faire obéir. Cette capacité ne repose pas sur la force. Elle est reconnue comme légitime, et cette légitimité s’appuie selon les époques et les lieux sur la tradition, le charisme, ou encore le statut (légitimité rationnelle).
L'essentiel :
L’autorité n’est pas le pouvoir. A la différence du pouvoir, l’autorité exclut les moyens de coercition. Le pouvoir fait référence à une place de l’individu dans un appareil (il est fondé sur la légalité), alors que l’autorité a un caractère personnel. On peut avoir du pouvoir sans autorité, alors qu’inversement l’autorité s’accompagne d’un certain pouvoir sur les individus (au sens de Robert Dahl, c’est-à-dire la capacité d’obtenir d’une personne un certain comportement : « A exerce un pouvoir sur B Dans la mesure où il peut obtenir quelque chose de B qu’il n’aurait pas fait sans l’intervention de A »).
Dans La crise de la culture (1961), Hannah Arendt explique que l’autorité s’oppose également à la persuasion, qui présuppose l’égalité caractéristique des démocraties contemporaines, et opère par un processus d’argumentation. L’ordre autoritaire se définit donc par opposition à la contrainte par la force et à persuasion par argument, et il repose sur une hiérarchie dont chacun reconnaît la justesse et la légitimité. Selon Arendt, l’autorité est donc sans pouvoir. C’est une transcendance. Mais sur quoi repose-t-elle ? Arendt revient sur l’étymologie et l’origine du mot « Autorité ».
Le mot « Auctoritas » dérive du latin « Augere » ou « augmenter ». A Rome, les hommes d’autorité étaient les anciens, le Sénat et les Pâtres qui avaient obtenu leur statut par héritage et par transmission de ceux qui avaient posé les fondations (les Maiores). Le Sénat romain, grâce à son incomparable prestige, a la vertu d’augmenter la portée de tout acte pour lequel il a donné son accord (son auctoritas). L’autorité est dans ce cadre ce qui permet à un commandement suprême d’apparaître comme étant acceptable. C’est une reconnaissance sociale qui confère un droit à ordonner, et en conséquence légitime l’obéissance de ceux à qui l’ordre est donné.
Toujours dans La crise de la culture, Arendt soutient que l’autorité est acceptée comme une « nécessité naturelle », et cette naturalité lui donne une évidence qui exclut toute coercition directe. Au-delà de cette évidence, cette légitimité de l’ordre est sans justifications. Comme le dit Arendt, « là où on a recours à des arguments, l’autorité est laissée de côté. Face à l’ordre égalitaire de la persuasion se tient l’ordre autoritaire, qui est toujours hiérarchique ».
La notion d’autorité évolue cependant avec la société. Pour Arendt, la modernité (qui n’est pas un phénomène récent, puisqu’on estime qu’elle commence au XVIème et XVIIème siècles, à la Renaissance, quand l’autorité des Anciens commence à être remise en cause) se caractérise par une crise de l’autorité qui résulte de l’effondrement progressif des sources traditionnelles que sont la religion, la tradition, ou encore la hiérarchie. Et dans nos sociétés post-industrielles, il semble bien que nous soyons passés d’une autorité hiérarchique à une autorité négociée. Par exemple, l’autorité de l’enseignant n’est plus acceptée comme allant de soi (autorité hiérarchique). Elle est négociée avec les élèves, et elle repose sur les compétences du maître et son esprit de « justice ». Il en est de même au sein des familles. On peut dire que le fonctionnement de nos sociétés repose désormais sur le principe du contrat admis entre les différentes parties, conformément à l’idéal démocratique qui est un idéal d’égalité. Autrement dit, il y a de moins en moins de hiérarchies imposées, et les acteurs sont de plus en plus maîtres de leur destin, à l’image de la sociologie contemporaine qui est moins déterministe, ou qui repose sur un « déterminisme tempéré ».
Faut-il s’inquiéter de cette crise de l’autorité et comment y remédier ?
Pour Arendt, un des dangers majeurs réside dans la tendance actuelle à combler l’absence d’autorité par l’extension du pouvoir ou le recours à la violence. Quand l’école remplace l’autorité pédagogique par des mécanismes de pouvoir ou de violence, elle perd sa capacité à transmettre efficacement les enseignements fondamentaux aux nouvelles générations. Dans le domaine politique, de la même manière, les formes d’autoritarisme sont vouées à l’échec car elles détruisent les conditions de reconnaissance mutuelle qui fondent l’autorité authentique. De façon plus générale, la reconstitution d’une autorité légitime ne consiste en aucun cas à renouer avec le passé. Il s’agit plutôt d’inventer de nouvelles formes d’autorité qui soient compatibles avec l’égalité démocratique. Dans ces conditions, la démocratie véritable exige des formes d’autorité compatibles avec la liberté politique plutôt qu’opposées à elle. Cela signifie que les institutions démocratiques doivent tirer leur autorité de leur capacité à créer et à maintenir des espaces publics authentiques où les citoyens peuvent exercer leur liberté politique. Au bout du compte, il s’agit de reconstituer des formes d’autorité qui rendent possible l’action politique collective tout en respectant la pluralité des citoyens.
Par ailleurs, toujours en ce qui concerne nos sociétés actuelles, le diagnostic de la crise de l’autorité mérite d’être nuancé pour deux raisons. La première raison est que cette crise est le fait d’institutions qui semblent en déclin (la famille, l’école, l’Etat), alors que d’autres institutions ont de plus en plus d’influence sur la société (l’entreprise, les médias) et peuvent connaître au contraire un renforcement de leur autorité. Le deuxième point est que cette crise de l’autorité n’est peut-être qu’apparente et exprime tout simplement un mouvement de désinstitutionalisation de la société : les codes sociaux ne sont plus légitimes et sont désormais soupçonnés d’être des entraves à la liberté individuelle. Si on prend l’exemple de l’école, on peut observer avec Philippe Meirieu que les enfants ne sont pas réfractaires à toute forme d’autorité : ils adhèrent au contraire à une autorité qui leur donne un fort sentiment d’identité, d’appartenance et de protection. En d’autres termes, s’il est vrai que la « dimension verticale » de l’autorité fait problème, la « dimension horizontale » dans laquelle l’autorité est acceptée et voulue au service d’un projet commun s’en trouve renforcée. C’est ainsi une pédagogie de projet qui s’affirme, et qui est à l’image d’une société fondée sur l’individualisme et le rejet des cadres sociaux qui menacent le sentiment de liberté individuelle.