Les nouvelles frontières de l'entreprise

Michel Drancourt

L'ouvrage

Ce que l'on apprécie le plus dans les ouvrages de Michel Drancourt, c'est sans doute cette connaissance du terreau de l'entreprise qui fait que chaque idée est à la fois concept et exemple. Les modèles si chers aux observateurs pour résumer le monde en quelques formules et critiquer les évolutions en cours en quelques ouvrages ont du mal à récupérer tant de données et à les mettre en forme et c'est tant mieux. Si Owen Jones, PDG de L'Oréal, "visite un marché par mois" (cf. p. 153), c'est pour en prendre le pouls, pas pour lui imposer, publicité à l'appui, des produits dont il n'est pas demandeur. Qui sait encore que Nokia est née de l'industrie forestière (1865) ; elle est ensuite passée des câbles (1912) aux téléphones grâce à une politique d'acquisitions ciblées. Pourtant, une position apparemment si bien assise a failli être renversée en quelques mois (cf. p. 238) sans doute parce que ses dirigeants avaient mésestimé le rôle des innovations de pure forme (clapet rabattable, photophones…) dans la dynamique de la demande. Comme quoi, derrière le progrès technique se profile toujours – ou presque toujours – une insatiable demande de nouveauté de la part des consommateurs.


On aimera donc s'entendre redire, à la suite de François Perroux, dans Dialogue des monopoles et des nations , que "l'entreprise est (certes) liée à un territoire" (p. 5), mais que c'est un territoire qu'elle construit en fonction des hommes et des techniques dont elles disposent. Qui refusera aux hommes de notre temps cette vertu conquérante qui les pousse à parcourir le monde à la recherche de nouvelles aventures (économiques ou autres, comme on le voit avec ces jeunes si nombreux à vouloir s'engager dans les ONG… pourvu qu'elles soient internationales). Qui niera que les techniques facilitent aujourd'hui ce contrôle à distance qui permet aux capitaux, a contrario de l'analyse d'A. Smith, de féconder les terres étrangères…


Le second chapitre de la deuxième partie analyse en profondeur l'ensemble des révolutions dans les moyens de transport et de communication qui ont permis ce “bouleversement géo-économique” radical (p. 111) qu'on appelle “mondialisation”. La sûreté du jugement n'empêche pas l'incertitude de la prévision : qui aurait prédit il y a seulement quinze ans que l'un des matchs les plus palpitants de l'histoire économique serait écrit entre Sony et Samsung (cf. p. 224) ? Et dans ce match, quel est le vrai vainqueur… sinon encore et toujours le consommateur… occidental (entre autres) !


A cette aune, qui peut annoncer les matchs de demain ? L'auteur s'y essaie dans un “Essai de prospective” où les incontournables des années à venir sont rappelés. Mais c'est aussi pour dire que "rien n'est assuré", que "le facteur politique est à prendre en compte" (p. 257) et donc, finalement, que le développement n'est pas seulement affaire de mécanismes, mais aussi de volonté.


Un ouvrage toujours utile, encore une fois, pour la multitude d'exemples qui devraient émailler les cours d'économie, ici ou là. Le suivi de la presse quotidienne donne parfois le tournis ; la prise de distance permet de tracer quelques grandes lignes d'interprétation même si, encore une fois, l'un des mérites de cet ouvrage est de montrer, exemple après exemple, que rien n'est écrit d'avance… ou si peu.

L'auteur

  • Michel Drancourt est Economiste, Consultant indépendant, Animateur des Entretiens de Dauphine et Chargé d'un master à l'IAE de Caen

Quatrième de couverture

Sept ans après la première édition de son ouvrage de référence sur l'Histoire de l'entreprise, de l'Antiquité à nos jours , Michel Drancourt analyse les changements récents de l'entreprise. Insérée dans le territoire, aux prises avec la mondialisation, elle doit “agir localement et penser globalement”, c'est-à-dire redéfinir ses frontières.
En s'appuyant sur de nombreux exemples concrets de première main, l'ouvrage explique les évolutions ayant conduit à cette situation, analyse les changements qu'elle impose aux entreprises et détaille les stratégies de ces dernières. Ces informations et ces réflexions seront de la plus haute utilité pour les étudiants en classes préparatoires économiques et commerciales, mais aussi pour ceux des écoles de commerce, pour les étudiants en gestion et plus généralement pour les professionnels et tous ceux qui s'intéressent aux mutations récentes de l'entreprise.

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