Document 2 : La structure des opportunités politiques

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« […] La notion de structure des opportunités politiques (SOP) va s’imposer comme un concept clé de la sociologie des mouvements sociaux à la fin des années 1980. Son objectif fondamental est de rendre compte du fait qu’à niveaux de mobilisation comparables les effets d’un mouvement peuvent être considérablement différents en raison des facteurs propres au système et au champ politiques au moment du mouvement. Le consensus des chercheurs peut se synthétiser sur quatre éléments de définition. 

Désormais familier, le premier tient à l’ouverture du système politique. En fonction de la culture politique et de l’état des droits, des orientations des gouvernants et des dispositifs de concertation, la tolérance et la prise en compte des activités protestataires varieront considérablement. Manifester expose à plus de risques au Caire qu’à Oslo. […] 

Le second élément […] tient au degré de stabilité des alliances politiques. Plus les majorités politiques sont simples et stables, plus les rapports de force politiques sont figés, et moins les mouvements sociaux peuvent espérer tirer profit des jeux partisans pour se faire entendre. […] Une des raisons du succès du mouvement des droits civiques aux Etats-Unis dans les années 1960 tient à ce que le poids des Noirs dans le corps électoral progresse, y compris au Nord du fait de migrations. Un électorat noir républicain émerge. Cela suscite un double mouvement d’ouverture au vote de lois antiségrégationnistes et d’attention au vote noir, y compris au sein d’un Parti républicain jusque-là coupé de ces électeurs. […] 

Une troisième variable concerne la question de la division des élites et de forces relais à des positions stratégiques. Une mobilisation peut-elle trouver des relais ou des complaisances intéressées dans tel ou tel segment de l’appareil d’Etat, du monde intellectuel ? Lorsque, à l’hiver 1994, le Premier ministre Balladur reçut l’abbé Pierre à Matignon, au milieu d’une vague d’occupations d’immeubles parisiens, sa sollicitude soudaine pour les sans-logis n’était pas sans rapport avec l’identité du maire de Paris, un certain Chirac, concurrent dans la présidentielle à venir. À l’inverse, certaines revendications ou mobilisations peinent à trouver des relais, comme l’illustre en 2019 la défiance d’une majorité des formations politiques, mais aussi des éditorialistes et des juristes ayant accès aux médias, devant la demande d’introduction dans la Constitution d’un référendum d’initiative populaire. 

Un ultime critère renvoie enfin à la capacité des institutions à développer des politiques publiques. La structure institutionnelle la plus ouverte aux mobilisations, la bienveillance de tel groupe influent sont de peu de secours quand les ressources pratiques pour traduire une sympathie en actes font défaut. Quand un ministère n’a pas ou guère de personnels et de services (Droit des femmes, Environnement) son action ne peut être que faible. Quand une politique ne sait pas anticiper sur ses destinataires parce que cela requiert de remplir d’intimidants dossiers ou de risquer la stigmatisation (importance des « non-recours » au RSA), quand elle peut être entravée par des contre-pouvoirs (résistance d’Etats fédérés à l’« Obamacare » aux Etats-Unis), les succès des mouvements sociaux peuvent n’être que cosmétiques. »

Erik NEVEU, Sociologie des mouvements sociaux, La Découverte ; Coll. « Repères » (7e édition), 2019. 

Questions : 

Question 1 : Relevez dans le texte des illustrations de structures d’opportunités politiques (SOP).

Question 2 : Quels sont les critères de définition d’une SOP présentés dans le texte par Erik Neveu ? Explicitez ces critères.

Question 3 : Comment ces SOP expliquent-elles l’émergence de certaines mobilisations ?

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Réponses : 

Question 1 : Relevez dans le texte des illustrations de structures d’opportunités politiques (SOP).

Un premier exemple de SOP est celle qui a permis le succès du mouvement pour les droits civiques aux Etats-Unis dans les années 1960. Un deuxième exemple de SOP est celle qui a conduit à l’attention portée au mouvement pour les sans-abris mené par l’Abbé Pierre en 1994.

Question 2 : Quels sont les critères de définition d’une SOP présentés dans le texte par Erik Neveu ? Explicitez ces critères.

Erik Neveu présente quatre critères de définition d’une SOP :

  • l’« ouverture du système politique » : l’organisation institutionnelle offre plus ou moins de voies pour négocier.

  • le « degré de stabilité des alliances politiques » : un système politique instable laisse la place à des revendications par exemple.

  • la « division des élites » et leur « force de relais » :  le degré de cohésion ou de division au sein des élites et la présence d’alliés influents sont déterminants.

  • la « capacité des institutions à développer des politiques publiques » : il faut que les institutions aient les ressources pour transformer les revendications en politiques publiques « traduire une sympathie en actes ». Des réformes doivent pouvoir être conduites. 

Question 3 : Comment ces SOP expliquent-elles l’émergence de certaines mobilisations ?

Les SOP constituent des contextes, des environnements plus ou moins favorables à l’émergence de revendications et au développement d’une action collective qui sera plus ou moins entendue et qui atteindra plus ou moins ses objectifs. Certains moments et certaines configurations sont plus propices que d’autres à la pérennité voire au succès d’une action collective. Le système politique doit être ouvert pour que les ressources soient utiles et que les revendications soient prises en considération. 

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