Document 1 : Les gilets jaunes et les rétributions symboliques

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« Deux bâches sont tendues en plein vent sur une charpente en bois récupéré. Un coin fait cuisine, Butagaz, table bricolée. Deux canapés occupent le fond, un générateur, quatre drapeaux français et le sapin de Noël, apporté par un club de motards. C’est « la cahute », appellation officielle : combien y en a-t-il aujourd’hui en France, posées sur le bord des ronds-points ? Celle-là est à côté du Leclerc, à l’entrée de Marmande (Lot-et-Garonne).[…]

Adélie a 28 ans, employée aux pompes funèbres, sa vocation. A ceci près que la spécialité est verrouillée dans le coin et travailler plus loin revient trop cher en essence, en garde d’enfant, en temps. Bref, chômeuse. En fait, à cet instant précis, Adélie s’en fout. Depuis quand sa vie ne lui avait pas semblé si excitante ? Laisser le téléphone allumé en rentrant à la maison. Ne plus regarder les dessins animés avec la petite, mais les infos. Parler à des gens auxquels elle n’aurait jamais osé adresser la parole, Stéphane par exemple, avec sa barbichette tortillée en deux tresses et sa dégaine de gouape. Un routier, en fait, adorable. « Sinon, on fait quoi de nos journées ? », dit Adélie. Etre au cœur du réacteur, cette fois au moins. […]

Depuis des mois, son mari disait à Coralie : « Sors de la maison, va voir des copines, fais les magasins. » Ça a été les « gilets jaunes », au rond-point de la Satar, la plus petite des trois cahutes autour de Marmande, plantée entre un bout de campagne, une bretelle d’autoroute et une grosse plate-forme de chargement, où des camions se relaient jour et nuit.

L’activité des « gilets » consiste ici à monter des barrages filtrants. Voilà les autres, ils arrivent, Christelle, qui a des enfants du même âge que ceux de Coralie, Laurent, un maréchal-ferrant, André, un retraité attifé comme un prince, 300 chemises et trois Mercedes, Sylvie, l’éleveuse de poulets. Et tout revient d’un coup, la chaleur de la cahute, la compagnie des humains, les « Bonjour » qui claquent fort. Est-ce que les « gilets jaunes » vont réussir à changer la vie ? Une infirmière songeuse : « En tout cas, ils ont changé ma vie. »

Le soir, en rentrant, Coralie n’a plus envie de parler que de ça. Son mari trouve qu’elle l’aime moins. Il le lui a dit. Un soir, ils ont invité à dîner les fidèles du rond-point. Ils n’avaient jamais reçu personne à la maison, sauf la famille bien sûr. « Tu l’as, ton nouveau départ. Tu es forte », a glissé le mari. Coralie distribue des tracts aux conducteurs. « Vous n’obtiendrez rien, mademoiselle, vous feriez mieux de rentrer chez vous », suggère un homme dans une berline. « Je n’attends rien de spécial. Ici, on fait les choses pour soi : j’ai déjà gagné. […] »

Florence Aubenas, « « Gilets jaunes » : la révolte des ronds-points », Le Monde, 15 décembre 2018

Questions : 

Question 1 : Caractérisez le mouvement des Gilets Jaunes.

Question 2 : Trouvez des exemples de « rétributions symboliques » dans le texte.

Question 3 : En quoi ces « rétributions symboliques » expliquent-elles l’engagement ?

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Réponses : 

Question 1 : Caractérisez le mouvement des Gilets Jaunes.

Le mouvement des Gilets Jaunes est une action collective qui a vu le jour en octobre 2018 en France. Il porte le nom des gilets de couleur jaune portés par les manifestants. Son origine se trouve dans l’appel à manifester contre la hausse du prix des carburants. Pendant plusieurs mois, les personnes mobilisées dans ce mouvement ont notamment manifesté, bloqué des axes routiers et occupé des ronds-points partout en France.

Question 2 : Trouvez des exemples de « rétributions symboliques » dans le texte.

Plusieurs exemples de « rétributions symboliques » figurent dans le texte. 

On peut citer tout d’abord l’exemple d’Adélie qui dit sa joie d’« Etre au cœur du réacteur, cette fois au moins. » et qui a donc l’impression de compter et de participer à un mouvement qui va changer la donne.

Ensuite, il est question de sociabilités apportées par cet engagement : « la chaleur de la cahute, la compagnie des humains, les « Bonjour » qui claquent fort. » Des rencontres sont faites et des amitiés sont nouées à l’occasion de ces actions.

On peut enfin reprendre les mots de Coralie qui sont la preuve que cette mobilisation a apporté beaucoup aux personnes mobilisées : « Je n’attends rien de spécial. Ici, on fait les choses pour soi : j’ai déjà gagné. […] »

Question 3 :  En quoi ces « rétributions symboliques » expliquent-elles l’engagement ?

Ces « rétributions symboliques » sont un moteur de l’engagement. Le fait de retirer des avantages individuels immatériels motive les individus à s’engager. Ces derniers vont jouir d’un sentiment de valorisation de soi, d’utilité, de reconnaissance mais aussi développer des sociabilités, de la solidarité. Cet engagement collectif donne dès lors de la force aux personnes engagées qui prennent conscience de partager des difficultés communes et mènent un combat collectif pour défendre des intérêts communs. 

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