Une nation qui s’est formée grâce à l’acculturation de millions d’immigrants, de langues et de cultures différentes, pense immédiatement la société comme le résultat d’une socialisation : attentive au procès de socialisation parce qu’il s’opère pour ainsi dire en plein jour et demeure imparfait dans la mesure où il laisse subsister la diversité des origines. (…) Un individu passe pour socialement intégré lorsque, tout en obéissant à lui-même, il se conduit conformément à la moralité sociale et se soumet, par là même, aux nécessités collectives. Une totale intégration effacerait toute trace de personnalité. Aussi bien est-elle impossible dans une société complexe où, par le fait même de la multiplicité des couches sociales ou des groupes professionnels, l’individu, quand il arrive à l’âge mûr, constate l’extrême diversité des opinions, des manières de vivre, des valeurs. L’homme d’aujourd’hui, quelle que soit la puissance de la socialisation initiale, doit en certaines circonstances choisir entre différents modèles, se déterminer lui-même à l’intérieur de certaines limites.
Sources : Raymond Aron (1969) Les désillusions du progrès. Essai sur la dialectique de la modernité et Calmann-Levy, Agora, page 205
Question 1 : Qu’est-ce que la socialisation ? Qu’est-ce que l’acculturation ?
Question 2 : Selon vous, à quelle société fait référence Raymond Aron (1905-1983) dans ce texte
Question 3 : Débat : les processus de socialisation forment-ils un carcan pour l’individu ?
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Question 1 : Qu’est-ce que la socialisation ? Qu’est-ce que l’acculturation ?
La socialisation est un processus d'apprentissage et d'intériorisation des normes et des valeurs.
Les membres d'une société apprennent les règles de leurs milieux sociaux et culturels. Ils intègrent progressivement les normes et les valeurs dominantes de la société et les adaptent à leur personnalité.
- Une norme est une règle de conduite, un principe ou un critère de référence pour l’action.
- Une valeur est un idéal à atteindre, une préférence, un point de vue à défendre. Ces processus de transmission et d'apprentissage sont souvent différenciés selon l'âge, le sexe, l'origine, le groupe socioprofessionnel des parents, la religion, etc.
Pour l’ethnologue, la notion d’acculturation permet de souligner les modifications dans les manières d'agir, de travailler, de parler, etc. qui se produisent dans un groupe culturel par suite du contact permanent avec un autre groupe. Pour le sociologue, l’acculturation est le processus par lequel un individu apprend les comportements, les modèles et les normes d'un groupe de façon à être accepté dans ce groupe et à y participer sans conflit.
Question 2 : Selon vous, à quelle société fait référence Raymond Aron (1905-1983) dans ce texte
Le passage de Raymond Aron fait référence à la société américaine des années soixante-dix ! On peut s’interroger s’il est toujours pertinent pour la société américaine au XXIe siècle… et pour la société française.
Question 3 : Débat : les processus de socialisation forment-ils un carcan pour l’individu ?
Qu’elle soit primaire ou secondaire, la socialisation est un processus d’inculcation, d'apprentissage et d'intériorisation des normes et des valeurs d’une société.
Dans cet extrait, Raymond Aron veut à la fois souligner la nécessité d’une contrainte normative et, en même temps, l’existence d’une liberté individuelle face aux pressions sociales.
Vos arguments peuvent soupeser ces deux éléments aspects avant de trancher.