Innover en Europe

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Intervenants

  • Antonin BERGEAUD, Associate Professor in Economics à HEC Paris
  • Stéphane DUPRÉ LA TOUR, Directeur Innovation Avancée et Technologies Numériques pour EDF R&D
  • Jean SCHMITT, Président et Managing Partner chez Jolt Capital
  • Modération assurée par Louis AZAN, enseignant d'ESH (Académie de Poitiers)

Compte-rendu et exploitations pédagogiques

Par Elsa DEHEAULME, professeure d'économie-gestion (Académie de La Réunion) et Stéphane ROUSSEAU, professeur de SES (Académie de Poitiers)

Compte-rendu

Qu’en est-il du retard en matière d’innovation dans l’Union Européenne ?

Antonin Bergeaud souligne que l’Union Européenne (UE) a pris du retard en matière d’innovation face aux Etats-Unis, notamment à partir des années 1990. Il indique que cette situation n’est pas inéluctable mais il faut dès aujourd’hui être beaucoup plus ambitieux en investissant dans du capital humain spécialisé dans les secteurs de l’informatique, des services numériques et de l’intelligence artificielle. Il faut par ailleurs consolider le système de formation des scientifiques et dans le même temps réfléchir aux incitations pour les amener à rester dans l’UE (problématique de la fuite des cerveaux). Il y aurait également une forme d’aversion au risque de la part des investisseurs européens et étrangers dans l’UE, qui s’engageraient ainsi avec prudence dans des financements de projets innovants, contrairement aux Etats-Unis. Enfin, il souligne la difficulté de faire accepter le changement de la part des entreprises européennes. 

Stéphane Dupré La Tour considère que le temps est une variable déterminante dans le processus d’innovation et qu’un bouleversement des conditions d’offre et de demande sera long et nécessaire dans l’UE. Il rappelle que, dans le cadre du Pacte vert pour l'Europe, l’UE vise à devenir le premier continent à éliminer autant d'émissions de CO2 qu'elle en produit d'ici 2050 (neutralité carbone). Cette échéance est notamment un défi pour EDF qui a lancé en 2022 un nouveau plan industriel dédié à l’hydrogène 100% bas carbone. Les entreprises doivent donc engager des investissements ambitieux dans la recherche-développement et les ménages doivent aussi s’attendre à des modifications importantes de leurs modes de vie (chauffage domestique, véhicule…). 

Jean Schmitt, considère que notre retard en matière d’innovations ne vient pas d’un manque d’entreprises innovantes, mais d’une trop faible technicité d’une part importante d’entre elles et d’investissements en recherche-développement qui ne sont pas assez ambitieux. Il ironise d’ailleurs en faisant référence aux nombreuses « licornes » qui représentent selon lui un imaginaire de réussite économique et qui profitent avant tout d’une valorisation médiatique. Celles-ci seraient en fait particulièrement surévaluées au regard de leur potentiel réel d’innovation. Il ne partage pas l’explication de l’aversion au risque en Europe mentionnée par Antonin Bergeaud. Il défend plutôt l’idée de la mauvaise allocation de l’épargne par les intermédiaires financiers qui privilégient les placements les moins risqués. Il souligne aussi que la majorité de l’épargne européenne sert à financer les innovations des pays concurrents notamment les Etats-Unis. 

 

Existe-t-il dans l’Union Européenne un excès de régulation qui affecte l’innovation ?

Pour Antonin Bergeaud, les institutions européennes et les Etats protègent plus les consommateurs que les entreprises, ce qui pourrait expliquer une certaine réticence à investir, surtout dans des projets innovants caractérisés par une forte prise de risque concernant la perspective de profits futurs. Il souligne une forme d’excès de régulation qui expliquerait par ailleurs une faible présence des investisseurs américains dans l’UE.   

Il faudrait aussi s’interroger sur la problématique des subventions dans les projets innovants   qui s’inscrivent trop souvent à une échelle nationale mais aussi locale. Il plaide pour une expansion des partenariats entre les pays de l’UE, en prenant pour exemple Airbus. 

Jean Schmitt mentionne l’idée d’une mauvaise répartition des subventions à l’innovation dans l’UE. Les mesures prises par les institutions européennes et les Etats manqueraient de pertinence et elles auraient tendance à maintenir artificiellement en activité certaines entreprises qui ne seraient pas assez avancées sur le plan technologique. 

Selon Stéphane Dupré La Tour, il est nécessaire de réfléchir à la place des subventions dans l’UE tout en développant nos industries innovantes. Il prend l’exemple des importations de panneaux solaires chinois et montre qu’ils sont subventionnés par les pays européens alors que nous pourrions les produire. Les subventions profiteraient alors aux agents économiques européens et l’offre augmenterait dans le même temps. Il valorise aussi le développement d’un label « bas carbone » ambitieux au sein de l’UE, afin de favoriser sur les marchés les entreprises vertueuses au niveau des modes de production. Il faudrait enfin, selon lui, modifier le « logiciel » des institutions européennes et accorder une certaine légitimité aux notions de souveraineté et de protectionnisme. Cette dernière idée est partagée par Jean Schmitt. En effet, avec plus d’investissement, l’UE devrait être capable de créer ses propres FAB (usine spécialisée dans la production de semi-conducteurs).

 

Conclusion

Stéphane Dupré La Tour met en garde sur les effets ambivalents de l’innovation. Une innovation de rupture demande du temps mais elle dégagera une véritable plus-value. Mais elle peut être aussi une « hype », un effet de mode, et dans ce cas, elle entrera dans le cycle de Gartner et sera plus versatile. Si l’innovation occupe une place centrale dans la croissance économique, l’Union Européenne ne semble pas exploiter suffisamment sa capacité à innover. Elle doit être ambitieuse dans le développement du capital humain des travailleurs et dans certains investissements orientés notamment dans la production et la fourniture d’énergies, le numérique et l’intelligence artificielle. Elle doit aussi créer les conditions d’une attractivité pour les investisseurs européens et étrangers et par conséquent la régulation par les institutions européennes et les Etats doit être interrogée.

 

Pistes d'exploitations pédagogiques 

En Sciences Economiques et Sociales, on pourra aborder cette thématique dans le chapitre de terminale intitulé "Quels sont les sources et les défis de la croissance économique ?". 

L’innovation contribue au progrès technique et à l’accroissement de la productivité globale des facteurs, ce qui permet de soutenir la croissance économique. L’innovation, processus de destruction créatrice, permet de comprendre certaines transformations de la société. Elle ne peut se développer que dans un cadre institutionnel favorable. 

 

En Culture Économique, Juridique et Managériale (CEJM) : 

  • Thème 2 : Quel est le rôle de l’Etat dans la régulation économique ? 

Notions : politiques structurelles et conjoncturelles : certaines décisions en matière d’innovation peuvent avoir des effets à court terme (relancer les investissements) mais aussi et surtout à long terme (réindustrialisation, cessation totale d’utilisation d’énergies fossiles). 

  • Thème 3 : Comment les facteurs économiques déterminent-ils les choix de productions ? Notions : chaîne de valeur, réindustrialisation, gains de productivité 
  • Thème 4 : Comment le numérique transforme-t-il l’environnement des entreprises ? 

Notions : adaptabilités du numérique dans les entreprises : Start-up, Big data des brevets entre tous les ingénieurs de l’UE, émergences des licornes. 

  • Thème 6 : Quels sont les choix stratégiques opérés par l’entreprise ? 

Notions : les modalités de croissance des entreprises 

 

Quelques ressources complémentaires

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