Grand témoin - Mostafa Fourar

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Intervenant

  • Mostafa FOURAR, Inspecteur général de l'éducation, du sport et de la recherche

Compte-rendu et exploitations pédagogiques

Par Géry DUMOULIN, professeur de SES (académie de La Réunion)

Introduction

Le monde éducatif et le monde de l’entreprise n’ont cessé de se rapprocher ces dernières années. A la défiance réciproque a succédé une coopération fructueuse. De nombreux dispositifs ont été mis en œuvre. Cette dynamique est néanmoins fragile et il faut la relancer à travers plusieurs leviers. C’est une condition indispensable pour améliorer le système d’enseignement et ainsi faire face aux défis en matière d’innovation et de compétitivité auxquels l’Europe et en particulier la France sont confrontés et que le rapport Draghi avait souligné. 

 

Compte-rendu

En quoi le monde éducatif et le monde de l’entreprise se sont-ils rapprochés ?

Pendant longtemps l’Ecole s’est tenue à distance du monde économique par incompréhension ou par défiance. De même, les entreprises ont considéré l’Ecole comme un monde clos sur lui-même. Depuis une vingtaine d’années, les relations ont changé et aujourd’hui on peut davantage parler de complémentarité ; un dialogue s’est noué entre les deux institutions pour apprendre à se comprendre et à coopérer. La culture de l’Ecole croise celle de l’économie pour faire émerger un langage commun au service de la formation et de la compréhension du monde contemporain. Les élèves peuvent ainsi découvrir le monde de l’entreprise et donner du sens à leur formation. En retour, les entreprises peuvent mieux comprendre les aspirations de la jeunesse dans leur rapport au travail et au savoir.

 

Quels sont les principaux dispositifs mis en œuvre pour favoriser cette coopération ?

Les initiatives et dispositifs se sont multipliés ces dernières années pour rapprocher les deux mondes. Une circulaire de 2016 précise que le développement des relations entre l'École et le monde professionnel, et plus particulièrement avec les entreprises, fait partie des missions de service public du système éducatif, avec un triple objectif : favoriser l'insertion professionnelle des élèves après leur sortie du système éducatif ;  aider et accompagner les jeunes dans leur projet d'orientation en leur permettant de connaître les différents métiers qui s'offrent à eux ;donner des clefs de compréhension aux élèves pour les préparer progressivement à leur arrivée future dans le monde professionnel, plus particulièrement s'agissant des élèves formés en alternance. Cette coopération peut être considérée comme une politique publique à part entière. 

On peut également citer les actions de Melchior depuis plus de 20 ans notamment avec la mise en place des stages d’enseignants dans les Grandes Entreprises ou l’organisation des Entretiens Enseignants-Entreprises chaque année.

 

Que voulons-nous construire ensemble ? 

Cette coopération n’a pas pour objectif un simple ajustement entre l’offre et la demande de travail qui consisterait à former des travailleurs pour répondre aux besoins de l’économie. Cette logique de l’insertion professionnelle ne doit pas s’opposer à la nécessaire émancipation des élèves que l’Ecole favorise. C’est donc en réalité une véritable alliance éducative au service de la jeunesse qu’il faut promouvoir. Elle permet de se repérer dans un monde en mutation. Mutations dans le rapport au travail (les jeunes sont en quête de sens) et au savoir (lassitude des élèves qui ne font pas le lien entre leurs apprentissages et le monde réel). Cela passe par des actions concrètes notamment en lycées professionnels. Les entreprises ouvrent leurs portes aux élèves qui découvrent les métiers et rencontrent des professionnels qui les mentorent comme Airbus ou talez. Des enseignants coconstruisent des séquences de cours avec des collaborateurs de l’entreprise.

 

Quels sont les leviers pour relancer cette coopération ? 

Cette dynamique est néanmoins fragile, une « fatigue institutionnelle » peut la menacer.        M. Fourar propose 3 leviers d’action :

1 - Clarifier la gouvernance entre Etat, régions, acteurs économiques et enseignants ;

2 - Ancrer la relation dans les territoires (industriel, rural, métropole) ;

3 - Inscrire la relation au sein de la culture éducative. En s’ouvrant sur son environnement, l’Ecole modifie ses manières d’apprendre : apprendre en faisant, avec, ensemble ;

 

Pour un sursaut européen : réinventer l’éducation  

Une des sources de la compétitivité, rappelée dans le rapport Draghi, est la qualité du système éducatif. Il faut donc réinventer le modèle européen d’enseignement pour développer les compétences et faire face aux défis en matière d’innovation, de productivité et de compétitivité. Par exemple, intégrer avec discernement les potentialités de l’IA pour augmenter et non déléguer l’acte d’enseigner. Mais les modalités pour changer la façon d’apprendre et mettre en œuvre ce sursaut ne peut reposer que sur la confiance dans les enseignants, les entreprises et la jeunesse. 

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