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Cours de Formation et emploi : 1. Le diplôme : un passeport pour l'emploi?

Question 2 : En quoi l’obtention du diplôme d’études supérieures est-elle influencée par le milieu social ?

Découverte

Document 1 : obtention du baccalauréat selon la génération et le milieu social (en %)

Champ : France métropolitaine
Source : INSEE, enquête emploi

1. Quels sont les deux critères contenus dans cet histogramme ?
2. Complétez la phrase suivante : Sur 100 jeunes nés entre 1966 et 1970, et fils d’ouvriers à peine … avaient obtenu leur baccalauréat ; ils étaient presque …à la fin des années 90.

3.Par combien a été multiplié le taux d’obtention du baccalauréat pour les fils de  cadres et pour les fils d’employés ou d’ouvriers entre 1966 et la fin des années 80.

4. Calculez l’écart, en points de pourcentage, entre le taux de réussite des enfants de cadres et celui des enfants d’employés ou d’ouvriers entre les générations de la fin des années 1966/1970 et celles de la fin des années 80.

Document 2 : diplômes des jeunes sortants du système scolaire en fonction du milieu social

Champ : France métropolitaine
Source : MEN

1. Complétez la phrase ci-dessous :

L’histogramme permet d’observer que le … des jeunes appartenant à des catégories populaires (ouvriers / employés) titulaires de diplôme supérieur (à la fin de leurs études), est … que celui de l’ensemble ou des catégories supérieures : en effet, … % des jeunes issus des catégories populaires ont accès à un diplôme supérieur en 2002 / 2003 /2004 contre plus de … % des jeunes issus des cadres et des professions intermédiaires. On note cependant que l’accès au baccalauréat s’…., toutes catégorie sociales confondues, entre le début et la fin des années 2000 ; sur cette décennie,  le poids des jeunes peu ou non diplômés … parmi l’ensemble des diplômés, quel que soit le groupe social.

Document 3 : Répartition par filière des bacheliers 2012, selon leur origine sociale (en %)

Champ : France métropolitaine + Dom
Source : MEN

1.En vous aidant des nombres en caractères gras, vous montrerez que le type de baccalauréat diffère selon la catégorie socioprofessionnelle.

Document 4 : Niveau atteint par les élèves du panel 95 suivant leurs origines sociales (en %).

Champ : ensemble de s élèves entrés en 6° en 1995
Source : MEN DEPP - MESR DGESIP/DGRI SIES

1. Quel est le poids des enfants d’enseignants rentrés au collège en 1995 et devenus au moins bacheliers ?
2. Même question pour les enfants d’ouvriers non qualifiés.
3. Quel est le poids des enfants d’enseignants rentrés au collège en 1995 qui ont undiplôme au moins supérieur à bac + 2 ?

4. Même question pour les enfants d’ouvriers non qualifiés.
5. Synthèse : répondre par Vrai ou Faux

  • Les enfants d’ouvriers ou d’employés continuent moins leurs études après leur baccalauréat.
  • Les taux d’accès à un diplôme du supérieur varient considérablement selon l’origine sociale des élèves.
Document 5 : Le diplôme, l'arme des plus faibles

Reconnaissant que la prolongation des études est un choix rationnel pour chacun, les tenants des théories de l'inflation des diplômes estiment en revanche que la généralisation de ce comportement entraîne le déclassement de tous dès lors que «les places de cadres sont rares». A quoi bon décrocher le bac si c'est pour se retrouver ensuite au chômage, intérimaire, caissière ou vendeur ? Mais même en se limitant à la rentabilité professionnelle des diplômes qu'ils visent, les enfants des classes populaires n'ont-ils pas de bonnes raisons de prolonger leurs études ? Si la progression des situations de déclassement est bien sûr en elle-même assez préoccupante, il faut toutefois rappeler que, trois ans après la fin de leurs études, les deux tiers des jeunes sortis de l'enseignement supérieur en 2001 avec un diplôme de premier cycle, tout comme les quatre cinquièmes des diplômés d'un second cycle, occupent des positions de cadres ou de professions intermédiaires, tandis que la quasi-totalité des diplômés d'un troisième cycle sont cadres, d'après les données du Centre d'études et de recherches sur les qualifications (Cereq).

Source : Tristan POULLAOUEC, sociologue, attaché temporaire d'enseignement et de recherche à l'université de Bourgogne et chercheur au laboratoire Printemps (université de Versailles ­ Saint-Quentin-en-Yvelines, CNRS) lundi 06 mars 2006 / Libération.
  1. Comment pourrait-on définir l’inflation de diplômes ?
  2. D’après le texte, sur quoi déboucherait-elle ?
  3. D’après le texte, quelle question est il légitime de se poser ?
  4. Quelle réponse appelle-t-elle notamment pour ceux dont l’origine sociale est populaire ?
Document 6 : niveau atteint par les élèves selon l’accès ou non de leurs parents au baccalauréat (%)

Source : Sénat, rapport d'information n°370 du 3 juin 2008, panel 1989, Ministère de l'éducation nationale
  1. Quelle est la part des élèves, dont les parents ne sont pas bacheliers, qui ont un diplôme inférieur au bac ou pas de diplôme ?
  2. Quelle est la  part  des élèves, dont l’un au moins des parents est bachelier, qui ont un diplôme égal ou supérieur à bac plus 3
  3. Quelle conclusion en tirez vous ?
  4. Montrez cependant que la destinée n’est pas automatiquement tracée par le diplôme de ses parents

Approfondissement

Question 2 : En quoi l’obtention du diplôme d’études supérieures est-elle influencée par le milieu social ?

Une école qui s’ouvre de plus en plus aux catégories populaires…

Au cours du XX° siècle, les progrès de la scolarisation ont été spectaculaires ! De plus en plus d’élèves ont fréquenté l’enseignement secondaire et de plus en plus sont devenus bacheliers.

En France, sur 100 personnes nées dans la deuxième moitié des années 60, 40 sont titulaires du baccalauréat contre près de 70 pour celles qui sont nées à la fin des années 90. Ce taux a augmenté pour toutes les catégories sociales et permettent d’envisager l’accès aux études supérieures : on parle de démocratisation uniforme. L’élévation de la part de titulaires de bac général parmi les enfants issus de milieux défavorisés est, du reste, un des objectifs de la politique de promotion de l’égalité des chances  (loi du 31 mars 2006). Cette volonté politique met en lumière le nécessaire prise en considération de l’influence du milieu social dans la réussite scolaire.

Cette démocratisation est aussi égalisatrice car les écarts entre groupes sociaux se resserrent du fait d'un « effet de plafond » qui permet aux moins favorisés de rattraper les plus favorisés. Pour les enfants d'ouvriers, les possibilités d'accéder à l'enseignement supérieur ont plus que triplé entre 1984 et 2005 ; pour les enfants de cadres, la progression est moins vive. Dès lors, entre 1984 et 2005, le retard relatif des enfants d'ouvriers concernant l'accès aux études supérieures s’est réduit. La réduction des écarts concerne aussi les perspectives professionnelles : Le sociologue E Maurin (La peur du déclassement, collection La république des idées, Seuil, 2009) souligne que parmi les actifs occupés issus du monde ouvrier et sortis de l’école depuis au moins cinq ans, 30% sont cadres en 2008 alors qu’ils n’étaient que 13% dans ce cas en 1982 ; dans le même temps, pour les cadres, le rapport est passé de 63 à 73%. L’écart s’est donc réduit.

 

…mais qui reste ségrégative.

Même si l’on perçoit une massification scolaire qui permet aux enfants de catégories populaires d’être de plus en bacheliers,  les inégalités face à l’école perdurent : le type de baccalauréat obtenu par les jeunes diffère également selon la catégorie socioprofessionnelle de leurs parents. En 2012, 48 % des diplômes délivrés sont des baccalauréats généraux, 21 % des baccalauréats technologiques et 31 % des baccalauréats professionnels. Mais, si 76 % des lauréats enfants de cadres obtiennent un baccalauréat général, 14 % un baccalauréat technologique et seulement 10 % un baccalauréat professionnel, la répartition est de respectivement 31 %, 23 % et 46 % pour les enfants d’ouvriers. On peut en déduire que les enfants de catégories populaires sont sur représentés dans les séries professionnelles et technologiques et sous représentés dans les filières générales (dont scientifiques). Ces écarts dans l’accès au baccalauréat sont amplifiés par des disparités dans les poursuites d’études : les enfants d’ouvriers ou d’employés continuent moins après leur baccalauréat et rencontrent, dans l’enseignement supérieur, des difficultés qui les conduisent à abandonner plus souvent prématurément. A la fin des années 2000, sur 100  jeunes sortants du système scolaire appartenant à une catégorie populaire, 30 ont un diplôme d’études supérieures contre plus de 60% des enfants de cadres !

 

L’impact de l’origine sociale dans la réussite scolaire inégale.

 

M duru-Bellat  montre ( Les inégalités sociales à l’école, genèse et mythes, PUF, Paris, 2002) que vers l’âge de 11 ans les écarts sont déjà importants entre enfants de cadres et enfants d’ouvriers : ainsi, aux évaluations en mathématiques lors de l'entrée en sixième, les enfants de cadres de professions libérales obtenaient une note de 76,3/100 alors que les enfants d'ouvriers atteignaient une note de 59,9/100 ; en français, les écarts étaient de 14 points environ en faveur des enfants de cadres ; le niveau scolaire en classe de sixième est donc très corrélé à l'origine sociale : l’héritage culturel joue ! Il est un mélange de façons de parler, de se tenir, de fonds documentaires (livres, CD Rom éducatifs…), de fréquentations de lieux culturels (musées, théâtre, séjours à l’étranger…), et enfin de diplômes qui font que la culture est transformée en aptitude socialement reconnue à occuper les ‘bons’ emplois. On s’aperçoit aussi que la proportion de mères qui s'estiment dépassées pour le soutien scolaire est d'autant plus importante que la scolarité des enfants croît et, surtout, que le niveau de diplôme de la mère  décroît.

 

Le diplôme reste une arme pour les plus faibles.

 

Du fait d’une la structure socioprofessionnelle qui se déplace moins vite vers le haut que celle des niveaux d'éducation, Louis Chauvel a ainsi montré que les jeunes qui quittaient l'école avec le bac à la fin des années 60 avaient 70 % de chances d'être cadres. Il n'en est plus de même aujourd'hui ; 50 % des diplômés de 2003 dotés d'au moins un niveau bac+4 sont fonctionnaires de la catégorie A tandis que plus du tiers sont employés ! Il en résulte donc une baisse de la valeur marchande du diplôme ; les actifs fraîchement diplômés occupent donc des postes où la qualification requise est inférieure à la qualification acquise ; on assiste donc à un processus de déclassement. Cependant la durée des études est pour eux un gage d’insertion dans la vie active : ainsi, 66% des jeunes sortis de l'enseignement supérieur en 2001 avec un diplôme de premier cycle, et 80% des diplômés d'un second cycle, occupent des positions de cadres ou de professions intermédiaires, tandis que la quasi-totalité des diplômés d'un troisième cycle sont cadres. Si les diplômes les plus élevés ne garantissent pas toujours une meilleure situation que celle des parents, le diplôme demeure une arme importante des catégories populaires.

 

À lire

Lecture sur ce thème :

Entretien avec Olivier galant, directeur de recherche au CNRS, propos recueillis par Laurent Jeannot, alternatives économiques, numéro 60, février 2013.

Marie Durut Bella, l'inflation scolaire. Les désillusions de la méritocratie, coédition Le seuil-« la république des idées », 2006.

Stéphane Beaud, « le modèle français : l'ascenseur social en panne ? », Cahiers français, numéro 330, 2006.

E Maurin, La peur du déclassement, collection La république des idées, Seuil, 2009.

 

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