L’évolution prévisible des marchés financiers

Publié en octobre 2023, cet article permet de fournir un point d’actualité sur les chapitres du programme de spécialité Sciences économiques et sociales de Terminale « Comment expliquer les crises financières et réguler le système financier? » et de CPGE « La dynamique de la mondialisation financière».

 

Le titre et la référence de l'article :  

L’évolution prévisible des marchés financiers 

Melchior vous propose ce décryptage pédagogique de l’article de Bruno Jacquier de l’Atlantic financial group « Renverser la vapeur », Stratégie et thématiques, Fleximadaire du 09 octobre 2023.

Les + de l'article :

  • Faire un point sur l’évolution récente et à venir des marchés financiers

  • Eclairer le fonctionnement des marchés financiers

Résumé :

Entre le 01 octobre 2022 et le 31 juillet 2023, les principaux indices boursiers ont connu 10 mois de « bull market », gagnant 28% en moyenne. La situation s’est inversée depuis le 01 août 2023, l’indice S&P 500, comme les autres indices d’ailleurs, cédant -9% (l’indice S&P 500 a été créé en 1957. C’est un indice boursier qui regroupe 500 grandes sociétés cotées sur les bourses des Etats-Unis. Il est géré par l’agence de notation Standard & Poors). 

Cette situation haussière était paradoxale car seuls quelques titres avaient tiré les indices vers les sommets. Il s’agit d’Apple, de Microsoft, de Nvidia, d’Amazon, de Meta, de Tesla et d’Alphabet. Si on enlevait ces 7 titres, l’indice S&P 493 aurait fait du sur-place. Pour profiter de « bull market », il fallait donc soit détenir ces 7 titres en portefeuille, soit investir de manière passive dans les ETF (Exchange Traded Funds), qui connaissent un succès important aujourd‘hui (près de 10000 milliards de dollars sont placés dans les ETF, soit 35% de la gestion des fonds), qui sont composés de toutes les actions et obligations d’un marché boursier, et dont la performance est donc fidèle à celle du marché qu’ils répliquent.

Les autres segments du marché n’ont pas brillé au cours de 2023, à l’exception des sociétés pétrolières et gazières qui ont tiré leur épingle du jeu. Les 4 secteurs les moins performants sont les services aux collectivités, l’immobilier, la consommation courante, et la santé. L’immobilier n’a pas fini de souffrir du fait de la hausse des taux d’intérêt de ces deux dernières années. Les services aux collectivités (regroupant entre autres les fournisseurs d’eau et d’électricité) sont également impactés car ce sont des secteurs qui ont des besoins de financement importants, et ceci pour réaliser des investissements coûteux et à long terme dans les infrastructures.

En revanche, l’histoire est beaucoup plus rassurante pour la santé et la consommation courante, qui sont deux secteurs défensifs (« defensive value »). Quand le marché est orienté à la hausse, ces secteurs ont tendance à sous-performer. Mais quand les marchés sont orientés à la baisse, ce qui est le cas maintenant, les secteurs de la consommation courante et de la santé affichent des performances robustes. En effet, quand la crise se développe, les consommateurs font des choix différents, en accordant la priorité aux dépenses jugées essentielles, à savoir la consommation courante et la santé. Le « bear market » fait donc la part belle aux entreprises opérant dans ces deux secteurs d’activité.

Retrouvez l'article complet :

Les termes clés :

  • Bear Market: Il n’existe pas de définition précise d’un « bear market » (ou marché « ours »), mais de manière générale, il s’agit d’une baisse considérable et incessante de la valeur des titres. La plupart des institutions définissent un bear market comme un marché qui affiche une baisse des titres d’au moins 20% depuis leur dernier pic, et cela pour une période d’au moins plusieurs mois, mais qui peut aller jusqu’à durer quelques années.

  • Bull Market : Le « bull market », à l’image d’un taureau qui baisse ses cornes avant de les relever, est un marché haussier. Ce terme est le plus souvent utilisé pour désigner le marché boursier, mais il peut s’appliquer à tout ce qui est échangé, comme les obligations, les devises et les produits de base, ou encore l’immobilier. Ces marchés haussiers sont caractérisés par l’optimisme, la confiance des investisseurs, et l’attente de résultats solides. Il est difficile de prévoir de manière cohérente quand les tendances du marché peuvent changer.

  • Defensive value : Une « valeur défensive » est une valeur qui est assez peu corrélée à l’activité économique, donc une valeur qui échappe partiellement ou totalement à la crise (secteurs de la santé, de l’agroalimentaire…). A l’inverse, une « valeur cyclique » est une valeur fortement liée à la conjoncture. En période de ralentissement économique, ces valeurs sont les premières touchées (bâtiment, automobile, banque, …).

  • Multiples de valorisation : Ce sont des ratios qui permettent d’évaluer la valeur de titres financiers. Les multiples de valorisation les plus utilisés sont les rapports cours/bénéfice, cours/valeur comptable des actifs, ou encore cours/chiffre d’affaires.

Le point d’éclaircissement : Comprendre et savoir illustrer la formation et l’éclatement d’une bulle spéculative :

Les marchés financiers ne sont pas des marchés comme les autres. Contrairement aux marchés traditionnels dans lesquels la hausse des prix réduit la demande et accroît l’offre (et inversement), la hausse de la valeur des titres sur les marchés financiers alimente la hausse, au moins jusqu’au point où les anticipations s’inversent et font basculer le marché.

Il est vrai que, dans un contexte où l’information disponible n’est pas parfaite, les agents ont tendance à adopter des comportements mimétiques. L’agent croit minimiser les risques en adoptant le même comportement que les autres opérateurs sur le marché. C’est ainsi que se forment les bulles spéculatives, qui sont des situations dans lesquelles le cours d’un actif s’éloigne durablement de sa valeur d’équilibre. 

La théorie des bulles spéculatives a été illustrée par John Maynard Keynes à partir d’une analogie célèbre avec le fonctionnement d’un concours de beauté. On présente aux lecteurs d’un journal un certain nombre de photos en leur demandant de désigner le gagnant ou la gagnante de ce concours, le prix étant attribué au joueur qui fait le même choix que l’opinion dominante en la matière. Dans ces conditions, le joueur n’a pas intérêt à exprimer ses préférences subjectives, mais à deviner cette opinion dominante. Et comme tous les joueurs ont le même comportement, chaque agent s’efforce d’imiter l’autre qui est lui-même en train de l’imiter (situation qualifiée de spéculaire). Il en est de même pour les marchés financiers, ce qui fait que les cours de ces actifs ne convergent pas vers une valeur d’équilibre mais que, sous l’influence de ces phénomènes d’imitation, ils s’éloignent durablement de celle-ci. 

En raison de ces comportements, les marchés financiers sont instables. Quand la conjoncture est favorable, l’optimisme des agents les incite à prendre des risques et à s’endetter : le prix des actifs s’éloigne alors de leur valeur réelle. La bulle spéculative éclate quand les agents estiment que cette surévaluation est disproportionnée. Tout le monde vend alors (phénomène de panique), ce qui fait baisser fortement le cours des titres, et parfois même bien en-dessous de leur valeur d’équilibre.

Sur ce type de marché, les prophéties autoréalisatrices sont fréquentes. Si les opérateurs pensent qu’un actif va s’apprécier, ils se portent acheteurs, et du fait des comportements mimétiques, le prix de cet actif va augmenter effectivement. Et ce mécanisme joue également dans le sens de la baisse.

 

L’extrait pour la classe de Terminale :

« Entre le 01 octobre 2022 et le 30 juillet 2023, les principaux indices boursiers ont connu 10 mois de bull market, gagnant 28% en moyenne. La situation semble s’être inversée depuis le 01 août 2023, le MSCI World All Countries, le S&P 500 et l’Euro Stoxx cédant tous les trois quelque -9%. Nous avons régulièrement détaillé le caractère atypique de ce marché haussier, nullement bâti sur des fondamentaux micro et macroéconomiques (figure 1), mais entièrement sur le regain de confiance prématuré des investisseurs et sur l’envolée temporaire des multiples de valorisation, comme lors du dégonflement de la bulle internet entre 2000 et 2002 (figure 2) ».

Source : Bloomberg, Atlantic Derivatives.

Source : Bloomberg, Atlantic Derivatives.

Les sujets qui font débat :

  • La sphère financière peut-elle être durablement déconnectée de l’économie réelle ?

  • Les décisions des agents sur les marchés financiers relèvent-ils avant tout de comportements moutonniers ?

Voir le cours de spécialité de terminale :

et le cours de CPGE

Pour aller plus loin :

Newsletter

Suivre toute l'actualité de Melchior et être invité aux événements