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Cours de Terminale ES : REGARDS CROISES : Travail, emploi, chômage

Question 2. Quelles politiques pour l'emploi ?

Découverte

Document 1 - La flexibilisation du marché du travail

La flexibilité du marché du travail, c’est-à-dire du temps de travail et de la réglementation des contrats de travail- en particulier l’embauche et le licenciement- fait l’objet, depuis longtemps, de débats et de controverses entre experts et organismes spécialisés (OCDE, Commission européenne). Les réformes structurelles engagées ces dernières années visent à supprimer, ou tout au moins diminuer la segmentation du marché du travail, qui repose notamment sur la différence de traitement entre les contrats à durée déterminée (CDD) et les contrats à durée indéterminée (CDI). Le but est ainsi de rendre le marché du travail plus concurrentiel. Cet objectif se traduit par l’assouplissement des contraintes juridiques qui pèsent sur le CDI et la limitation du recours au CDD. C’est ainsi qu’en Italie, en Espagne et au Portugal, les récentes réformes visent à réduire les coûts des licenciements (diminution des indemnités de licenciements, et des contrôles de l’administration). Parallèlement, la durée maximale des CDD a été réduite (de trois à deux ans en Espagne). En France, la loi de juin 2008 instaure la rupture conventionnelle du contrat de travail, qui donne la possibilité, en cas d’accord entre l’employeur et le salarié, d’une rupture aux formalités considérablement allégées. En outre, les personnes qui sont au chômage à l’issue de cet accord ont droit à l’indemnisation. Cette innovation institutionnelle a connu un franc succès puisqu’un million de ruptures conventionnelles ont été enregistrées au bout de quatre ans d’existence du dispositif. L’accord sur l’emploi signé le 11 janvier 2013 par les représentants des salariés et des employeurs, et qui doit être entériné par la loi, peut changer fondamentalement et pour une longue période, les règles et procédures qui régissent la relation d’emploi en France. En effet, les partenaires sociaux se sont entendus pour décentraliser de nombreuses décisions concernant les relations de travail. Désormais, la négociation collective, au niveau de chaque entreprise, peut fixer elle-même les modalités des accords de « maintien dans l’emploi » (avec possibilité de réduction du temps de travail et des salaires pendant une durée de deux ans en cas de difficultés conjoncturelles graves). De plus, les modalités des licenciements collectifs (plans sociaux) peuvent être négociées entre employeurs et syndicats dans chaque entreprise et, dans ce cas, se substituer aux dispositions générales du Code du travail. En contrepartie, certains droits attachés à la personne des salariés sont développés. C’est ainsi qu’est créé pour chaque salarié un compte individuel de formation qui reste valide même en cas de changement d’employeur ou de chômage. De plus, un chômeur qui reprend une activité professionnelle conserve des droits non utilisés à l’assurance chômage, au cas où il perd cet emploi.

Dominique Redor, « Lutter contre le chômage dans un contexte de crise : comparaisons internationales » (in Problèmes économiques, « Comprendre le marché du travail », La Documentation française, février 2013).

 

1) Rappelez quels sont les avantages de la flexibilisation du marché du travail selon le modèle néoclassique 

2) Qu’appelle-t-on la segmentation du marché du travail ? 

3) L’accord sur l’emploi prévoit-t-il plutôt des droits attachés à l’emploi ou au travailleur ? 

4) Commentez la position de la France en matière d’indice de législation protectrice de l’emploi à partir du tableau statistique suivant.

Indice de législation protectrice de l'emploi

Remarque : les pays de l’UE présentent des situations hétérogènes. La réglementation sur l’utilisation des contrats de travail ou des procédures de licenciement est par exemple très différente d’un Etat à l’autre. Une manière de s’en rendre compte consiste à comparer les niveaux de législation protectrice de l’emploi (LPE) proposés par l’OCDE.

Document 2 - Un marché du travail dynamique : variation de l’emploi par grands secteurs d’activité

(en milliers d’emplois et en %, 2ème trimestre 2012/2ème trimestre 2008)

 

1) Faire une phrase avec les chiffres soulignés. 

2) Commentez la position de la France par rapport à l'Allemagne dans l'Union européenne (UE).

 

 

Document 3 - La remontée du taux de chômage avec la crise

 

1) Rappelez la définition du chômage au sens du BIT. 

2) Rappelez comment on calcule le taux de chômage. 

3) Mesurez et expliquez la variation du taux de chômage en France depuis 2008.

Document 4 - Les chômeurs de longue durée

Différents auteurs ont essayé de créer une typologie des chômeurs de longue durée :

- La stabilité brutalement interrompue, en général à cause d’un licenciement. La personne y répond le plus souvent par le fatalisme. Les individus vivent en quasi retrait du marché de l’emploi et anticipent subjectivement un statut d’inactif.

- L’instabilité récurrente, la personne concernée vit une succession d’emplois précaires. Elle choisit souvent la débrouillardise ; elle exploite ses réseaux ; rejette les définitions institutionnelles du chômage de longue durée et s’appuie sur des solidarités privées.

- La relégation caractérise les jeunes qui n’ont jamais eu de vrais emplois et qui sont souvent sans diplôme. Le chômage est en quelque sorte un traumatisme d’où ils ne perçoivent aucune opportunité.

- La discontinuité met en évidence une alternance de chômage, période d’emploi et d’inactivité. Les personnes réagissent généralement par la mobilisation ; elles s’investissent dans les dispositifs pour retrouver un emploi.

Equipe IDHEAP, Rapport final de recherche : « Compétences sociales et intégration professionnelle », mars 2005.

 

1) Quelles peuvent être les causes du chômage de longue durée ? 

2) En quoi le chômage de longue durée peut-il mener à un processus d’exclusion sociale ? 

 

 

Document 5 - Comparaison des taux d'emploi * en Europe 2009

*Le taux d’emploi global rapporte l’emploi à la population ayant entre 15 et 64 ans.

**Les jeunes entre 15 et 24 ans et les seniors entre 55 et 64 ans.

Le taux d’emploi d’une classe d’individus est calculé en rapportant le nombre d’individus de la classe ayant un emploi au nombre total d’individus dans la classe. Ex : taux d’emploi des femmes = ensemble des femmes actives occupées sur l’ensemble des femmes en âge de travailler.

 

1) Faire une phrase pour exprimer l'information apportée par le chiffre souligné. 

2) Comparez le taux d’emploi global, celui des jeunes (15-24 ans) et celui des séniors (55-64 ans) en France en 2009 avec la moyenne de l'Union européenne à 27.

- Le taux d'emploi global en France est inférieur de……………… par rapport à celui de l'Union européenne à 27 en 2009. 

- Le taux d'emploi des jeunes en France est inférieur de………………..par rapport à celui de l'Union européenne à 27 en 2009. 

Le taux d'emploi des séniors en France est inférieur de…………………..par rapport à celui de l'Union européenne à 27 en 2009.

Document 6 - Chômage "classique" et chômage "keynésien"

Depuis l’éclatement de la crise, un débat se poursuit entre ceux qui situent l’origine du ralentissement de l’activité économique dans l’insuffisance de la demande globale et ceux qui expliquent les mêmes phénomènes par la chute de la rentabilité du capital. Pour saisir la nature de cette controverse, nous nous appuierons sur la théorie de Edmond Malinvaud appelée « théorie du déséquilibre ». Cette théorie rejette l’hypothèse de l’ajustement automatique des marchés par les prix. Elle distingue deux types de chômage :

- Le chômage « keynésien » : des entreprises sont disposées à produire plus mais ne le font pas à la suite de l’insuffisance de la demande anticipée : des travailleurs se présentent sur le marché du travail mais ne trouvent pas d’emploi. Dans ce cas une politique de soutien de la demande réduirait le chômage.

- Le chômage « classique » : du chômage existe car les entreprises ne souhaitent pas produire davantage car le niveau des salaires réels est jugé trop élevé et le niveau des profits est jugé insuffisant. L’investissement peut alors ralentir. Il faut alors restaurer les profits pour lutter contre le chômage.

    J. Freyssinet, Le chômage, La Découverte, 1998.

 

Résumez l’intérêt de la théorie du déséquilibre pour l’explication du chômage de masse.

Document 7 - Les politiques d'allègement du coût du travail pour lutter contre le chômage "classique"

De manière générale, l’analyse libérale considère que la persistance du chômage à un niveau élevé provient de l’absence d’une réelle situation de concurrence sur le marché du travail qui seule permettrait l’établissement des ajustements nécessaires. Plusieurs facteurs viennent, selon cette analyse, bloquer le fonctionnement normal de ce marché et empêchent les entreprise d’adapter rapidement leur volume de travail et les salaires en fonction de leurs besoins du moment. Parmi les contraintes régulièrement évoquées figurent notamment le niveau élevé des coûts du travail et les politiques de protection de l’emploi.

La question du coût du travail est un leitmotiv du patronat en France. Cette question n’est pas indépendante de celle de l’intervention des pouvoirs publics dans le fonctionnement de l’économie. Les critiques avancées sur ce terrain peuvent être regroupées autour de deux axes selon qu’elles concernent le SMIC ou les cotisations sociales.

- Concernant tout d’abord le premier axe, celui du SMIC, les arguments des libéraux mais aussi d’autres économistes montrant ses effets néfastes sur les embauches ne manquent pas. Même si aucun « coup de pouce » n’a été donné par le gouvernement au cours des cinq dernières années conformément aux recommandations des experts, le SMIC a fait l’objet d’une revalorisation régulière du fait de la prise en compte de l’inflation et de l’augmentation du salaire horaire de base des ouvriers. Selon un rapport réalisé en 2008 par le Conseil d’Analyse économique (CAE), le pouvoir d’achat du SMIC depuis quatre décennies a augmenté plus vite que celui du salaire médian, c’est-à-dire le salaire tel que 50% des salariés gagnent plus et 50% gagnent moins. Pour les experts du CAE, l’impact du SMIC sur l’emploi n’est donc pas global mais sélectif. Ses effets concernent précisément les catégories de population les plus touchées par le chômage, c’est-à-dire principalement les jeunes et les non-qualifiés. Le raisonnement sous-jacent s’appuie sur une comparaison faite par l’employeur entre ce que coûte un salarié et ce qu’il rapporte au vu de sa productivité. Tant que la marge de l’employeur est positive, les embauches peuvent se poursuivre. Les relèvements successifs du SMIC viennent cependant amoindrir les marges des entreprises et débouchent sur l’élimination des moins productifs. Le CAE estime ainsi que la stratégie consistant à fixer un SMIC relativement généreux en France rend encore plus difficile l’accès des jeunes à l’emploi.

- Les critiques des économistes libéraux concernant le coût du travail en France dépassent largement la question du SMIC et de ses effets d’entraînement évoqués précédemment. Leur raisonnement porte sur le coût global du travail, qui intègre, outre les salaires bruts versés au salarié, d’autres éléments tels que les cotisations sociales obligatoires ou conventionnelles à la charge des employeurs, les primes ou avantages en nature, les dépenses de formation, les taxes sur les salaires, etc. C’est surtout le poids des cotisations sociales qui est jugé par les employeurs comme particulièrement lourd et pénalisant pour la compétitivité des entreprises françaises et dissuasif pour les embauches. A l’échelle européenne, une autre étude récente de l’INSEE de 2012, portant sur la période 1996-2008, confirme le fait que la France se situe dans le groupe des pays à fort coût de main d’œuvre. Dans l’industrie manufacturière, le coût français en 2008 était légèrement plus faible que celui de l’Allemagne (respectivement 33,16 euros et 33,37 euros). Il est en revanche nettement supérieur en Suède (34,51 euros), au Danemark (34,76 euros) et en Belgique (36,70 euros). Dans les services marchands, le coût horaire était en 2008 nettement plus élevé en France qu’en Allemagne (respectivement 32,08 euros et 26, 81 euros). Ce coût est bien plus important au Luxembourg, en Suède, en Belgique et au Danemark. Il existe donc une forte hétérogénéité des coûts horaires du travail au sein des pays européens. On notera cependant que les pays caractérisés par un coût horaire du travail élevé ne sont pas nécessairement ceux où le taux de chômage est le plus élevé.

Hervé Charmettant, Georges Sébastien, Guillaume Vallet, Comprendre l’économie, de Boeck, 2012.

 

1) Quels sont les effets négatifs du SMIC selon l’étude du CAE ? 

2) Comment le poids des cotisations sociales peut-il pénaliser les entreprises et le volume de l’emploi ? 

3) Comment peut-on caractériser le coût du travail français par rapport au coût du travail allemand 

Document 8 - La stimulation de la demande pour lutter contre le chômage "keynésien"

a. Le principe de la dépense .

A l’optimisme des libéraux (retour du marché à l’équilibre), Keynes en oppose une autre. Si les entreprises ne veulent pas investir, et si les consommateurs ne veulent pas consommer, les entreprises vont se trouver en situation d’excès de capacités de production. Elles vont licencier dans le secteur qui est touché. Les licenciements vont réduire le revenu : cette diminution des revenus va créer une seconde vague de réduction des dépenses : appauvris par les licenciements les consommateurs vont dépenser moins encore. Ce climat de « crise » ne va pas inciter les entrepreneurs à investir. Pour sortir du sous-emploi, il faut dépenser plus, dépenser à tout prix. Mieux encore, pour éviter la spirale de la crise, il faut dissocier autant qu’il est possible le revenu des agents de leur emploi. En séparant emploi et revenu, on évite que le chômage n’oblige les chômeurs à réduire leurs dépenses : on stabilise ainsi l’économie. L’intervention de l’Etat est donc incontournable pour stimuler la demande.

D. Cohen, Les infortunes de la prospérité, Agora, 1996.

 

1) Quelle est la cause du chômage selon l’auteur ? 

2) En quoi l’Etat peut-il réduire le chômage dans ce contexte ?

b. La fixation du niveau de l’emploi selon John Maynard Keynes

.

Replacez les mots suivants dans le texte :

demande anticipée ; Rentabilité anticipée ; emploi ; investissement ; Revenu courant ; Production.

 

 

Document 9 - Flexibilité : effets pervers pour l'économie nationale

La généralisation des politiques de flexibilité du travail contient potentiellement un risque de récession économique qui rend instable le système économique : la précarité des situations entraîne une précarité des revenus qui va rejaillir sur le marché, sous forme d’une demande anticipée instable. Une propension à l’épargne et au désendettement refroidit encore les ardeurs des investisseurs. Par contrecoup, le marché du travail s’en trouve encore fragilisé, sans que l’on puisse envisager les moyens d’une véritable relance de l’économie.

Sur ce marché, le développement des formes particulières d’emplois amène les employeurs à chercher à la fois à les généraliser pour ne plus avoir à supporter les coûts liés aux formes « normales » d’emplois (ancienneté, droits sociaux, etc.), en profitant des dispositifs mis en place par l’Etat pour freiner justement l’irrépressible montée du chômage. Le cercle vicieux de la précarisation et de la contraction des emplois s’installe.

Dominique Millot, Emmanuel Triby, Population et travail, Ellipses, 1996.

 

Montez l’enchaînement qui peut conduire de la précarité à la baisse de l’emploi.

Document 10 - Les effets constrastés de la baisse des salaires en Allemagne selon l'OIT

L'Organisation internationale du travail (OIT) a épinglé la politique allemande de compétitivité par les salaires, y voyant «la cause structurelle» de la crise en zone euro, dans un rapport publié mardi (...) Ces réformes, ainsi que les gains de compétitivité de l'économie allemande, sont régulièrement présentés par Berlin comme un modèle à suivre par les autres pays (...) L'OIT y voit au contraire un frein à la croissance européenne. « Les coûts du travail allemand ont chuté depuis une décennie par rapport aux concurrents, mettant leur croissance sous pression, avec des conséquences néfastes pour la viabilité de leurs finances publiques », note l'organisation qui vise à promouvoir le travail décent à travers le monde. (...) Selon ce rapport, « la politique de déflation salariale (baisse des salaires) n'a pas seulement amputé la consommation, restée plus d'un point de pourcentage en retrait du reste de la zone euro sur la période de 1995 à 2001. Elle a aussi conduit à un accroissement des inégalités de revenus, à une vitesse jamais vue, même durant le choc de l'après réunification », dénonce l'OIT, en faisant référence à des données récentes de l'OCDE sur le sujet. « Au niveau européen, cela a créé les conditions d'un marasme économique prolongé, car les autres pays membres voient de plus en plus une politique de déflation des salaires encore plus dure comme solution à leur manque de compétitivité », souligne le rapport.

         Libération.fr, 24 janvier 2012.

1) Pourquoi le rapport de l'Organisation internationale du Travail (OIT) critique-t-il la politique allemande de baisse des salaires ?

2) Quel était l'objectif de cette stratégie de baisse du coût du travail menée par l'Allemagne ?

3) Pourquoi n'a-t-elle pas fonctionné en termes d'emploi et de lutte contre le chômage selon l'OIT ?

 

1) Pourquoi le rapport de l'Organisation internationale du Travail (OIT) critique-t-il la politique allemande de baisse des salaires ? 

2) Quel était l'objectif de cette stratégie de baisse du coût du travail menée par l'Allemagne ? 

3) Pourquoi n'a-t-elle pas fonctionné en termes d'emploi et de lutte contre le chômage selon l'OIT ?

Approfondissement

Approfondissement

La dynamique du marché du travail

La dynamique du marché du travail entraîne un processus permanent de destruction et de création d’emplois dans les différentes branches de l’économie : ces flux bruts de création et de destruction d’emplois sont étroitement liés à la croissance économique et aux bouleversements technologiques. Il en va de même des unités de production : certaines restreignent leur main-d’œuvre, licencient, voire ferment, tandis que d’autres se créent, se développent et embauchent. Le chômage s’appréhende alors comme un stock de demandeurs d’emplois, alimenté par les flux de destruction d’emplois, diminué des flux de création d’emplois, et il est par ailleurs affecté par les flux d’entrées et de sorties de l’activité. Le nombre d’actifs, rapporté à la population en âge de travailler, permet de déterminer la participation au marché du travail et le taux d’emploi, dont le niveau est un des facteurs déterminants de la croissance potentielle. Si les retraits précoces d’activité liés à des dispositifs incitatifs conduisent à une réduction du taux de chômage (mesuré par le nombre de chômeurs rapporté à la population active), ceux-ci ont pour effet une diminution du taux d’emploi, et donc de la croissance potentielle. La dynamique du marché du travail n’empêche pas l’existence d’un chômage de longue durée, qui, en raison du rôle du travail dans l’intégration sociale, peut être à l’origine d’un processus d’exclusion, en particulier en diminuant « l’employabilité » des individus qui en sont victimes par un éloignement durable du marché du travail.

Chômage et intégration sociale

Durant les « Trente glorieuses » (1945-1973), la norme d’emploi stable est devenue un vecteur essentiel de l’intégration au salariat. Mais depuis les années 1970, la montée d’un chômage de masse persistant et la pénurie d’emplois stables ont conduit à associer chômage et exclusion. L’expérience du chômage entraîne une baisse du revenu, affaiblit les liens sociaux, et peut détériorer les relations familiales. Le chômage peut ainsi entraîner un phénomène d’exclusion. L’exclusion est un processus de fragilisation du lien social qui se traduit par des difficultés d’intégration à la société d’un nombre croissant d’individus. L’exclusion peut aboutir à une rupture du lien social, du fait d’une exclusion de l’emploi, de la consommation, des relations sociales et familiales, etc. Dans la mesure où les ruptures professionnelles et le chômage sont facteur de réduction des revenus, la pauvreté peut exclure les individus de la norme de consommation. Le chômage accroit le risque de pauvreté, cependant les prestations sociales atténuent ce risque, de façon différenciée en fonction des époques et des modèles nationaux. Durant la période de croissance d’après-guerre, la pauvreté touche principalement des personnes durablement éloignées du marché du travail et concerne ainsi principalement les personnes âgées et celles qui ne sont pas en mesure de travailler (handicapés, individus trop faiblement qualifiés pour être embauchés, etc.). À partir des années 1970, la pauvreté s’accroît dans les pays riches, dans un contexte de ralentissement de la croissance, de dégradation du marché du travail et de chômage : l’exclusion concerne alors de plus en plus d’individus et menace directement la cohésion sociale et le cœur de la société salariale. L’apparition de nouvelles formes de pauvreté (comme le phénomène des travailleurs pauvres) et les difficultés de l’État social pour y faire face ne permettent plus d’envisager l’exclusion comme un phénomène marginal qui frappe une petite partie de la population, installée dans la précarité.

Le sociologue Serge Paugam a montré que ses nouvelles formes de pauvreté contribuent parfois à la disqualification sociale de leurs bénéficiaires. L’approche comparative à l’échelle internationale met en évidence ce qu’il appelle les « formes élémentaires de la pauvreté » : la pauvreté est dite intégrée dans les sociétés préindustrielles ou encore aujourd’hui dans certaines régions du sud de l’Europe lorsqu’il s’agit d’une situation courante perçue comme un état durable, hérité; la pauvreté est dite « marginale » dans les sociétés industrialisées à faible taux de chômage et niveau élevé de protection sociale où elle est résiduelle et souvent stigmatisée ; enfin, la pauvreté est « disqualifiante » dans les sociétés postindustrielles confrontées à la précarité de l’emploi où elle est considérée comme résultant d’un processus de cumul de handicaps.

La lutte contre le chômage « classique » et le chômage « keynésien »

Les pouvoirs publics consacrent alors des ressources aux politiques de l’emploi, qui englobent des instruments très diversifiés. En matière de dépenses publiques pour l’emploi, on distingue traditionnellement les dépenses dites « actives » (par exemple allègements de charges et subventions à l’emploi, dépenses de formation professionnelle en direction des chômeurs) et les dépenses dites «passives» (indemnisation du chômage, financement de dispositifs incitant au retrait d’activité, préretraites notamment).

Mais les politiques mises en œuvre dépendent en premier lieu du diagnostic posé quant aux origines du chômage. En référence aux travaux de John Maynard Keynes, le chômage est dit « keynésien » lorsqu’il résulte d’une insuffisance de la demande globale qui se traduit par un « équilibre de sous-emploi ». Cette approche diffère fondamentalement de l’analyse néoclassique qui considère que c’est l’excès du coût du travail (et l’insuffisante rentabilité) et non l’absence de débouchés en termes de demande qui freine l’embauche : on parle alors de chômage « classique » pour désigner une situation dans laquelle le chômage s’explique essentiellement par le coût du travail et de chômage « keynésien » lorsqu’il existe une insuffisance de la demande anticipée. Il existe également un chômage structurel, lié à l’inadaptation de la qualification de la main-d’œuvre aux emplois proposés, qui justifie la mise en œuvre de politiques de formation et de flexibilisation du marché du travail. Pour lutter contre la composante « keynésienne » du chômage, l’Etat peut mettre en œuvre des politiques macroéconomiques de soutien de la demande globale, par la relance monétaire et la relance budgétaire.

Pour lutter contre la composante « classique » du chômage, les pouvoirs publics peuvent agir par des politiques d’allègement du coût du travail (réduction du poids des cotisations sociales, action sur le salaire minimum). Les revenus du travail salarié désignent tout ce que l’employeur verse pour le salarié : son salaire plus les cotisations sociales (que l’employeur verse directement aux organismes de Sécurité sociale). Pour l’employeur, il s’agit du coût salarial (ou salaire super brut) : il paie les cotisations sociales patronales et verse à chacun de ses salariés une rémunération brute (qui comprend le salaire net et les cotisations sociales à la charge du salarié). Le salaire ne doit pas être vu seulement comme un coût pour l’entreprise dans la mesure où il est également un revenu et un déterminant de la demande anticipée à l’échelle macroéconomique. Les théories du salaire d’efficience mettent en effet en avant le fait que des salaires élevés incitent les salariés à être plus productifs et peuvent ainsi avoir des retombées positives pour l’entreprise.

Des politiques de l’emploi diversifiées

La flexibilité du marché du travail renvoie aussi à la question de l’activation des dépenses passives, qui consiste à envisager des dispositifs permettant à la fois d’assurer aux chômeurs un revenu de remplacement et de favoriser leur réinsertion sur le marché du travail : le chômage est alors conçu comme une période de recherche d’emploi. L’indemnisation du chômage rémunère cette prospection socialement utile, mais le versement d’indemnités trop généreuses risque d’inciter au prolongement de la durée du chômage. La formation tout au long de la vie a également un rôle important à jouer dans le domaine de l’emploi. On peut tout d’abord renforcer l’employabilité des travailleurs les plus jeunes par davantage de formation initiale, la qualification apportant toujours une forte protection relative envers le chômage. On peut également renforcer l’employabilité des « séniors » par la formation continue. Enfin, les pouvoirs publics peuvent mettre l’accent sur la formation professionnelle et l’accompagnement des chômeurs afin de faciliter leur retour à l’emploi pour lutter contre ce chômage structurel.

Les évolutions de l’emploi liées à une flexibilité accrue sur le marché du travail peuvent parfois aggraver la précarité des parcours professionnels (individualisation de la relation de travail, chômage récurrent, instabilité des revenus, etc.) ; néanmoins, la précarité n’est pas nécessairement la contrepartie de la flexibilité du marché du travail : le système dit de « flexisécurité », inspiré de l’expérience danoise, combine ainsi une faible protection de l’emploi, une indemnisation généreuse du chômage, et une politique d’activation vigoureuse axée sur la formation des demandeurs d’emploi, conciliant alors une réallocation très dynamique des emplois et un fort sentiment de sécurité professionnelle des salariés exprimé dans les enquêtes d’opinions.

À lire

Sites :

- Le site de l'INSEE
http://www.insee.fr/fr/ - Centre d'analyse stratégique
http://www.strategie.gouv.fr/travail-emploi - Le Centre d'études et de recherches sur les qualifications
http://www.cereq.fr/ - L'organisation internationale du travail (OIT)
http://www.ilo.org/global/lang--fr/index.htm

Livres et articles - Norbert Alter (sous la direction de), Sociologie du monde du travail, PUF, 2012. - Philippe Askenazy, Les décennies aveugles, Emploi et croissance 1970-2010, Seuil, 2011. - Antoine Bévort et alii (Sous la direction de), Dictionnaire du travail, PUF, 2012. - Robert Castel, La montée des incertitudes : Travail, protections, statut de l'individu, Seuil, 2009. - Hervé Charmettant, Georges Sébastien, Guillaume Vallet, Comprendre l’économie, de Boeck, 2012. - Michel Lallement, Le travail : une sociologie contemporaine, Folio, 2007. - Yannick L’Horty, Les nouvelles politiques de l’emploi, La Découverte, 2006. - Serge Paugam, Les formes élémentaires de la pauvreté, P.U.F., 2005.

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