Cours

Cours de Terminale ES : 5. Intégration, conflit, changement social

Question 1. Quels liens sociaux dans les sociétés où s'affirme le primat de l'individu ?

Découverte

Document 1 - Ultramoderne solitude

Complexes à cerner, les « nouvelles solitudes », selon la formule de la psychiatre Marie-France Hirigoyen, prennent une forme pour le moins paradoxale. Paradoxe tout d'abord d'une « société de l'hypercommunication, qui nous abreuve de messages d'informations mais où le mode de communication virtuel prend le pas sur les « échanges intimes », explique-t-elle. Paradoxe ensuite du monde du travail : la perte de l'emploi ou la mise en retraite anticipée subie sont vécues comme « une mise de côté par les quinquagénaires », poursuit la psychiatre. Selon elle, les hommes dans cette situation ne sont pas rares à opter pour une stratégie d'évitement : « Ils ne voient plus leurs voisins ni leurs amis afin de ne pas leur révéler leur inactivité. » (…) Paradoxe enfin du rapport au célibat. Si les femmes sont plus nombreuses à demander le divorce, elles constituent aussi le plus gros bataillon de solitaires. 40% des femmes de 35-49 ans souffriraient d'isolement, contre 28% des hommes du même âge, selon un sondage TNS Sofres réalisé pour le journal La Croix.

Source: http://www.lacroix.com/illustrations/Multimedia/Actu/2010/5/20/rapportso...

 

1) Quels sont les facteurs propres au marché du travail qui peuvent conduire à l'isolement social? 

2) Explicitez les 3 paradoxes cités par le texte.

Document 2 - Part des personnes déclarant rencontrer de façon régulière des membres de leur famille proche (en %)

Source : CREDOC, Enquête « Conditions de vie et Aspirations des Français », 2003-2005, (base : actifs, en dehors des indépendants et des exploitants agricoles).

 

1) Formulez une phrase de lecture mettant en relation les 2 valeurs en gras. 

2) La famille a-t-elle la même place pour tous ? 

3) En quoi ce document témoigne-t-il des « stratégies d'évitement » dont parle le document 1 ?

Document 3 - Qu'est-ce que le lien social ?

Pour définir le lien social, on peut effectivement prendre en compte ce fondement essentiel qu’est la protection, c’est-à-dire le fait de pouvoir se dire « je peux compter sur qui ?». Tout individu se pose cette question. « Je peux compter sur un système de protection sociale généralisé mais si celui-ci s’écroule, je peux compter sur qui ? Sur mes proches, certes, sur ma famille, sur mes collègues de travail etc. » Mais ce n’est pas la seule dimension du lien social : l’autre dimension, toute aussi fondamentale, est de savoir «est-ce que je compte pour quelqu’un», c’est-à-dire « comment je construis mon identité de façon à ce que l’on puisse me donner une certaine valeur dans la société, sur laquelle je peux aussi compter, pour me définir socialement, comme un individu membre de cet ensemble social ». C’est là que se pose la question de l’utilité, que Durkheim se posait d’ailleurs aussi. L’individu doit prendre conscience qu’il est un élément d’un organe plus général. Tout le processus conduit finalement à donner à l’individu le sentiment qu’il est reconnu par autrui, c’est-à-dire par le regard que portent les autres sur lui. Il s’agit d’une quête infinie en quelque sorte, que nous sommes tous, en tant qu’êtres humains, conduits à pratiquer au quotidien. Nous sommes obligés de penser toujours à notre relation à autrui, c’est-à-dire à la façon dont nous pouvons être utiles dans notre relation avec les autres membres de la société.

Source : Serges Paugam, Pauvreté et solidarité, entretien, Laviedesidées.fr, 30/05/20081)

 

1) Quelles sont les composantes du lien social ?

2) L'appartenance à une société nécessite-t-elle que les individus soient identiques ?

Document 4 - Le lien social : une solidarité mécanique ?

La solidarité qui dérive des ressemblances est à son maximum quand la conscience collective recouvre exactement notre conscience totale et coïncide de tous points avec elle : mais, à ce moment, notre individualité est nulle. (…) Au moment où s’exerce son action, notre personnalité s’évanouit, peut-on dire, par définition ; car nous ne sommes plus nous-mêmes, mais l’être collectif. (...) Nous proposons d’appeler mécanique cette espèce de solidarité. (...) Ce qui achève de justifier cette dénomination, c’est que le lien qui unit l’individu à la société est tout à fait analogue à celui qui rattache la chose à la personne. La conscience individuelle, considérée sous cet aspect, est une simple dépendance du type collectif et en suit tous les mouvements, comme l’objet possédé suit ceux que lui imprime son propriétaire. Dans les sociétés où cette solidarité est très développée, l’individu ne s’appartient pas (...).

Source : Emile Durkheim, De la division du travail social,1893, PUF, 1991

 

 

1) Quel sens faut-il donner au terme « solidarité » tel que l'utilise E. Durkheim ?

2) Expliquez le sens de la phrase soulignée. 

3) Cochez dans la liste suivante les affirmations qui caractérisent la solidarité mécanique décrite par Durkheim : 

Document 5 - La solidarité organique : un lien plus souple ?

Il en est tout autrement de la solidarité que produit la division du travail. Tandis que la précédente implique que les individus se ressemblent, celle-ci suppose qu’ils diffèrent les uns des autres. La première n’est possible que dans la mesure où la personnalité individuelle est absorbée dans la personnalité collective ; la seconde n’est possible que si chacun a une sphère d’action qui lui est propre, par conséquent une personnalité. Il faut donc que la conscience collective laisse découverte une partie de la conscience individuelle, pour que s’y établissent ces fonctions spéciales qu’elle ne peut réglementer ; et plus cette région est étendue, plus est forte la cohésion qui résulte de cette solidarité. En effet, d'une part, chacun dépend d'autant plus étroitement de la société que le travail est plus divisé, et, d'autre part, l'activité de chacun est d'autant plus personnelle qu'elle est spécialisée. (…) nous proposons d'appeler organique la solidarité qui est due à la division du travail.

Source : Emile Durkheim, De la division du travail social,1893, PUF, 1991

 

1) Recherchez quelques illustrations de ce que E. Durkheim entend par division du travail. 

2) Cochez dans la liste suivante les affirmations qui caractérisent la solidarité organique décrite par Durkheim : 

Document 6 - Nombre de mariages et nombre de PACS selon le sexe des partenaires

 

1) Recherchez les principales différences entre les statuts liés au mariage et au PACS.

2) En quoi ces données traduisent-elles une remise en cause des modèles familiaux traditionnels?

Document 7 -

Le contexte dans lequel se définissent les valeurs collectives a été bouleversé. L'analyse sur plusieurs années des multiples enquêtes sur les opinions et les valeurs des français montre qu'elles deviennent de plus en plus individuelles, au fur et à mesure que les repères sont devenus plus flous, les « modèles » plus rares et les « normes sociales » moins acceptées. Chacun cherche aujourd'hui à se « bricoler » un système de valeurs personnelles, dans lequel le pragmatisme joue un rôle croissant. (…) Le système de valeurs est donc centré sur la personne, dans une posture de repli et parfois de cynisme à l'égard de la collectivité et des différentes formes de pouvoir et d'autorité. (…) Cette évolution en cours vers l'autonomie, que l'on peut baptiser « égologie », n'entraîne pas obligatoirement l'égoïsme ou l'égocentrisme. Le souci de soi n'exclut pas le sens de la responsabilité envers les autres.

Source : Gérard Mermet, Francoscopie, Larousse , 2011

 

1) Quelles différences faites-vous entre individualisme, égoïsme et égocentrisme ? 

2) Que signifie le néologisme « égologie » ? 

3) L'auteur voit-il la montée de l'individualisme comme un élément négatif ? 

Document 8 - Impact du milieu social sur le score de lecture selon le pays

 

 

1) En quoi la maîtrise de la lecture contribue-t-elle au lien social ? 

2) L'école joue-t-elle le même rôle intégrateur partout ?

 

Document 9 -

L'invisibilité est à son comble quand les administrations perdent tout lien avec des personnes qui s'isolent, souvent à la suite d'un licenciement. Le travail rythmait le temps, sa perte dérègle totalement l'organisation de la vie quotidienne. L'inactivité réveille des douleurs anciennes (maltraitances dans l'enfance notamment), alimente les différends conjugaux, favorise l'alcoolisme, fragilise financièrement et psychologiquement. On se sent inutile au monde. Plus la précarité est grande, plus la sociabilité familiale, amicale ou associative diminue.

Source : Emmanuel Defouloy, « Disparus, le licenciement comme mort sociale », Stéphane Beaud et ali, La France invisible, La découverte,2008

 

1) Recherchez les principaux arguments montrant que le travail est un vecteur d'intégration sociale. 

2) Quels sont les principaux effets de la perte de l'emploi ?

Document 10 -

 

1) Recherchez ce que signifient les termes "seuil de 50 %" et "seuil de 60%". 

2) Ecrivez une phrase indiquant le sens des valeurs de 2009.

Document 11 -

Source : INSEE, 2008 (France métropolitaine)

 

1) Tirez les principaux enseignements de ce tableau.

Document 12 - Comptes de la Sécurité Sociale en milliards d'euros (2009)

 

1) Comment les dépenses de la Sécurité Sociale sont-elles financées ?

2) Qui en perçoit les prestations ?

3) Quel est le principe qui fonde le système de sécurité sociale ? 

Document 13 -

 

 

1) Peut-on dire que les conseillers municipaux sont représentatifs de la population française ? 

2) Peut-on dire que toutes les PCS sont intégrées à travers le lien politique de la même façon ?

Approfondissement

Approfondissement

Les différentes types de cohésion sociale

Toute société repose sur l'existence d'un lien unissant ses membres : ce sentiment d'appartenance assure la cohésion sociale. E. Durkheim (1858-1917) est le premier sociologue à avoir recherché les différentes formes du lien social. Il distingue deux types majeurs de "solidarité" liés à deux types de société.

Les sociétés traditionnelles sont caractérisées par une "solidarité mécanique", l'intégration des individus repose alors sur la similitude des membres du groupe. Les fonctions sociales et économiques sont peu différenciées, la "division du travail social" est donc faible. Les valeurs et les croyances partagées sont identiques, l'individu n'existe donc qu'à travers "l'être collectif" que constitue le groupe. Cette conscience collective forte conduit à la soumission des comportements individuels aux normes sociales dominantes. Le groupe prime sur l'individu.

Au contraire, les sociétés modernes sont fondées, selon Durkheim, sur une "solidarité organique", née de la division du travail de plus en plus approfondie. Cette spécialisation des fonctions économiques (dans le travail) et sociales (dans la famille, par exemple) rend les individus différents mais complémentaires (comme les organes physiques peuvent l'être). Finalement, ils sont interdépendants. La différenciation des individus les rend de plus en plus autonomes, leur conscience individuelle grandit, mais leur nécessaire complémentarité renforce le lien social.

Un lien social plus fragile dans les sociétés modernes ?

Dans nos sociétés modernes, le primat de l'individu s'est affirmé peu à peu comme une valeur essentielle. La valorisation de la liberté individuelle, l'affaiblissement de certaines normes sociales, de certains rites sociaux et les transformations qu'ont subies certaines grandes instances d'intégration amènent à s'interroger sur la difficulté à fonder la cohésion sociale aujourd'hui.

Ainsi, la famille s'est radicalement transformée : le recul du mariage, la montée des divorces, le développement des familles recomposées et l'émergence de nouvelles formes d'unions (PACS) traduisent une "désinstitutionnalisation" de la famille. A l'évidence, elle conserve un rôle central dans la socialisation et dans l'intégration sociale, mais elle n'est plus prescriptrice des normes de comportement comme par le passé.

L'école, elle aussi, a vu sa place, son rôle et ses modes de fonctionnement évoluer de manière profonde. Elle reste une des institutions sociales où se transmettent les normes et les valeurs républicaines (laïcité, égalité des chances, méritocratie) mais, ces dernières décennies, l'accès plus large aux études a contribué à transformer son mode de fonctionnement : les publics scolaires sont devenus plus hétérogènes, le rôle homogénéisateur de l’école est donc devenu plus difficile à mettre en oeuvre. Comment homogénéiser les comportements sociaux lorsque les attentes et les normes des élèves et de leur famille sont de plus en plus hétérogènes ?

Si le travail a longtemps été considéré comme un des vecteurs privilégiés de l'intégration et de l'affirmation du sentiment d'appartenance collective, il est lui aussi aujourd'hui au cœur du questionnement sur la construction du lien social. Qu'est devenue la solidarité mécanique qui unissait les salariés autour d'une identité collective ? La diversification des statuts professionnels, les transformations de l'organisation du travail, l'accroissement du chômage, (notamment de longue durée), et la précarisation de l'emploi ont fragilisé cette cohésion. Perdre son emploi consiste, pour de nombreux individus, à perdre beaucoup plus encore : les réseaux de la sociabilité privée (au sein du groupe familial ou du cercle d'amis),

associative et professionnelle s'effacent peu à peu. Ce processus de désaffiliation sociale peut déboucher sur l'exclusion sociale pour les groupes les plus vulnérables de la société.

Lien politique et solidarité

Le lien politique est celui qui soude l'ensemble des citoyens autour d'un destin commun. Il se traduit par des relations beaucoup plus abstraites que les liens familiaux ou amicaux et se manifeste à travers des attitudes collectives et des comportements actifs tels que le vote. Aujourd'hui, le rapport à la politique semble fragilisé, en particulier pour certaines couches sociales qui sont faiblement impliquées et donc peu représentées dans le débat collectif. Cette fragilisation du lien collectif débouche sur des comportements de repli communautariste ou des revendications identitaires.

Cette citoyenneté politique est complétée par une « citoyenneté sociale » née de la mise en place d'un système de protection sociale durant le XXème siècle. Véritable instrument de solidarité effective, la Sécurité sociale a été construite pour instituer autour de l'individu des filets protecteurs face à certains risques sociaux tels que la maladie ou la vieillesse. Mais ce cadre protecteur rencontre lui aussi des éléments de fragilisation liée à la critique du coût collectif d'un tel système et des logiques qui le fondent : certains courants idéologiques voient dans l' Etat-Providence ainsi mis en œuvre des risques de déresponsabilisation de l'individu.

À lire

Sites :

Sites : www. Solidarité.gouv.fr

Livres et articles

Serges Paugam, Pauvreté et solidarité, entretien, Laviedesidées.fr, 30/05/2008 Pierre Rosanvallon, Refaire société, Seuil, collection La république des idées, 2011 (ouvrage collectif) François de Singly, Libres ensemble,Nathan, collection Essais et Recherches, 2000

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