Le coronavirus poursuit sa dramatique course mondiale et touche désormais l’Afrique

La virulence de l’épidémie de CoronaVirus a pris de court les autorités sanitaires internationales qui avaient basé leurs estimations sur les informations chinoises probablement erronées. Avec un million de cas au niveau mondial, un taux de létalité « apparent » de quasiment 4%, 35 pays européens infectés, le virus prend son envol aux Etats-Unis et Amérique latine et s’engouffre en Afrique. Dans le meilleur des cas, la paralysie successive des principaux pôles économiques mondiaux durera jusqu’au milieu de l’été.

Les chances d’un répit mondial avant la rentrée de septembre disparaissent donc. D’un choc d’offre chinois à un choc de demande internationale : l’économie va être confrontée à une profonde récession industrielle, un tsunami dans les services. Un choc de 8 % à 10 % du PIB mondial en 2020 ? On peine à le croire, et pourtant… Une crise financière proportionnelle à l’irrationalité passée se prépare.

Le choc d’offre issu de la pandémie signifie une paralysie de la production, des transports, des moyens de communication en Chine puis progressivement dans chacune des zones en confinement qui entraine une rupture des chaînes de production. Le choc de demande se traduit par une paralysie de la consommation, de l’investissement, des échanges mondiaux et leur corolaire : l’arrêt du commerce et des transactions. Des effets multiplicateurs viennent s’ajouter à ces deux chocs, dus à l’impréparation des autorités, et à la sous-estimation des risques. La crise économique se propage actuellement au monde de la finance via une crise du crédit induite par la fragilité des entreprises qui met à mal l’ensemble du système bancaire. Le choc social lié à la montée du chômage de masse devrait se traduire rapidement en des crises politiques dans de nombreux pays. En ce qui nous concerne, c’est le futur de l’Europe qui risque d’être remis en question peut être encore plus fortement qu’après la crise des subprimes et celle de l’Euro.

Le confinement a un effet récessif principalement sur l’industrie (-80% de baisse d’activité), comme lors des crises classiques, mais aussi et c’est sa particularité, sur les services (-70%). L’activité dans le BTP et l’immobilier devrait aussi être impactée de -80%. La baisse du PIB mondial en 2020 devrait se situer autour de -8% : une première historique. Une petite lueur d’espoir se profile pour 2021 dont le PIB pourrait rebondir d’autant et effacer les pertes de 2020, ou bien stagner au même niveau, si la situation continue à se dégrader, en cas de nouvelle vague d’épidémie en Chine par exemple.

L’Afrique a une structure de population qui semble relativement la préserver, avec un âge médian de 20 ans (contre 42 en Europe). Or on sait que le virus est plus létal pour les personnes agées. Mais cette résistance naturelle est en partie compensée par le degré de pauvreté et de promiscuité : 50% des populations urbaines vivent dans des bidonvilles, et le système de santé est très inégalitaire et défaillant. Dans les rues de la capitale sud-africaine, Johannesbourg, des brigands vendent des masques anti-virus imbibés de chloroforme à des badauds affolés pour les voler ou les assassiner plus facilement…

D’un point de vue économique, la part des services est encore très faible en Afrique, donc l’impact est différent des pays développés. En revanche le continent est extrêmement vulnérable à tout ralentissement mondial en raison de sa grande dépendance aux marchés des matières premières. Au Nigeria et en Algérie, le prix du pétrole pour atteindre l’équilibre budgétaire est de 85$, et le pétrole représente 90% des exportations. L’effondrement des cours, notamment du pétrole, à quasiment 20$ le baril contre 70$ en début d’année, aura des conséquences catastrophiques sur les économies des pays les plus dépendants, en général les plus riches et les plus endettés. Les défauts de paiement devraient rapidement voir le jour. Le 18 mars, l’Afrique du Sud a vu sa note de crédit révisée à l’état de « Junk Bond » (obligation déchet) par l’agence de rating Moody’s, ce qui signifie que son gouvernement devra payer des taux d’intérêt insoutenables surtout en cas de récession : le taux à 10 ans est passé à 12% contre 8% en début d’année (celui de la France est proche de 0%).

L'auteur

Christophe PRAT est l’auteur de Le futur de l’Europe se joue en Afrique avec Jean-Luc Buchalet. Il est intervenu aux Entretiens Enseignants-Entreprises 2019

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