Institutions

Définition :

Pour la sociologie, une institution désigne une structure sociale (ou un système de relations sociales) dotée d'une certaine stabilité dans le temps. Pour la science économique, une institution est un ensemble de règles encadrant les transactions.

L'essentiel :

La sociologie s'intéresse donc aux modalités internes et aux relations avec l'environnement des institutions ainsi qu'à la manière dont elles se maintiennent dans le temps. Il s'agit d'un concept fondateur pour cette discipline puisque les pères fondateurs de la sociologie comme Emile Durkheim ou Max Weber se sont penchés sur ce concept. Si pour Durkheim, les institutions sont des manières collectives d'agir et de penser qui ont leur existence propre en dehors des individus, Max Weber dans Economie et Société (1922), les définit ainsi : « l'institution se rapproche de l'idée d'association, c'est un groupement dont les règlements statutaires sont octroyés avec un succès relatif à l'intérieur d'une zone d'action délimitante à tous ceux qui agissent d'une manière définissable selon les critères déterminés ». D'après ces définitions, les institutions sont avant tout des régulateurs des rapports sociaux et par voie de conséquence aussi des rapports marchands. Récemment, la science économique s'est emparé de cet objet afin d'enrichir son analyse de l'allocation des ressources. Ceci a conduit à un changement très sensible de la manière de concevoir ce qui relève de l'économie.

Une économie de marché repose sur un soubassement institutionnel complexe. Le respect de la propriété privée ou la bonne exécution des contrats supposent par exemple l'existence de règles de droit et d'un Etat pour les faire respecter. Il s'agit d'un objet qui relève de ces deux démarches et qui a transformé la manière de voir l'économie. Le développement de la science économique formalisée néoclassique a conduit pendant de nombreuses années à restreindre le champ de l'analyse économique au seul domaine marchand, l'analyse d'autres objets comme l'Etat en particulier apparaissant comme résiduelle puisque visant à étudier la manière de pallier les défaillances du marché. Peu à peu dans la deuxième moitié du XXème siècle, l'économie a renoué avec la tradition de l'économie politique classique et a été amené à étudier les institutions, les comportements des hommes, les marchés politiques... Ainsi, depuis les années 1960, plusieurs voies de recherche de la science économique ont permis l'étude des institutions. Des économistes comme Gary Becker ou Douglass North ont ainsi utilisé les outils et les méthodes de la science économique afin d'étudier l'histoire (pour North) ou les structures sociales pour Gary Becker qui mène une analyse économique d'objets aussi différents que la famille, le mariage, la discrimination ou encore la délinquance. Mais certains pans entiers de l'économie ont été bouleversés par cet utilisation et cet intérêt pour les institutions. C'est le cas en particulier pour l'étude de l'Etat dans l'économie. Mais l'étude des institutions va se traduire aussi par l'émergence d'un champ de l'économie dédié.

Un certain nombre d'économistes notamment du XIXème sicèle se sont penchés sur les institutions. Cependant, il est difficile de faire ressortir une véritable pensée institutionaliste. On peut cependant distinguer deux grands auteurs: John Commons et Thorstein Veblen. Commons a en effet tenté de mettre en avant l'importance de l'action collective et des relations sociales pour la science économique. Il introduit deux concepts clés, les institutions dont il distingue les institutions informelles (comme les coutumes) des institutions formelles (les organisations comme l'Etat, les entreprises etc.), et les transactions qui désigne, pour lui, l'interaction par laquelle deux ou plusieurs individus s'échangent des droits de propriété et des libertés d'action. L'objectif de Commons était de construire un cadre conceptuel permettant de comprendre comment les institutions avaient évolué et de déterminer quels étaient les facteurs à l'origine des changements du système capitaliste. Veblen quant à lui, outre le concept de consommation ostentatoire (typique de la classe de loisir, ce type de consommation vise essentiellement au prestige et à la démarcation sociale) qui démontre son intérêt pour les motivations des agents économiques, est également le fondateur de l'institutionnalisme américain prépondérant aux États-Unis dans les années 1920 et 1930. Il met clairement en avant certains principes fondateurs de la pensée institutionnelle: le rejet de la conception égoiste et calculateur de l'individu proposée par le marginalisme, la critique de l'idée d'équilibre stable prédéfini, et la nécessité de partir d'une étude du comportement humain et de ses déterminants.

La nouvelle économie institutionnelle, tout en se revendiquant de ces auteurs et des principes institutionnalistes, prend naissance plus tardivement dans l'émergence du théorème de Coase mis en avant par Stigler dans un article de 1966. Ce dernier réinterprète ainsi le concept de coût de transaction apparu dès 1937 dans l'article de Ronald Coase. C'est cependant Oliver Williamson et Douglass North qui sont les pères fondateurs de ce courant théorique. Ils mettent en avant l'importance des coûts de transaction et de la transaction. Même si ces deux auteurs ont des sensibilités différentes et s'intéressent à des objets différents (macroéconomie et dynamique de long terme pour North, microéconomie et efficience organisationnelle pour Williamson), les coûts de transaction occupent pour les deux auteurs une position centrale. S'intéresser aux couts de transaction les conduit à s'écarter du corpus néoclassique en postulant que les agents sont dotés d'une rationalité limitée (voir article rationalité) et se comportent de manière opportuniste. Pour eux, toute transaction économique engendre des coûts préalables à leur réalisation: coûts liés à la recherche d'informations, aux risques liés à l'opportunisme des agents etc. Ainsi, certaines transactions se déroulant sur le marché peuvent engendrer des coûts de transaction très importants. Dès lors, les agents économiques peuvent être amenés à rechercher des arrangements institutionnels alternatifs permettant de minimiser ces coûts. Les institutions sont donc ici interprétées comme des dispositifs de régulation alternatifs au marché mis en place par les agents pour minimiser les coûts de transaction.

En somme, les institutions sont un objet très important pour les sciences sociales. Aussi bien en sociologie qu'en économie, l'étude de ces systèmes de relations sociales durables est particulièrement féconde pour comprendre les actions des individus. Ceci est particulièrement vrai en économie puisque la prise en compte de ces systèmes a permis à la science économique d'ouvrir des champs de recherche longtemps délaissés. Ce regain d'intérêt a ainsi des conséquences sur de nombreux domaines: économie publique, économie du développement, économie industrielle, etc. et ouvre de très nombreuses perspectives pour la recherche économique et pluridisciplinaire.

Voir

https://www.melchior.fr/synthese/les-institutions-et-la-croissance

https://www.melchior.fr/programme/institutions-et-gouvernances-mondiales-quelles-perspectives

https://www.melchior.fr/exercice/exercice-1-differents-types-d-institutions

3 questions à : (à venir) à Philippe Aghion

1) Quel(s) rôle(s) les institutions jouent-elles dans la croissance ?

2)  L’économie de marché peut-elle exister sans institutions ?

3) Comment la mondialisation a-t-elle transformer

Lire à ce propos :