Currency principle – Banking principle

Définition :

Deux écoles de pensée économique qui au début du XIXᵉ siècle s’opposent sur la règle d’émission de la quantité de monnaie en circulation.

L'essentiel

Dans la première moitié du XIXe siècle, un débat sur la monnaie, et plus particulièrement la création monétaire, oppose les économistes. Deux attitudes irréconciliables émergent quant au rôle économique de la monnaie.

D’un côté, David Ricardo et les partisans de la circulation monétaire, qu’on appelle au Royaume Uni la currency school, sont inquiets d’une émission excessive de monnaie. Ils considèrent que la quantité de billets émis par la banque centrale doit être la stricte contrepartie de la quantité d’or dans ses réserves. Concrètement, la quantité de billets en circulation doit donc être limitée. Cette approche se retrouvera, par la suite, dans la Théorie quantitative de la monnaie. La création de monnaie par les banques est donc vue comme pouvant générer le risque d'une inflation. L'émission de monnaie doit être proportionnelle à l’encaisse métallique (principalement l’or) détenue dans les réserves de la Banque Centrale pour éviter le risque d’une dépréciation lorsqu’elle est émise en quantité trop élevée. Dans le contexte du système de libre-convertibilité de l’étalon-or de l’époque, les tenants de cette analyse voyaient aussi le risque que les banques ne puissent répondre à la demande des clients souhaitant échanger leurs billets contre de l'or. L’épisode de la faillite de la banque Law à la fin du XVIIIème siècle a illustré ce type de risque.

A l’inverse de cette position, les partisans du banking principle, représenté par l’économiste britannique Thomas Tooke, étaient favorables à la liberté d’émission monétaire en fonction des besoins de l’économie. Ce principe est fondé sur le postulat que la quantité de monnaie en circulation doit avant tout dépendre des besoins des agents économiques. Les tenants de la banking school accordant donc un rôle important aux concours bancaires à l’économie, la quantité de monnaie doit évoluer selon les besoins des affaires.

Le rôle des métaux précieux, contreparties de la masse monétaire, est donc secondaire. Dans cette logique, les banques doivent pouvoir accorder plus de crédits que les réserves d'or qu’elles détiennent. Les banques peuvent donc créer de la monnaie scripturale et l’émission de monnaie ne doit pas être limitée si elle crée des richesses, car, dans ce cas, elle ne saurait être à l’origine dinflation.

C’est donc un débat sur la convertibilité et la régulation de la monnaie qui nait dans cette première partie du XIXème siècle. La banque d’Angleterre suivra d’abord les principes de la currency school, en mettant en place un contrôle étroit de la création monétaire. Plus tard, ces principes seront assouplis. En France, pour l’essentiel, c’est la règle de la banking school qui a dominé pendant le XIXème siècle.

Au-delà de ce moment historique, le débat a une dimension contemporaine : il introduit un certain nombre de questions sur la nature de la monnaie. La monnaie est-elle endogène ? exogène ? active ? neutre ? La théorie keynésienne, en mettant la monnaie au cœur de l’analyse du circuit de production, a largement contribué à développer une vision active de la monnaie. M. Friedman, quant à lui, a réactivé la théorie quantitative de la monnaie et insisté sur le risque inflationniste de tout excès de création monétaire.

Ces questions ont encore toute leur actualité. Ainsi, depuis la crise de 2008, les banques centrales ont mis en œuvre des stratégies très actives de création monétaire très rapide par le biais de rachats d’actifs sur le marché. C’est ce qu’on appelle le quantitative easing (QE). Cette politique monétaire vise à stimuler le crédit et favoriser l’investissement productif et la consommation des ménages. Certains économistes, tels que Patrick Artus et Marie-Paule Virard, dans leur livre La folie des banques centrales, ont estimé que, par ces pratiques, les autorités monétaires ont éloigné la création monétaire de l’économie dite « réelle ».

Lire à ce propos :

3 questions à …. Jean-Marc Daniel (à venir)

1) Pourquoi ce débat entre la banking school et la currency school au début du XIXème siècle ?

2) Comment la querelle a-t-elle été tranchée ?

3) Ce débat peut-il être transposé aux enjeux monétaires actuels ?