Crises financières

Définition :

Les crises financières sont des crises récurrentes dans l’histoire du capitalisme qui se déclinent en crises bancaires, crises boursières et crises de change.

L'essentiel

Les crises financières font partie de l’histoire du capitalisme (Charles Kindleberger, A History of Financial Crisis, 1983). Cependant, depuis les années 1980, dans un double contexte de déréglementation financière (liberté de mouvement des capitaux, fin du contrôle des changes, plus de liberté pour les banques afin d’élaborer de nouveaux produits financiers, accès plus facile aux marchés financiers pour les entreprises et les ménages) et de globalisation financière (libre circulation des capitaux sur les marchés financiers internationaux), la succession des crises financières semble s’accélérer, alors que ces dernières avaient presque disparu depuis les Trente glorieuses.

On distingue généralement trois types de crises financières, qui peuvent en pratique cohabiter et agir les unes sur les autres. Les crises boursières, plus connues sous le terme de « Krach boursier », consistent en une chute plus ou moins brutale du cours des actions, comme lors des Krachs d’octobre 1929 ou d’octobre 1987. Les crises bancaires se caractérisent par une chute de la rentabilité, voire une faillite, pour une ou plusieurs banques importantes. Elles sont souvent dues à des crédits qui ne peuvent plus être remboursés, comme au moment des crises immobilières. Par exemple, la chute des prix de l’immobilier aux Etats-Unis en 2008, elle-même consécutive à la détention par les banques de créances très risquées, appelées subprimes, accordées à des ménages américains peu solvables, est la cause de lourdes pertes qu’a connues l’ensemble du système bancaire international à l’époque. Les crises de change sont des variations brutales du cours d’une monnaie, dues à des attaques spéculatives contre des monnaies bien souvent jugées surévaluées qui ont pour conséquence que les capitaux étrangers quittent le territoire (engendrant une crise boursière) et une chute des actifs détenus par les banques (crise bancaire).

L’explication théorique des crises financières s’appuie sur les caractéristiques particulières des marchés financiers ainsi que sur le cycle de la dette. Du côté des marchés financiers, de nombreux observateurs mettent en relief l’idée que les marchés financiers ne fonctionnent pas comme les marchés de biens ou de services, mais dépendent avant tout des anticipations des agents. C’est ainsi que Keynes compare le fonctionnement des marchés financiers à un concours de beauté où dominent les comportements d’imitation. Sur de tels marchés, les agents économiques cherchent avant tout à prévoir ce que vont faire les autres, ce qui se traduit dans un environnement incertain et imprévisible par des comportements moutonniers et des « prophéties autoréalisatrices » à l’origine de bulles spéculatives et de krachs. Du côté de la dette, Irving Fisher (La théorie des grandes dépressions par la dette et la déflation, 1933) met en avant le rôle de l’endettement des agents dans le déclenchement des crises. Les agents économiques, victimes dans un premier temps de l’optimisme ambiant qui les conduit à acheter de nombreux titres financiers dans une perspective de gain, sont obligés dans un second temps de rembourser leurs dettes quand la conjoncture se retourne. La vente des actifs alors réalisée accélère la baisse des prix et alourdit mécaniquement le poids de la dette : c’est la spirale bien connue de la déflation. Hyman Minsky, prolongeant cette analyse, montre que les crises financières sont inéluctables (« c’est parce-que les choses allaient trop bien qu’elles finirent par aller mal »). En période de croissance économique, l’optimisme excessif amène les banques à accorder des crédits de plus en plus hasardeux. Ensuite, l’incapacité de certains débiteurs à rembourser entraîne une crise et une prudence également excessive des banques, et on retrouve la spirale déflationniste évoquée plus haut.

Les crises financières peuvent dégénérer en crises économiques du fait de la baisse de la consommation et de l’investissement réduits par la restriction du crédit, et également à cause de l’effet de richesse : la baisse de la valeur des titres financiers affecte le patrimoine des ménages et des entreprises. L’ampleur de cette répercussion dépend du comportement des Etats et surtout des Banques centrales. Dans une crise bancaire comme la crise des subprimes, la FED (Banque centrale américaine) et la BCE (Banque centrale européenne) ont fourni des liquidités aux banques, leur permettant d’éviter la faillite. Elles ont aussi baissé leurs taux d’intérêt pour faciliter le refinancement des banques commerciales et éviter la contraction du crédit. Au moment de la crise de 1929, comme l’ont bien montré Friedman et Schwartz (Une histoire monétaire des Etats-Unis, 1963), la FED n’a pas joué son rôle de prêteur en dernier ressort, engendrant les faillites bancaires et la contagion de la crise à l’économie réelle.

3 questions à Michel Aglietta

1) Alors que l'économie réelle s'effondre sous l'impact du Covid-19, les marchés financiers chahutent voire rattrapent leur perte. Que faut-il y voir ?

2) Comment l'Europe peut-elle retrouver une légitimité dans sa gestion de « l'après » et redonner du sens au projet commun ?

3) Quelles leçons pouvons-nous tirer de cette crise ?

Voir les 3 questions à Michel Aglieta