Capital sociologique

Définition :

Ensemble des ressources immatérielles qui caractérisent les individus et permettent les liens sociaux.

L'essentiel :

Le concept de capital est utilisé en sociologie par analogie avec l’usage économique du terme. Globalement, le capital économique comprend le stock de biens matériels utilisés dans l’activité de production. De la même façon, l’usage sociologique du terme s’appuie sur le constat que les individus mobilisent un ensemble de ressources immatérielles et parfois même symboliques. Il peut s’agir d’une dotation culturelle, économique ou de réseaux relationnels. Cette prise en compte d’un capital culturel s’inscrit dans le constat que le seul critère économique du patrimoine ou du revenu ne permet pas d’analyser finement les pratiques sociales. Max Weber (1864-1920) intègre cette dimension à son analyse de l’ordre social. En distinguant des “groupes de statut” qui rassemblent des individus caractérisés par un niveau de prestige social équivalent, M. Weber prend en compte la considération sociale liée au mode de vie”, au niveau d’instruction et au prestige.

S’inscrivant en partie dans cette lignée, Pierre Bourdieu (1930-2002) décrit l’espace social comme un champ hiérarchisé par le capital économique, le capital culturel et le capital social détenus par les individus. Ces trois formes de capitaux sont, selon P. Bourdieu des ressources rares que les individus valorisent et dont ils tirent des avantages matériels (principalement un revenu) ou symboliques (prestige social).

Le capital économique est le plus facile à objectiver : il est constitué des revenus, du patrimoine, de ce qui détermine le niveau de vie.

Le capital culturel est défini comme l’ensemble des ressources culturelles dont dispose un individu. Il s’agit d’un ensemble de compétences culturelles incorporées par l’individu au point qu’elles lui semblent naturelles.  Les capacités langagières, les savoir-faire, les pratiques culturelles ou encore les capacités intellectuelles sont autant d’éléments caractérisant le capital culturel. Sa mesure demande des indicateurs indirects : la détention de diplômes, forme institutionnalisée du capital culturel, les pratiques culturelles telles que la fréquentation de salles de concert ou les pratiques artistiques, mais aussi la détention d’objets culturels comme des livres ou des tableaux. C’est ce qu’on peut nommer la forme objective du capital culturel. Les analyses de P. Bourdieu donne une place importante à la forme incorporée du capital culturel qu’il nomme l’habitus et qu’il définit comme l’ensemble des goûts et aptitudes acquis lors du processus de socialisation qui génère des dispositions à juger, à choisir, à penser, etc. Cet habitus permet à l’individu d’exprimer des préférences et de faire des choix, même en face d’une situation inédite. Le concept d’habitus permet d’expliquer l’influence qu’exerce la culture sur le comportement des individus, sans pour autant postuler un déterminisme culturel. En effet, la socialisation ne transmet pas des comportements déterminés, mais des dispositions, goûts et des aptitudes qui font que les choix individuels gardent une part d’indétermination tout en étant sous influence culturelle. Bourdieu utilise d’ailleurs le terme d’agent plutôt qu’individu pour signifier que cet individu agit, mais également « qu’il est agi », que ses actions résultent de son habitus et de sa place dans la structure sociale.

Les travaux de P. Bourdieu (La distinction, 1979) mettent l’accent sur l’inégale distribution du capital culturel entre les groupes sociaux. Certains groupes sociaux détiennent des ressources culturelles importantes (bonne maîtrise de la langue, pratique courante de langues étrangères, connaissances générales…) alors que d’autres sont démunis face au langage, à la lecture, etc. Le capital culturel structure donc l’espace social. Il a donc une place essentielle dans la reproduction sociale, notamment les inégalités de réussite scolaire.

Dernière forme de capital détenu par les agents sociaux, le capital social peut être défini comme l’ensemble des réseaux de relations d’un individu et qu’il peut, dans certaines circonstances, mobiliser à son avantage. Le capital culturel et le capital social se combinent au capital économique pour définir la place que l’individu occupe dans l’espace social. Le capital social résulte largement des deux premiers et en favorise l’accumulation.

La sociologie américaine et en particulier les travaux de Robert Putman et James Coleman, donne au capital social une définition plus collective. Ces analyses font du capital social un indice de la cohésion d’un groupe, et non la propriété d’un individu, comme c’est le cas dans la sociologie de Bourdieu. Il se mesure donc par des données collectives telles que le taux de participation électorale, le niveau d’adhésion à des associations, etc. Cette approche, plutôt située dans le champ des sciences politiques, fait de la vitalité du capital social et donc des réseaux un indice de la vie démocratique. Cette approche du capital relationnel renvoie à l’analyse des réseaux sociaux.

3 questions à : (à venir)

Je propose de « rentabiliser » l’interview que suggère Vincent pour l’habitus. Elle s’articule bien ici aussi.

Voir le cours de Terminale : Comment est structurée la société française actuelle ?