Question 3. Quelles sont les analyses fondatrices de la structure sociale proposées par les sociologues ?

Synthèse

Melchior cours SES lycée bac grand oral

(BO)

Déroulé du chapitre :

Question 1. Quels sont les facteurs de structuration et de hiérarchisation de l'espace social ?

Question 2. Comment la structure socioprofessionnelle a-t-elle évolué depuis la seconde moitié du XXème siècle ?

Question 3. Quelles sont les analyses fondatrices de la structure sociale proposées par les sociologues ?

Question 4. Peut-on considérer que la société française actuelle est structurée en classes sociales ?

Malgré un mouvement généralisé vers l’égalisation des conditions (Tocqueville), les sociétés modernes n’ont pas abouti à la disparition des inégalités. Celles-ci se sont recomposées. La sociologie naissante s’est d’ailleurs largement nourrie de cet état de fait pour mettre en évidence que ces inégalités tendent à “faire système” et à dessiner une hiérarchisation de l’espace social. Deux auteurs sont particulièrement importants à ce titre : Karl Marx et Max Weber.

1) Karl Marx : une conception réaliste des classes sociales, caractérisées par leurs relations antagoniques

Les classes sociales ne sont pas dans la théorie marxiste des collections d’individus constituées à des fins d’analyse par le sociologue (comme des groupes de revenus par exemple) mais sont des groupes réels. Leur existence est avérée lorsque deux grands critères sont réunis.

En premier lieu, une classe sociale est définie par sa place dans les rapports de production. Les membres appartenant à une même classe sociale sont situés dans une position identique au sein des rapports de production (l’ensemble des relations sociales qui vont s’établir entre les hommes dans le cadre de l’activité de production). Tout d'abord, ils jouent un même type de rôle dans la production et la circulation des richesses (ils créent de la valeur ou n'en créent pas). Ensuite, ils disposent d'une part donnée dans la répartition des richesses (le salaire pour les travailleurs, la plus-value pour les capitalistes). C’est ce que les marxistes (car Karl Marx lui-même n’emploie pas l’expression) « classe en soi » : des individus partagent des caractéristiques matérielles « objectives » semblables.

En second lieu, la « classe en soi » doit être dotée d’une conscience de classe pour devenir une « classe pour soi », seule forme qui reçoive légitimement dans la théorie marxiste le nom de « classe sociale ». La conscience de classe possède une double-dimension : elle est à la fois un sentiment d’appartenance au groupe (les individus doivent avoir le sentiment d'appartenir à un groupe ayant des intérêts communs) et un sentiment de différence vis-à-vis des autres groupes. Cette conscience de classe leur permet de savoir de qui ils sont proches et contre qui ils doivent mener une lutte. L'absence de cet élément rend une classe incapable d'être dominante politiquement.

Pour Marx, chaque période historique est caractérisée par un mode de production spécifique, à savoir, une combinaison particulière entre des forces productives données (assimilables aujourd’hui aux « facteurs de production ») et des rapports de production (les relations sociales qui vont s’établir entre les hommes dans le cadre de l’activité de production). L’histoire est une succession de modes de production (l’esclavage, la féodalité, le capitalisme) caractérisés par l’opposition entre classes dominantes et classes dominées, jusqu’à ce que la lutte des classes amène à une transformation radicale de la société.

2) Max Weber : une analyse multidimensionnelle de la stratification sociale

Max Weber livre ses éléments d’analyse de la hiérarchisation sociale dans le premier tome d’Economie et société (1921).

A la différence de Karl Marx, qui adopte une conception réaliste des classes sociales, Weber opte pour un point de vue nominaliste. Ainsi, c’est au sociologue lui-même de bâtir ses propres outils d’analyse et de découpage du monde social, sans obligatoirement se soucier de la manière dont les individus eux-mêmes s’identifient.

De même, là où Karl Marx et les marxistes ne voient l’origine de la structure sociale que dans l’organisation des rapports de production, Weber identifie trois sphères d’activités sociales qui peuvent donner lieu à des hiérarchisations sociales qui ne se recoupent pas obligatoirement : l’ordre économique, l’ordre social et l’ordre politique. L’ordre économique est le mode selon lequel les ressources économiques sont distribuées dans une société donnée. Weber distingue, dans cet ordre, différentes “classes”, caractérisées par leur statut économique. L’ordre social est le mode selon lequel la “considération sociale” est distribuée. Weber distingue alors des “groupes de statut” qui rassemblent des individus caractérisés par un niveau de prestige social équivalent. Ce dernier dépend du “mode de vie”, du “type d’instruction” et du “prestige de la naissance ou du prestige de la profession”. Les « groupes de statut » interagissent avec les « classes sociales ». Ils peuvent se recouper (la position économique privilégiée pouvant aller de pair avec une forte considération sociale). Ils peuvent aussi diverger : une « classe sociale » peut être fractionnée en différents groupes de statut (idée qui va être reprise par Bourdieu par la suite). C’est l’exemple du nouveau riche et de l’aristocrate ruiné, dont les positions en termes de classes sociales et de groupes de statut ne sont pas congruentes.

Enfin, l’ordre politique est celui de la compétition pour le contrôle de l’Etat. Celle-ci est opérée par les « partis », qui sont des « associations qui ont pour but d’assurer le pouvoir à un groupe afin d’obtenir des avantages matériels et prestige pour ses membres ». Ils peuvent être constitués sur la base d’intérêts économiques ou de similitude des statuts sociaux, leur création peut également reposer sur d’autres fondements (religieux, ethniques…). Les « partis » peuvent prolonger les intérêts de classe (« partis de classe ») mais tous les « partis » n’en sont pas l’expression.

Pour Weber, les différents groupes sociaux dont il trace les frontières ne sont pas obligatoirement caractérisés par des relations antagoniques.

Notions

Egalité réelle, ou encore égalité des situations, qui se définit comme une répartition uniforme de ressources socialement valorisées entre les membres d’une société.
Théorie de la connaissance selon laquelle les concepts élaborés par les chercheurs existent dans la réalité.
Théorie de la connaissance selon laquelle les concepts élaborés par les chercheurs ne sont pas des reflets de la réalité, mais plutôt des outils servant à analyser les phénomènes sociaux.