Jour 6 : Les défaillances du marché

Niveau 1 : Réviser les bases

Exercice 1 :

Modéré

Reliez chaque exemple à la notion appropriée : 

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Corrigés :

  • Externalité positive → L’installation d’un apiculteur à côté d’un verger.
  • Externalité négative → Des algues vertes, conséquences de l'agriculture intensive, envahissent des plages et font fuir les touristes.
  • Bien commun → Les ressources halieutiques
  • Bien collectif → L’éclairage public
  • Aléa moral → Les patients sont incités à dépenser plus en soins et en médicaments lorsqu'ils sont gratuits ou quasi gratuits.
  • Sélection adverse → La qualité des voitures d’occasion est mal connue par les acheteurs, qui ne sont donc pas prêts à payer le prix du marché.

Exercice 2 : Plan d'aide à la culture

Modéré

Début mai, Emmanuel Macron a dévoilé un plan d’aide au secteur de la culture, qui a été très impacté par la crise sanitaire.

C’est l’occasion de revenir sur la manière dont la culture contribue à la richesse nationale.

Ecouter le podcast Comment la culture contribue-t-elle à la richesse nationale ? sur la chaîne SoundCloud de Melchior. 

Questions :

1) Quel est le poids économique de la culture dans le PIB français ?

2) Donnez des exemples d’externalités positives générées par le secteur de la culture.

3) Pourquoi y a-t-il défaillance du marché en ce qui concerne le secteur de la culture ?

4) Comment peut-on internaliser les externalités positives ?

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Corrigés :

1) Quel est le poids économique de la culture dans le PIB français ?

La culture représente 2.3% du PIB en 2017 en France.

Mais d’autres études ajoutent des activités indirectement culturelles, indissociables du secteur de la culture (ex : entreprises de construction spécialisées dans la rénovation du patrimoine). Dès lors, la culture représentait 3.2% du PIB en 2011.

Il y a aussi des effets induits dans d’autres secteurs de l’économie ; dès lors la culture représentait 5.8% du PIB en 2011.

2) Donnez des exemples d’externalités positives générées par le secteur de la culture.

Le secteur de la culture génère des effets dans d’autres secteurs de l’économie : par exemple, l’édition d’un livre favorise l’industrie de l’imprimerie. Des événements culturels au niveau local peuvent également favoriser les visites touristiques dans la région.

Plus globalement, la culture peut contribuer aux innovations car elle stimule la créativité. Elle renforce aussi le lien social et l’épanouissement personnel et collectif.

3) Pourquoi y a-t-il défaillance du marché en ce qui concerne le secteur de la culture ?

La situation économique obtenue en « laissant faire » le marché n’est pas la meilleure possible pour l'ensemble de la société. En effet, les bénéfices sont sous-estimés (les coûts sont sur-estimés), ce qui conduit à une sous-production des biens et services culturels (par rapport à la quantité socialement optimale).

4) Comment peut-on internaliser les externalités positives ?

Internaliser les externalités positives consiste à réintégrer dans les calculs des agents les bénéfices induits par ces externalités, ce qui incite à augmenter les quantités produites (ici, permettre à un plus grand nombre de personnes d’accéder aux biens et services culturels).

L’Etat peut accorder des subventions ou encore mettre en place des politiques de réglementation (exemple : la loi du prix unique du livre en France depuis 1981, qui permet l’égalité des citoyens devant les livres, vendus au même prix partout sur le territoire).

Exercice 2. Les vélos en free floating, un exemple de défaillance du marché dans la gestion des biens communs ?

Difficile

L’entreprise hongkongaise Gobee a annoncé, il y a quelques jours, l’arrêt de son service de vélos en free floating1 à Paris, après avoir déjà renoncé à Lille et à Reims. En clair : elle cesse ses activités en France, invoquant un taux trop élevé de dégradations et de vols pour un modèle économiquement soutenable. Plutôt que de chercher à expliquer ces phénomènes par un déficit de sens civique, il paraît plus intéressant de se tourner vers le concept de « tragédie des communs ». Ce qui est arrivé à la société Gobee pourrait révéler la difficulté à faire émerger des biens communs dans les espaces urbains tels qu’ils sont aujourd’hui gérés par la puissance publique ou investis par le marché.

Dans un célèbre article intitulé « La Tragédie des communs » paru en 1968, le chercheur Garrett Hardin s’efforce de démontrer que les ressources gérées en partage tendent fatalement à subir une surexploitation menaçant à terme leur existence. Il imagine pour cela un pâturage sur lequel des éleveurs de moutons pourraient amener des animaux sans restriction. Chaque éleveur ayant toujours intérêt individuellement à rajouter un mouton afin d’en tirer plus de bénéfices, Hardin estime que le champ finira nécessairement par recevoir un nombre trop important de bêtes, jusqu’à ce que la ressource finisse par être détruite.

Pour conjurer ce risque de ruine, Hardin estime qu’il est nécessaire d’appliquer systématiquement des droits de propriété, avec deux modalités : soit la « privatisation » des ressources par l’application de droits de propriété privée pour que le marché les prenne en charge ; soit leur nationalisation par le biais de droits de propriété publique, afin que l’État puisse appliquer une réglementation. Ce cadre d’analyse peut être appliqué au modèle des vélos en free floating.

Bien que soumis à des droits de propriété privée détenus par des entreprises comme Gobee, les vélos en libre-service se rapprochent sensiblement de ressources en libre accès, telles que les décrivait Garrett Hardin dans son article. Dès lors les individus sont fortement incités, par le modèle même de mise à disposition, à maximiser leurs bénéfices immédiats en extériorisant les coûts, avec à la clé des dégradations.


Source : « Les vélos en libre-service, une double « tragédie des communs », Lionel Maurel, The Conversation, 5 mars 2018

Questions : 

1) Qu'appelle-t-on la tragédie des « biens communs » ?

2) Pourquoi, selon l'auteur, les vélos en  free floating  sont-ils victimes de cette « tragédie des biens communs » et comment se manifeste-t-elle?

3) Comment les pouvoirs publics peuvent-ils intervenir pour surmonter le problème selon Garett Hardin ?

1A la différence des Vélib’ parisiens, les vélos en free floating n’ont pas à être raccrochés à une station fixe et leurs utilisateurs sont libres de les laisser où ils le souhaitent une fois leur trajet terminé. Cette souplesse dans l’utilisation constitue a priori un avantage, mais elle comporte aussi des aspects négatifs.

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Corrigés : 

1) La « tragédie des biens communs » est une théorie développée par Garett Hardin dans un article de 1968 qui montre que les agents économiques sont incités à surexploiter les ressources communes (non excluables mais rivales) ce qui peut entraîner à terme leur extinction. En effet, la maximisation de leur intérêt privé les amène à une surconsommation ou à des dégradations sur les biens communs. C'est le cas pour les poissons pêchés en haute mer par exemple.

2) Les vélos en free floating, peuvent être considérés pour l'auteur comme des biens communs car ils répondent aux deux caractéristiques de rivalité (un vélo en cours d'utilisation ne peut être emprunté par un autre) et de non exclusion car leurs utilisateurs sont libres de les déposer où ils veulent après usage. La « tragédie des biens communs » s'exprime ici par un encombrement de l'espace public, certains utilisateurs déposant leur vélo n'importe où après utilisation, en gênant les piétons par exemple sur les trottoirs, et par des dégradations qui peuvent rapidement les rendre inutilisables. Le même processus s'applique au trotinettes électriques disponibles dans certaines villes comme à Marseille, où elles finissent nombreuses au fond de la mer !

3) Selon Garett Hardin, les pouvoirs publics peuvent de manière générale nationaliser la ressource commune dans le but de réglementer son utilisation, ou alors la privatiser pour qu'elle soit gérée par des propriétaires qui auraient alors tout intérêt à en prendre soin. Mais ces solutions ne semblent pas convenir pour ces « vélos partagés ».

Une autre voie peut être envisagée à partir des travaux d'Elinor Ostrom, Prix Nobel d'économie en 2009 : entre la gestion privée par le marché et la gestion publique, il existe un mode de gouvernance alternatif pour les ressources partagées, la gestion collective par des communautés d'utilisateurs. Associer les utilisateurs à la gestion locale des services de vélos partagés en leur donnant un cadre pour organiser les règles d'utilisation de ces vélos pourrait peut-être être une solution...

Niveau 2 : Aller plus loin pour briller en Terminale

Exercice : les enjeux du changement climatique

Difficile

Ecouter le podcast Les enjeux du changement climatique (Melchior, 2020)

Questions :

1) Que prévoit l’accord de Paris ?

2) D’après le podcast, en quoi peut-on dire que l’action pour la préservation de l’environnement articule différentes échelles (locale, nationale, mondiale) ?

3) Pourquoi le changement climatique représente un défi social et solidaire ?

Lire l'extrait de 2 économistes face aux enjeux climatiques (Melchior, 2020) : 

[...] La question que se posent alors les économistes est la suivante : comment modifier le système de prix de façon qu’il reflète mieux le coût de l’utilisation intensive du carbone de nos sociétés afin d’en réduire la production ? Ainsi, les politiques d’ « atténuation » ont pour vocation d’agir ex ante de l’émission de GES contrairement aux politiques d’ « adaptation » qui agissent ex post. Une bonne politique doit être guidée par un triple objectif : efficacité (limiter les émissions de GES sous un certain niveau), efficiente (limiter les coûts compte tenu de l’objectif) et équitable (considérée comme juste compte tenu de critères définis et partagés). Ces critères permettent d’arbitrer entre 3 solutions : la réglementation (l’Etat édicte des normes, des interdictions), la taxation des émissions de carbone, et la création d’un marché de droits.

[...] Selon A.C.Pigou, un taux de taxe optimal permet de refléter exactement la valeur des conséquences de l’émission de GES et conduit les agents à « internaliser » parfaitement le coût des externalités qu’ils engendrent. La solution, inspirée par R.Coase, consiste à attribuer des quotas d’émission (autorisation de rejeter une quantité donnée) et à créer des marchés où ceux-ci peuvent s’échanger.

[...] Alors que Roger Guesnerie met en avant sa préférence pour la taxe compte tenu de son caractère plus prévisible et propose de taxer le carbone en amont lors de son extraction ou de de l’importation, Nick Stern pense que l’important est plutôt de mettre l’accent sur la limitation des quantités et que sur le plan politique la création d’un marché suscite moins de réticences que la taxation de la part des chefs d’entreprises.

Quel que soit l’outil choisi, son efficacité dépend des conditions de sa mise en place. Le protocole de Kyoto est un exemple de mise en place de politique de contrôle des quantités. Signé en 1997 et entré en vigueur en 2005, il fixait à une trentaine de pays parmi les plus industrialisés de réduire de 5.2% leurs émissions globales de GES entre 1990 et la période 2008-2012. Bien que séduisant sur le principe, ce fut un échec en raison du refus des Etats-Unis de le ratifier et du choix de la Russie de le faire. Ainsi, conformément à la loi de l’offre et de la demande, l’absence du plus gros demandeur de permis et la présence du plus gros offreur a engendré un surplus de droits sur le marché global et le montant des transactions est resté très limité. La taxe peut aussi être à l’origine du « paradoxe vert » : elle peut, dans certaines conditions, être à l’origine d’une baisse du prix final et donc augmenter la demande de carbone. Par exemple, une taxe appliquée sur les énergies fossiles par certains pays aurait pour conséquence de transférer une partie de la demande vers les pays qui ne les taxent pas et engendrer au final un surplus de demande de carbone au niveau mondial.

4) A l’aide du texte et du podcast, complétez le tableau suivant :

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Corrigés :

1) Que prévoit l’accord de Paris ?

L’accord de Paris signé (signé en 2016) prévoit de contenir d’ici 2100 le réchauffement climatique en-dessous de 2°C par rapport au niveau pré-industriel (1850-1900).

2) D’après le podcast, en quoi peut-on dire que l’action pour la préservation de l’environnement articule différentes échelles (locale, nationale, mondiale) ?

Locale : avoir une consommation plus responsable (exemple : ne pas consommer des fraises en hiver), favoriser les circuits courts

Nationale : les pouvoirs publics à l’échelle d’un pays peuvent mettre en place certaines mesures pour préserver l’environnement, comme des taxes par exemple (exemple : taxe carbone en France).

Mondiale : la coopération nationale est nécessaire pour atteindre la cible établie par l’accord de Paris (chaque pays devant chercher à diminuer ses émissions de gaz à effet de serre), et pour mener la transition vers une économie bas carbone, et ce à l’échelle globale.

3) Pourquoi le changement climatique représente un défi social et solidaire ?

Le changement climatique impacte plus fortement les pays les plus pauvres, alors que les pays les plus riches contribuent le plus fortement au changement climatique. Les économies émergentes y contribuent moins mais vont en subir davantage les conséquences.

4) A l’aide du texte et du podcast, complétez le tableau suivant :

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