Document 3. Oligopole et dilemme du prisonnier

Facile

Quatre producteurs de produits lessives se sont secrètement mis d'accord pendant six ans sur leurs prix et leurs promotions en France sur la période 1997 - 2004. Nous allons nous appuyer sur la théorie des jeux et le dilemme du prisonnier pour étudier le raisonnement de ces firmes qui ont réalisé une entente sur un marché oligopolistique.

Pour simplifier notre analyse, nous ne prendrons que deux firmes : Unilever et Henkel en considérant qu’elles ont conclu un accord sur le prix de vente de leur lessive haut gamme (alignement des prix de la lessive Skip et Le Chat). Voici les différentes situations possibles :

Si les deux maintiennent les prix élevés, elle réalise chacun 5 milliards de gains supplémentaires. Si une seule des deux baisse les prix, elle s’approprie tous les clients de l’autre et empoche le pactole en réalisant un gain de 6 milliards. Enfin, si les deux baissent leurs prix, elles se livrent une guerre des prix qui les pénalise toutes les deux, et gagnent chacune 1 milliard. Les firmes ne communiquent pas entre elles.

Questions :

1. Compléter dans le tableau ci-dessus les gains possibles pour Unilever et Henkel selon les cas.

2. Montrer que pour maximiser leurs gains mutuels les firmes devraient s’entendre sur les prix.

3. Vont-elles néanmoins opter pour la coopération ?

4. A votre avis, que décidera Unilever qui ne se soucie que de son propre profit ? En faisant l’hypothèse qu’aucune communication n’est possible avec Unilever et que Henkel est elle aussi une entreprise qui cherche à maximiser ses propres gains, formulez le raisonnement logique d’Unilever.

5. De son côté, que va faire Henkel, si on considère les mêmes hypothèses ?

6. Analyser le résultat obtenu.

7. Si on admet que le jeu est répété et que la communication est possible, quel sera l’effet de menaces de rétorsion de la part d’Henkel (menace d’une guerre des prix en cas d’accord non respecté) sur le comportement de son concurrent ?

6. La répétition du jeu et les menaces évitent-elles que le jeu soit un dilemme du prisonnier ?

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1. Compléter dans le tableau ci-dessus les gains possibles pour Unilever et Henkel selon les cas.

Réponse 

2. Montrer que pour maximiser leurs gains mutuels les firmes devraient s’entendre sur les prix.

Réponse : Maintenir l’entente sur les prix permet aux deux firmes d’éviter la guerre des prix et de réaliser toutes les deux 5 milliards de gains, soit un gain total de 10 milliards, tandis que la guerre des prix ne permettrait qu’un gain de 1 milliard chacune, soit un gain total de 2 milliards.

3. Vont-elles néanmoins opter pour la coopération ?

Réponse : Chacune des firmes peut être tentée de ne pas respecter l’accord en espérant que l’autre la respecte afin de réaliser un gain de 7 milliards en captant la clientèle de l’autre.

4. A votre avis, que décidera Unilever qui ne se soucie que de son propre profit ? En faisant l’hypothèse qu’aucune communication n’est possible avec Unilever et que Henkel est elle aussi une entreprise qui cherche à maximiser ses propres gains, formulez le raisonnement logique d’Unilever.

Réponse : Je ne sais pas ce que Henkel va faire. Si Henkel respecte l’accord, le mieux qu’Unilever a à faire, c’est ne pas respecter l’accord sur les prix. Elle réalisera un gain de 7 milliards libérés. Si Henkel ne respecte pas l’accord, le mieux qu’elle a à faire, c’est de ne pas le respecter non plus et elle réalisera un gain d’un milliard comme elle au lieu de ne rien gagner du tout.  Quoi que Henkel fasse, il vaut mieux que ne pas respecter l’accord. C’est la stratégie dominante pour Unilever.

5. De son côté, que va faire Henkel, si on considère les mêmes hypothèses ?

Réponse : Henkel est exactement confronté aux mêmes choix que Unilever et raisonne de la même manière. Ne pas respecter l’accord est une stratégie dominante pour Henkel également.