Cours

Cours de Première ES : 6. Les Processus de socialisation et de la construction des identités sociales

Question 7. Quels sont les processus qui conduisent à la déviance ?

Découverte

Document 1

Avec les grandes soirées dansantes, les jeunes (issus de la haute bourgeoisie) vont pouvoir être lâchés dans le monde, le grand monde. Ces soirées peuvent rassembler de cent, ce qui est vraiment un minimum, à mille deux cent invités (…).

Le smoking y est toujours noir, se porte nécessairement avec une chemise à col cassé et toujours avec un nœud papillon. (…) Malheur à celui qui se distinguera sans faire preuve de distinction, c'est-à-dire par maladresse ou ignorance, ce qu’a bien remarqué Cyril Balatier, invité avec quelques autres condisciples par une amie de classe, organisatrice d’une soirée. »Il y avait des garçons qui, visiblement, n’étaient pas à leur place. Un camarade de classe était arrivé en veste, cravate et pantalon en velours. Là vraiment, il se sentait très mal.»(…) Au-delà d’une faute de goût d’une tenue inadéquate, c’est toute la distance sociale qui s’exprimait dans cette distance vestimentaire. (…)De tels écarts à la norme, d‘ailleurs vécus péniblement, sont des révélateurs sans pitié d’une éducation impropre et d’un milieu social douteux.

Source : Michel Pinçon, Monique Pinçon-Charlot, Dans les beaux quartiers , Editions du Seuil, Collection « L’épreuve des faits », 1989.

 

1) Quelle est la norme vestimentaire dans les rallyes ?

2) De quel groupe social cette norme est-elle le reflet ? 

3) Peut-on dire que porter un pantalon de velours et une cravate est le reflet d’un comportement déviant dans ce type de soirée ? 

4) Les porter dans d’autres circonstances peut-il être considéré comme « normal » ? 

5) Comment peut-on alors définir la déviance ?

Document 2

La délinquance est constituée par l’ensemble des transgressions aux normes définies par le droit et poursuivies par les agences publiques de contrôle social. Cette définition ouvre immédiatement des problèmes.

Le premier est que le droit évolue en permanence: certains comportements cessent d’être incriminés tandis que d’autres le deviennent. Ce dernier processus (l’incrimination) étant de très loin le plus fréquent et le plus constant, la délinquance ne cesse par définition d’augmenter potentiellement.

Le second problème tient à l’effectivité des poursuites. Une transgression non poursuivie par les agences publiques de contrôle social, qu’elle soit connue ou inconnue de ces agences, ne constitue pas une délinquance. Tout au plus s’agit-il d’une déviance (...).

Source: Laurent Mucchielli, Véronique Le Goaziou, « Le miroir des inquiétudes contemporaines » , laurent.mucchielli.free.fr.

 

6) Comment l’auteur définit-il la délinquance ? 

7) En quoi constitue-t-elle une forme de déviance ?

8) Montrez que certains comportements peuvent être qualifiés de déviants à certains moments et de normaux dans d’autres.

Document 3 -

Le concubinage résulte aussi de l'obstacle que dressent les autorités au mariage de certaines couches sociales ( Empêchements au mariage ). La mise en ménage sans intention matrimoniale de deux personnes non mariées est réprimée dès le XVème siècle, puis sévèrement condamnée par toutes les législations de Suisse jusqu'au XIXème siècle. Néanmoins, il subsiste, en pays protestant, une forme de concubinage liée à des pratiques populaires qui résultent du rôle des fiançailles . Du fait de la rigueur du contrôle social et de la répression que le concubinage entraînait en Suisse, il n'a jamais eu, durant le XIXème siècle et jusqu'au milieu du XXème siècle, une importance comparable à celle qu'il avait dans les couches populaires ouvrières des pays voisins. Des législations plus ou moins répressives existent encore dans quatorze cantons (alémaniques et Valais) au milieu des années 1970 et dans six cantons dans les années 1980 (elles ne sont toutefois plus appliquées); la dernière sera abrogée en 1996 (Valais). Dès les années 1960, la cohabitation non-maritale devient de plus en plus fréquente. Actuellement, la première mise en ménage avec un(e) partenaire est plus de deux fois plus fréquente pour les personnes nées entre 1960 et 1964 que pour celles nées entre 1945 et 1949, la conception d'un premier enfant signifiant souvent le mariage des concubins.

Source : www .hls-dhs-dss.ch/

 

9) Comment peut-on définir le concubinage ? 

10) Peut-on dire que le concubinage était un comportement déviant en Suisse à un moment donné de son histoire ? 

11) Pourquoi ne l’est-il plus ?

 

 

Document 4 -

 

Source : www.insee.fr

 

12) Construisez une phrase avec la donnée relative à l’année 2011.

13) Comment la part des naissances hors mariage a-t-elle évolué ?

14) Quelle était la norme en termes de naissances en 1994 ? En 2011 ?

 
 
Document 5 -

La déviance […] est toujours le résultat des initiatives d’autrui. Avant qu’un acte quelconque puisse être considéré comme déviant et qu’une catégorie quelconque d’individus puisse être étiquetée et traitée comme étrangère à la collectivité pour avoir commis cet acte, il faut que quelqu’un ait instauré la norme qui définit l’acte comme déviant. […] Le dommage doit être découvert et signalé. Il faut que la population ait été persuadée que quelque chose doit être fait à ce sujet. […]Une fois que la norme existe, il faut qu’elle soit appliquée […] Il faut découvrir des délinquants, les identifier, les appréhender et prouver leur culpabilité (ou bien remarquer qu’ils sont différents et les stigmatiser pour cette non-conformité).

Source: Howard S.Becker, Outsiders, Métailié, 1963, réédition 1985.

 

15) Recensez les différentes conditions à remplir pour qualifier un acte de déviant.

16) Peut-on dire que la déviance est la conséquence d’interactions sociales ?

Document 6 - L’utilisation du revenu disponible en France

Le fait central en matière de déviance est que celle-ci est créée par la société. Je ne veux pas dire par là, selon le sens habituellement donné à cette formule, que les causes de la déviance se trouveraient dans la situation sociale du déviant ou dans les « facteurs sociaux » qui sont à l’origine de son action. Ce que je veux dire c’est que les groupes sociaux créent de la déviance en instituant des normes dont la transgression constitue la déviance, en appliquant ces normes à certains individus et en les étiquetant comme des déviants. De ce point de vue, la déviance n’est pas une qualité de l’acte commis mais une conséquence de l’application par les autres de normes et de sanctions à un « transgresseur ». Le déviant est celui auquel cette étiquette a été appliquée avec succès, et le comportement déviant est celui auquel la collectivité attache cette étiquette.  

Source: Howard S.Becker, Outsiders, Métailié, 1963, réédition 1985. 

 

17) Expliquez la phrase soulignée

Document 7 -

Non seulement ces adolescents de banlieue sont victimes du chômage, de l’échec scolaire et d’une certaine pauvreté, mais ils sont aussi soumis à tout un ensemble de stéréotypes négatifs attachés à la mauvaise réputation du quartier dans lequel ils vivent, au racisme, aux anticipations policières… Pour une grande part, ils intériorisent ces rôles de victimes et de « loubards », ils adhèrent aux catégories qui les excluent. Ils sont « aliénés », dans ce sens où ils se perçoivent comme les responsables de leur propre malheur et se comportent comme les victimes d’un destin écrasant.

Source : F. Dubet, « Sociologie de l’expérience », Editions du seuil, 1994.

 

18) Quelle est l’étiquette donnée aux adolescents étudiés dans le texte ? 

19) Qui attribue cette étiquette ? 

20) Expliquez la phrase soulignée.

Document 8 -

La division du travail social s’accompagne pour Durkheim d’une progression de l’individualisme puisque la conscience collective qui unissait les membres des sociétés laisse progressivement la place à la diversité des consciences individuelles. Le défaut de régulation sociale qui caractérise les sociétés en mutation a pour principal effet d’altérer sa cohésion : c’est ce que Durkheim met en évidence à travers le concept d’anomie. Absence de lois au sens étymologique, l’anomie signifie chez Durkheim l’affaiblissement de l’emprise des normes sociales sur les conduites individuelles. Il parle ainsi de suicide anomique pour caractériser la progression des suicides liés au dérèglement de la vie sociale : avec la disparition des régulations traditionnelles, les individus se trouvent dans une situation où leurs désirs ne sont plus limités par la société. Ils perdent alors leurs repères sociaux, d’où le développement de comportements témoignant de la désorganisation sociale tels que le suicide, le crime.

Source : P. Riutort, Premières leçons de sociologie, PUF, 2010.

 

21) Comment peut-définir l’anomie ?

22) Comment la déviance est-elle expliquée ? 

23) Donnez un exemple d’anomie familiale.

Document 9 -

Au cours du processus d’immigration (migrants polonais à Chicago au début du vingtième siècle), l’individu n’est plus fondu au sein de la famille élargie, il prend de l’importance pour lui-même et la famille se rétrécit, tendant à se rapprocher de la conception de la famille moderne contemporaine. Un des symptômes de cette évolution se trouve dans le nouveau rapport de l’individu au mariage. Tandis que, dans la société paysanne polonaise traditionnelle, la norme du mariage n’est pas l’amour mais le « respect », la nouvelle famille polonaise en Amérique est fondée sur l’amour. Ce changement culturel est la marque, selon Thomas et Zaniecki, d’une forme supérieure d’individualisation, qui va préfigurer la capacité d’assimilation de l’individu à la société américaine.

Le concept de désorganisation sociale (qui correspond à un déclin de l’influence des règles sociales sur l’individu) permet de comprendre comment, dans certaines circonstances, les règles sociales semblent perdre de leur efficacité. Comme la notion d’anomie chez Durkheim, l’état de désorganisation sociale est provisoire, il précède une période de réorganisation.

La désorganisation familiale va entraîner la paupérisation et la délinquance juvénile. Mais selon les auteurs, le groupe immigrant, pour faire face à cette désorganisation, va réorganiser ses attitudes.

Source : Alain Coulon, L’école de Chicago, PUF, Collection « Que sais-je ? », 2002.

 

24) Quel était le modèle de la famille traditionnelle polonaise ? 

25) Ce modèle est-il le même que celui véhiculé par la société américaine au début du vingtième siècle ? 

26) Comment les auteurs expliquent-ils la perte d’efficacité des normes sociales ? 

27) Quelles peuvent être alors les conséquences la perte d’influence des règles sociales ?

Document 10 -

Dans les années 1980, le  monde populaire contraint de vivre dans les HLM était emporté par ce que les sociologues de l’école de Chicago qualifiaient de désorganisation sociale : les liens communautaires se distendent, le contrôle social faiblit et se resserre sur de petits groupes, les zones urbaines se détachent de la ville, les cultures des migrants sont déstabilisées ; bref, c’est l’anomie urbaine.

A écouter les uns et les autres, il semblerait que si les familles, notamment les familles immigrées, tenaient encore la barre de l’éducation, celle-ci leur échappait dès que les jeunes quittaient l’appartement familial pour la rue. En fait ces jeunes ressemblaient souvent aux vagues de migrants décrites par les sociologues de Chicago : un pied dans la tradition, l’autre dans la modernité, un pied dans la famille, l’autre dans la rue.

Source : F. Dubet, L’Expérience sociologique, Editions La découverte, 2007.

 

28) Quelles sont les caractéristiques de l’anomie urbaine selon F. Dubet ? 

29) Selon l’analyse inspirée par l’école de Chicago, quelles pourraient être les conséquences de cette anomie sur les comportements des jeunes vivants dans ces quartiers ? 

30) La déviance peut-elle alors s’expliquer par l’anomie ?

Document 11 -

La grande importance que la civilisation accorde au succès invite les individus à utiliser des moyens interdits mais souvent efficaces pour arriver ne serait-ce qu’à un simulacre de réussite : richesse et pouvoir. Cette réaction a lieu lorsque l’individu a accepté le but prescrit mais n’a pas fait siennes les normes sociales et les procédures coutumières. L’individu tendu vers un but est prêt à prendre des risques, qu’elle que soit la position dans la société ; mais on peut se demander dans quels cas la structure sociale, par sa nature même, prédispose les individus à adopter un comportement déviant. Chez les individus d’un niveau économique élevé, il n’est pas rare que la pression en faveur de l’innovation rende imprécise la distinction entre pratiques régulières et irrégulières.

Source : Robert K. Merton, Éléments de théorie et de méthode sociologique », Plon, Collection recherches en sciences humaines, 1953.

 

31) Expliquez la phrase soulignée

Approfondissement

Approfondissement

La déviance peut être perçue comme une transgression des normes

Toute société produit des normes qui vont permettre de faire en sorte que les individus puissent y vivre. Ces mêmes normes jouent le rôle de régulateur des comportements. Les normes sont inculquées et intériorisées lors du processus de socialisation dans la période de l’enfance (socialisation primaire) ou à l’âge adulte (socialisation secondaire). Le contrôle social contribue à les faire respecter. Toutefois, le respect total des normes établies n’existe pas. Il existe des comportements en dehors de ces normes que l’on peut qualifier de déviants. Par conséquent, la déviance peut être définie comme le non respect des normes. Ces dernières peuvent être juridiques (ex : normes inscrites dans la loi) ou sociales (ex : les coutumes, les mœurs). Ces comportements hors-normes font donc l’objet de sanctions. Les sanctions peuvent être encadrées par la loi dans le cas de la délinquance (ex : peine privative de liberté, dommages et intérêts, etc.). Elles peuvent être prises en dehors de la loi dans le cas de sanctions sociales (ex : exclusion d’un individu par le groupe auquel il appartient). La transgression à une norme peut être alors qualifiée de déviance primaire.

Les normes sociales varient d’une société à l’autre, d’une époque à l’autre. La perception du concubinage a fortement évolué en France. D’un comportement en dehors de la norme au dix neuvième siècle et considéré comme tel, il est devenu la norme aujourd’hui. On pourrait aussi prendre appui sur l’évolution du nombre de naissances hors mariage. De même, certains groupes sociaux édictent des normes qui leur sont spécifiques. Avoir un comportement précis peut être qualifié de normal ou non en fonction du groupe dans lequel il est étudié (ex : le port du costume en velours et de la cravate dans la haute bourgeoisie). Par conséquent, les comportements considérés comme déviants vont varier d’une époque à une autre et d’une société à l’autre. 

La déviance peut être appréhendée comme le produit d’un étiquetage

La déviance peut aussi apparaître comme le résultat d’un étiquetage selon Howard Saul Becker. Il ne s’agit donc pas de considérer la déviance comme un défaut de socialisation ou de contrôle social. Un acte ou un comportement qualifié de déviant doit être identifié comme tel par d’autres acteurs.

Une fois l’acte identifié, il faut que ceux qui l’ont identifié trouvent un intérêt à mettre en œuvre une sanction et donc à étiqueter celui qui a eu un comportement déviant. En revanche, ceux qui ont eu des comportements déviants et qui n’ont pas été repérés ne seront pas sanctionnés.

La stigmatisation ou l’étiquetage peut alors avoir pour effet que les individus intériorisent cette étiquette ou mènent une carrière de déviant. L’individu ou le groupe qui est stigmatisé se caractérise par un statut dévalorisé aux yeux des autres.

La déviance secondaire représente alors l’étiquette apposée par les membres de la société à l’encontre d’un individu qu’ils considèrent comme déviant ; cette étiquette peut le conduire à intérioriser sont statut et son rôle de déviant (ex : les jeunes des quartiers HLM étudiés par François Dubet).

La déviance perçue comme le produit de l’anomie L’anomie selon Robert King Merton résulte de la discordance entre les buts culturels proposés par une société à ses membres et les moyens légitimes dont ils disposent pour y parvenir. Par exemple, la réussite personnelle d’un individu peut résulter de moyens non légitimes. Dans ce cas précis, on peut dire qu’il innove.

Pour Emile Durkheim, l’anomie représente une situation dans laquelle les individus ne sont plus guidés par des normes qui sont produites par la société. Cela peut se produire en cas d’exclusion sociale ou de montée excessive de l’individualisme. Cette situation anomique peut conduire à la déviance, les individus ne disposant plus de repères. On peut s’appuyer sur l’exemple des migrants polonais au début du vingtième siècle aux Etats-Unis ou sur celui des jeunes vivants dans les HLM étudié par François Dubet pour illustrer cette hypothèse. Dans le premier cas, les migrants empreints de coutumes traditionnelles quant au mariage sont confrontés à celles pratiquées par la société américaine : la norme du mariage traditionnel s’inscrivant dans le cadre du respect s’opposant à la norme du mariage d’amour. Dans le second cas, les jeunes sont confrontés aux valeurs et normes véhiculées par leur famille dans les HLM et à celles véhiculées par la rue.

À lire

Sites

http://defenseurdesdroits.fr/
http://www.touteleurope.eu/

 

Livres et articles

Emile Durkheim, Le suicide, PUF (1897), 2 ème édition, 1967.

Howard Saul Becker, Outsiders, Editions Métaillé, 1985.

Erving Goffman, Stigmate. Les usages sociaux des handicaps, Editions de Minuit, 1975.

Robert King Merton, Éléments de théorie et méthode sociologique, Plon, Collection Recherches en sciences humaines, 1953.

Laurent Mucchielli, La déviance, entre normes, transgression et stigmatisation, Sciences humaines, n°99, novembre 1999.

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