Question 3. Les différentes conceptions de la justice sociale

Sommaire

La mise en place de politiques en faveur d’une plus grande justice sociale suppose, au préalable, de définir clairement ce qui est accepté par tous comme une répartition « juste » des richesses dans la société. Le principe d’égalité est au fondement de toutes les conceptions de la justice sociale ; mais ce principe recouvre plusieurs dimensions parfois contradictoires. La question est donc de savoir quelles inégalités sont acceptées et jugées acceptables par les différentes conceptions de la justice sociale.

1. Les différentes formes d’égalité et les principes qui les fondent

L’égalité désigne l’équivalence, ou du moins la similitude, des ressources possédées, des statuts occupés, ou des conditions possibles, entre individus ou groupes sociaux. Cette définition, très large, englobe plusieurs dimensions possibles du concept d’égalité, en fonction des objectifs recherchés.

1.1. Le principe d’égalité, au fondement des sociétés démocratiques : égalité des droits, égalité des chances et égalité des positions

L’égalité des droits est l’un des fondements des régimes politiques démocratiques. L’égalité des droits n’est jamais entièrement acquise et il s’agit d’un principe de justice qui guide, encore aujourd’hui, les choix opérés en matière de politiques sociales. (document 1).

Pour Alexis de Tocqueville (1805-1859), les sociétés démocratiques se caractérisent par l’existence d’une égalité des positions. Contrairement à ce qui prévaut dans les sociétés aristocratiques de l’Ancien régime, dans les sociétés démocratiques, les valets peuvent devenir maîtres, et les maîtres peuvent devenir valets. L’égalité des positions n’est possible que si les individus ont les mêmes possibilités que quiconque d’accéder à n’importe quelle position sociale : Alexis de Tocqueville théorise ainsi ce que l’on appelle l’égalité des chances (document 2).

1.2. Le principe d’égalité dans les sociétés contemporaines : entre égalité des chances et égalité des situations 

L’égalité des situations et l’égalité des chances sont deux modèles d’égalité distincts qui portent deux conceptions opposées de la justice sociale. L’égalité des situations a pour objectif le rapprochement des conditions économiques et sociales entre individus. Les politiques de justice sociale peuvent aussi s’attacher à « donner à tous les individus les mêmes chances de s’élever dans la société et de réaliser leurs ambitions et leurs projets » : il s’agit d’un objectif d’égalité des chances. Les politiques se concentrent alors sur la lutte contre les discriminations, car ces dernières empêchent les individus issus des minorités d’être récompensés pour les efforts individuels fournis. (document 3). Si l’on s’intéresse à la manière dont les individus définissent aujourd’hui le juste ou l’injuste, il ressort des enquêtes que les Français adhèrent à des critères de justice multiples, hiérarchisés selon l’ordre suivant : la satisfaction des besoins de base pour tous, la reconnaissance du mérite de chacun, et la réduction des inégalités économiques. L’égalité des chances est considérée comme prioritaire sur l’égalité des situations ; les individus considèrent que chacun doit être rémunéré selon son mérite. Pour cela, il convient de corriger les inégalités que subissent des personnes ou des groupes défavorisés : il s’agit du principe d’équité. (document 4).

2. Qu’est-ce qui est considéré comme juste par les différentes conceptions de la justice sociale ?

La justice sociale est une construction morale et politique, ce qui signifie que les membres d’une société s’accordent sur certains principes de justice, acceptés par tous et qui orientent l’action politique. Il existe plusieurs conceptions de la justice sociale, qui diffèrent notamment selon le degré d’inégalités qu’elles jugent acceptables :

2.1. L’utilitarisme et le libertarisme considèrent que les inégalités de situations sont acceptables

L’utilitarisme est une conception de la justice sociale issue d’une doctrine philosophique, fondée par Jeremy Bentham (1748-1832) et qui s’est développée à la fin du XVIIIème siècle. Cette doctrine propose un modèle de justice sociale où le choix le plus juste est celui qui maximise la somme des bonheurs individuels de la société. Or, pour un même niveau de bien-être, plusieurs distributions sont possibles : dans l’absolu, le bien-être collectif peut atteindre son niveau maximal, tout en ne procurant du bien-être qu’à un seul individu. Les inégalités économiques et sociales sont donc acceptées par les utilitaristes (document 5). Pour de toutes autres raisons, le courant du libertarisme justifie également l’existence d’inégalités de situations entre les individus. Selon Robert Nozick, il est impossible de demander à un individu de supporter un quelconque coût au prétexte d’apporter un bénéfice à d’autres individus, car cela constitue une atteinte à ses libertés individuelles et au droit de propriété privée (document 6). Le libertarisme considère également que l’égalité des chances constitue une atteinte à l’égalité devant la loi.

2.2. L’égalitarisme libéral tente de concilier égalité des chances et égalité des situations

L’égalitarisme libéral est une doctrine développée par John Rawls (1921-2002), dans l’ouvrage Théorie de la justice sociale (1971), afin d’essayer deux concilier deux des principes des sociétés démocratiques souvent considérés comme incompatibles : la liberté et l’égalité. La conception de l’égalitarisme libéral repose sur deux principes fondamentaux : le « principe de liberté », selon lequel les libertés individuelles de tous les individus doivent être garanties ; le « principe de différence », selon lequel certaines inégalités socio-économiques peuvent être tolérées dans une société juste, à condition que ces inégalités puissent permettre d’améliorer le sort des plus démunis, et à condition que l’égalité des chances soit respectée. (document 7).

2.3. L’égalitarisme strict considère que les inégalités sont fondamentalement injustes

Cette conception de la justice sociale implique une égalité des résultats et des traitements entre les individus. L’égalitarisme prône le rapprochement des situations socio-économiques des individus dans la société ; en ce sens, il s’agit d’une conception de la justice sociale qui met l’accent sur l’égalité des situations pour guider les décisions politiques. L’égalitarisme strict considère que l’égalité des droits n’est que formelle et que, appliquée à un système inégalitaire, elle permet de légitimer et reproduire les inégalités déjà en place (document 8). Il faut donc chercher à atteindre une égalité des situations, seule forme d’égalité qui permet réellement l’existence d’une société juste. L’égalité des situations permet en effet d’améliorer la cohésion sociale et la solidarité. Elle permet également de renforcer l’égalité des chances, en resserrant la hiérarchie des positions sociales (document 9).

Document 1 : La longue marche vers l’égalité des droits : l’exemple du mariage

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Questions :

1. Relevez quelles lois cherchent à donner aux épouses les mêmes droits qu’à leurs époux.

2. Relevez quelles lois permettent de donner aux parents et aux enfants des droits égaux.

3. Relevez quelles lois permettent de donner aux couples hétérosexuels et homosexuels des droits égaux.

4. Expliquez à l’aide d’exemples pourquoi l’égalité des droits concernant le mariage ne suffit pas à instaurer une égalité « réelle » (ou égalité des situations).

Document 2 : L’égalité des conditions et la « passion pour l’égalité »

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Pourquoi les peuples démocratiques montrent un amour plus

                     ardent et plus durable pour l’égalité que pour la liberté

La première et la plus vive des passions que l’égalité des conditions fait naître, je n’ai pas besoin de le dire, c’est l’amour de cette même égalité. […]

Chacun a remarqué que, de notre temps, et spécialement en France, cette passion de l’égalité prenait chaque jour une place plus grande dans le cœur humain. On a dit cent fois que nos contemporains avaient un amour bien plus ardent et bien plus tenace pour l’égalité que pour la liberté ; mais je ne trouve point qu’on soit encore suffisamment remonté jusqu’aux causes de ce fait. Je vais l’essayer. […]

La liberté s’est manifestée aux hommes dans différents temps et sous différentes formes ; elle ne s’est point attachée exclusivement à un état social, et on la rencontre autre part que dans les démocraties. Elle ne saurait donc former le caractère distinctif des siècles démocratiques.

Le fait particulier et dominant qui singularise ces siècles, c’est l’égalité des conditions ; la passion principale qui agite les hommes dans ces temps-là, c’est l’amour de cette égalité.

Ne demandez point quel charme singulier trouvent les hommes des âges démocratiques à vivre égaux, ni les raisons particulières qu’ils peuvent avoir de s’attacher si obstinément à l’égalité plutôt qu’aux autres biens que la société leur présente : l’égalité forme le caractère distinctif de l’époque où ils vivent ; cela seul suffit pour expliquer qu’ils la préfèrent à tout le reste. […]

Les hommes ne tiennent […] pas seulement à l’égalité parce qu’elle leur est chère ; ils s’y attachent encore parce qu’ils croient qu’elle doit durer toujours. […]

Je pense que les peuples démocratiques ont un goût naturel pour la liberté ; livrés à eux-mêmes, ils la cherchent, ils l’aiment, et ils ne voient qu’avec douleur qu’on les en écarte. Mais ils ont pour l’égalité une passion ardente, insatiable, éternelle, invincible ; ils veulent l’égalité dans la liberté, et, s’ils ne peuvent l’obtenir, ils la veulent encore dans l’esclavage. Ils souffriront la pauvreté, l’asservissement, la barbarie, mais ils ne souffriront pas l’aristocratie.

 

Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, tome 2 (1840)

 

Questions :

1. Quel est le fait qui caractérise les démocraties contemporaines selon Alexis de Tocqueville ?

2. Quelles sont les deux raisons, évoquées par l’auteur, qui permettent d’expliquer pourquoi il existe chez les hommes une « passion pour l’égalité » ?

3. Expliquez le passage souligné.

Document 3 : égalité des positions, égalité des chances : deux conceptions différentes de la justice sociale

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Il existe deux grandes manières de considérer les inégalités sociales. La première, plutôt européenne, liée au mouvement ouvrier et à la tradition de la gauche, pense qu’il importe d’abord de réduire les inégalités entre les positions sociales, de resserrer l’écart entre les plus riches et les plus pauvres. Dans ce cadre, on considère que les inégalités sociales sont principalement des inégalités de classes opposant les exploiteurs aux exploités. La justice sociale consiste à offrir des protections sociales contre les aléas de la vie et de l’économie, elle conduit à développer l’État providence et les services publics grâce à l’impôt progressif et à la redistribution. C’est ce que l’on a longtemps appelé le progrès social.

Aujourd’hui, cette conception de l’égalité des places est mise à mal par la mondialisation qui met les Etats providence nationaux en concurrence. Elle est aussi affaiblie par le recul de la croissance et par l’affaiblissement de l’idée de solidarité quand les sociétés nationales deviennent plurielles et pluriculturelles. Par ailleurs cette conception de la justice a longtemps été aveugle aux inégalités imposées aux femmes et aux minorités car elle était construite sur la figure de l’homme travailleur et blanc sur laquelle étaient construits les droits sociaux. Mais tout au long du XXe siècle, l’égalité des places a très sensiblement réduit les inégalités sociales, même si l’État providence a surtout bénéficié aux classes moyennes.

La seconde conception de la justice sociale, plutôt américaine, considère que la justice sociale est avant tout la promotion de l’égalité des chances méritocratique : chacun doit pouvoir réussir en fonction de son mérite. Dans ce cadre, les inégalités sont moins définies en termes de revenus et d’exploitation qu’en termes de discriminations et de traitement inéquitable des minorités privées de leurs chances de réussir. Ce modèle s’impose quand le premier faiblit, quand la société est plus individualiste et quand chacun a le droit égalitaire de vouloir réussir et d’échapper ainsi à sa condition sociale. Aujourd’hui, l’égalité des chances tend à s’imposer et les discriminations sont devenues la figure cardinale des injustices. Cependant il faut noter que, même si l’égalité de chances n’est pas contestable en termes de principes de justice, ce modèle de l’équité peut accroître les inégalités de positions dès lors que les vainqueurs et les vaincus de la méritocratie mériteraient leur sort. De plus ce modèle interroge la solidarité puisque la société n’est plus perçue comme un système fonctionnel, mais comme une compétition continue pour obtenir le succès, même quand cette compétition est équitable.

Source : « Les inégalités sociales en France. Entretiens », Louis Maurin, François Dubet, Laurent Mucchielli, Pierre Bruno, Dans Le français aujourd'hui 2013/4 (n°183), pages 29 à 40

 

Questions :
 

1. Quelles sont, selon l’auteur, les deux manières de considérer les inégalités sociales ?

2. Expliquez, pour chacune de ces visions des inégalités, les objectifs des politiques de justice sociale.

3. Donnez, pour chaque conception, les avancées permises en matière de lutte contre les inégalités, et les limites possibles. Quelle conception vous semble la plus juste ?

Document 4 : Une grande variété de principes de justice

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Toute une tradition d’enquêtes sur la rémunération des professions renseigne (pour les sociétés développées) sur les principes de justice retenus par les personnes pour évaluer l’équité des rémunérations. Dans ces enquêtes, on demande à un échantillon de personnes d’indiquer quelles rémunérations leur sembleraient justes pour une série de professions, la liste de celles-ci étant choisie de manière à couvrir la gamme des emplois possibles. Des enquêtes de ce type ont été faites de manière répétée et dans nombre de pays. Les résultats en sont très convergents. […]

L’égalitarisme est rejeté dans tous les pays. Partout, les personnes considèrent que des emplois à statut élevé, demandant éducation et qualification, doivent être mieux rémunérés que les emplois ordinaires. L’ordre entre les professions est très stable, d’une personne à l’autre, et d’un pays à l’autre. Le montant de l’inégalité acceptée varie toutefois selon les personnes et selon les pays. […]

Quelles différences observe-t-on suivant les caractéristiques des individus ? S’il y a peu de différences d’opinion sur les professions de bas statut, les différences sont nettement plus fortes pour les professions à haut statut : les personnes âgées les rémunèrent mieux, ainsi que les personnes les plus riches. Les personnes les plus riches sont également plus généreuses avec les personnes ayant un emploi ordinaire, elles sont même plus généreuses que les personnes les plus pauvres elles-mêmes. Au total, il y a donc consensus sur le fait que la qualification, l’éducation, les efforts, la complexité du travail, les responsabilités, etc. méritent d’être récompensés. Mais il y a désaccord sur le montant de la récompense. Les personnes aisées, les gens se plaçant à droite de l’échiquier politique, croient que cela mérite des récompenses nettement plus élevées que ne le croient les personnes moins aisées et qui se situent politiquement à gauche. L’ampleur de l’inégalité et l’ampleur de sa réduction souhaitée sont ainsi un thème important du conflit politique, chaque camp croyant dans la justice de ses positions.

Olivier Galland et Yannick Lemel, Sociologie des inégalités, chap. 5 : « Les inégalités entre groupes sociaux et les sentiments de justice », 2018

 

Questions :

1. Les auteurs évaluent, à l’aide d’enquête, « les principes de justice retenus par les personnes pour évaluer l’équité des rémunérations ». Que signifie le terme d’équité ?

2. Expliquez en quoi on peut affirmer que les individus interrogés rejettent l’égalité des positions.

3. Selon vous, quelle est la forme d’égalité décrite dans le passage souligné ?

4. Cette forme d’égalité est-elle acceptée par tous avec le même degré d’intensité ? Justifiez.

Document 5 : L’utilitarisme, où « la recherche du plus grand bonheur du plus grand nombre » comme principe de justice

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Pour préciser le contenu de l’utilitarisme, supposons que nous ayons à choisir entre deux options, A et B. Il peut s’agir d’actions individuelles, par exemple A : investir 1 000 francs dans une SICAV, ou B : les envoyer au Bangladesh. Il peut aussi s’agir d’actions collectives, par exemple A : admettre la Turquie au sein de l’Union européenne, ou B : la refuser. Face à de tels choix, l’utilitarisme propose une maxime unique : évaluons aussi exactement que possible les conséquences que A et B auraient sur le bien-être, ou l’utilité, de chaque membre de la collectivité considérée ; calculons, pour chacune des options, la somme des niveaux de bien-être qu’elle permet aux membres de la collectivité d’atteindre, et choisissons celle des deux options qui maximise cette somme, c’est-à-dire qui produit le bien-être agrégé le plus élevé.

Éthique économique et sociale, Christian Arnsperger et Philippe Van Parijs, Collection Repères, 2003, p.16

Questions :

1. Quel est, selon la doctrine utilitariste, le choix considéré comme étant le plus juste pour un individu ou une société ?

2. Imaginons une situation où une société de 20 personnes doit choisir entre deux options :

  • Option n°1 : le bien-être d’une personne augmente de +110, le bien-être de toutes les autres personnes n’augmente pas.

  • Option n°2 : le bien-être de chaque personne augmente de +5.

a. Quelle est l’augmentation du bien-être collectif obtenue dans chaque situation ?

b. Quelle option faudrait-il retenir, selon la doctrine utilitariste ?

c. Quelles conséquences aura ce choix, en termes d’inégalités entre les individus ?

Document 6 : Pour les libertariens, obliger un individu à l’inscrire à l’effort collectif est inconcevable

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Mais pourquoi n’a-t-on pas la permission de violer les droits d’autres personnes en vue d’atteindre un bien social plus grand ? Sur le plan individuel, chacun de nous choisit quelquefois de subir quelque douleur ou de pratiquer quelque sacrifice pour en tirer un bénéfice plus grand ou pour éviter un mal plus grand : nous allons chez le dentiste pour éviter une souffrance plus grande par la suite ; nous nous livrons à quelque travail déplaisant en vue d’obtenir des résultats ; d’aucuns jeûnent pour améliorer leur santé ou leur apparence ; d’autres économisent de l’argent pour leurs vieux jours. Dans chaque cas, on paye un certain prix pour sauver le bien général. Pourquoi, de façon similaire, ne dirait-on pas que certaines personnes doivent supporter certains coûts qui peuvent bénéficier à d’autres, pour sauver le bien social général ? Mais il n’existe pas d’entité sociale ayant un bien qui subisse quelque sacrifice par son propre bien. Il n’y a que des individus, des individus différents, avec leur vie individuelle propre. Utiliser l’un de ces individus pour le bénéfice d’autres, c’est l’utiliser et en faire bénéficier les autres. Rien de plus. Ce qui arrive, c’est que quelque chose lui est fait, pour le bien des autres. Parler de bien social général, c’est dissimuler cela. (Intentionnellement ?) Utiliser une personne de cette façon ne respecte pas suffisamment ni ne prend en considération le fait qu’elle est un individu séparé, que c’est la seule vie qu’elle ait. Elle ne tire aucun bénéfice marquant de son propre sacrifice, et personne n’est en droit de l’y forcer.

Nozick (Robert), Anarchie, État et utopie, 1ère partie, ch. 3, 1974

Questions :

1. Expliquez le passage souligné.

2. Pourquoi, selon l’auteur, n’est-il pas possible de « pratiquer quelque sacrifice pour en tirer un bénéfice plus grand » au niveau collectif ?

3. Selon vous, quelles conséquences ont alors les choix politiques, en termes d’inégalités ?

Document 7 : l’égalitarisme libéral de John Rawls

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Dans sa Théorie de la justice, Rawls dégage les principes qui régissent une société juste. Il cherche à réconcilier deux principes qui s’opposent souvent, mais qui sont au cœur de l’idéal démocratique : la liberté et l’égalité.

Les démocraties libérales ont privilégié le respect des libertés, parfois au détriment de l’égalité, tandis que les régimes socialistes ont restreint les libertés au nom de l’égalité. Rawls envisage une solution à ce dilemme : une société juste doit s’appuyer sur des principes qui garantissent la liberté et l’équité.

Rawls critique la philosophie utilitariste, qui repose sur l’idée que la société juste est celle qui maximise la somme des utilités de ses membres. En d’autres termes, qu’importe la répartition du bonheur, ce qui compte c’est le nombre total d’ « unités de bonheur » dans la société. Rawls critique cette approche : pour lui, la société doit s’occuper de maximiser l’utilité des plus désavantagés.

Pour Rawls, le législateur doit prendre ses décisions sous un « voile d’ignorance ». Autrement dit, le législateur doit occulter sa propre position dans la société et prendre ses décisions comme s’il pouvait, un jour, occuper une autre position sociale. Ce faisant, le législateur fera en sorte d’établir des règles les moins défavorables aux plus désavantagés, étant lui-même conscient de pouvoir potentiellement se retrouver dans cette position.

Source : « Facil’éco », Economie.gouv

 

Questions :

1. Selon le document, qu’est-ce qui distingue la théorie de John Rawls de celle des utilitaristes ?

2. Expliquez pour quelles raisons il importe que le législateur prenne des décisions politiques « sous un voile d’ignorance ».

3. Quelles conséquences ont les décisions prises sous un voile d’ignorance, en termes d’inégalités entre les individus ?

Document 8 : La critique de l’égalité des droits par Karl Marx

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On fait une distinction entre les « droits de l'homme » et les « droits du citoyen ». Quel est cet « homme » distinct du citoyen ? Personne d'autre que le membre de la société bourgeoise. Pourquoi le membre de la société bourgeoise est-il appelé « homme », homme tout court, et pourquoi ses droits sont-ils appelés droits de l'homme ? Qu'est-ce qui explique ce fait ? Par le rapport de l'État politique à la société bourgeoise, par l'essence de l'émancipation politique.

Constatons avant tout le fait que les « droits de l'homme », distincts des « droits du citoyen, » ne sont rien d'autre que les droits du membre de la société bourgeoise, c'est-à-dire de l'homme égoïste, de l'homme séparé de l'homme et de la communauté. La Constitution la plus radicale, celle de 1793, a beau dire : Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. « Art. 2. Ces droits (les droits naturels et imprescriptibles) sont : l'égalité, la liberté, la sûreté, la propriété. »

En quoi consiste la « liberté ? » « Art. 6. La liberté est le pouvoir qui appartient à l'homme de faire tout ce qui ne nuit pas aux droits d'autrui. » Ou encore, d'après la Déclaration des droits de l'homme de 1791: « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. » […] Restent les autres droits de l'homme, l'égalité et la sûreté.

Le mot « égalité » n'a pas ici de signification politique ; ce n'est que l'égalité de la liberté définie ci-dessus : tout homme est également considéré comme une telle monade basée sur elle-même. La Constitution de 1795 détermine le sens de cette égalité: « Art. 5. L'égalité consiste en ce que la loi est la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse. »[…]

Aucun des prétendus droits de l'homme ne dépasse donc l'homme égoïste, l'homme en tant que membre de la société bourgeoise, c'est-à-dire un individu séparé de la communauté, replié sur lui-même, uniquement préoccupé de son intérêt personnel et obéissant a son arbitraire privé. […]. Le seul lien qui […] unisse [les hommes], c'est la nécessité naturelle, le besoin et l'intérêt privé, la conservation de leurs propriétés et de leur personne égoïste.

Karl Marx, La question juive, 1844

Questions :

1. Quels sont les différents droits de l’homme évoqués dans ce texte ?

2. Que reproche Karl Marx au principe d’égalité tel que défini dans la déclaration des Droits de l’homme et du citoyen de 1791 ou dans la Constitution de la première République ?

Document 9 : Priorité à l’égalité des places

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Le fait que nous voulions à la fois l’égalité des places et l’égalité des chances ne nous dispense pas de choisir l’ordre de nos priorités. En effet, en termes pratiques, en termes de politiques sociales et de programmes politiques, on ne fait pas exactement la même chose selon que l’on choisit d’abord les places ou d’abord les chances. [….]. L’argument selon lequel on devrait tout faire dans l’idéal ne résiste pas aux impératifs de l’action politique devant fatalement choisir ce qui semble le plus important et le plus décisif. Nous pouvons désirer autant l’égalité des places que l’égalité des chances, mais si nous ne voulons pas nous payer de mots, nous sommes contraints de choisir la voie qui semble la plus juste et la plus efficace, nous sommes tenus de donner la priorité à l’une de ces deux conceptions de la justice.[…]

Si je défends la priorité de l’égalité des places, ce n’est donc pas pour dénier toute légitimité à la justice des chances et du mérite, mais c’est pour deux raisons essentielles.

La première tient au fait que l’égalité, invitant à resserrer la structure sociale, est « bonne » pour les individus et pour leur autonomie ; elle accroît la confiance et la cohésion sociale dans la mesure où les acteurs ne s’engagent pas dans une compétition continue, celle qui consiste à réussir et celle qui consiste aussi à exposer son statut de victime afin de bénéficier d’une politique spécifique. L’égalité des places, bien que toujours relative, crée un système de dettes et de droits conduisant à souligner ce que nous avons en commun plus que ce qui nous distingue et, en ce sens, elle renforce la solidarité. […] Bref, la plus grande égalité possible est bonne « en soi » tant qu’elle ne met pas en cause l’autonomie des individus et, plus encore, elle est désirable parce qu’elle renforce cette autonomie.

Le second argument en faveur de la priorité de l’égalité des places tient au fait qu’elle est sans doute la meilleure manière de réaliser l’égalité des chances. Si les chances sont définies comme la possibilité de circuler dans la structure sociale, d’en franchir les échelons, soit pour les monter, soit pour les descendre en fonction de son mérite et de sa valeur, il semble évident que cette fluidité est d’autant plus grande que la distance entre les places est resserrée, que ceux qui montent n’ont pas trop d’obstacles à franchir et que ceux qui descendent ne risquent pas de tout perdre.

« Égalité des places, égalité des chances », François Dubet, 2011

Questions :

1. Quelle est la forme du principe d’égalité qui doit être privilégiée par les pouvoirs publics selon l’auteur ? Rejette-t-il pour autant l’autre forme d’égalité possible ?

2. Retrouvez, dans le texte, les deux raisons avancées par l’auteur pour expliquer ce choix.

3. Dans quelle conception de la justice sociale s’inscrit ce choix ?

Exercice 1 (*) : Associez les formes d’égalité présentées ci-dessous à leur définition :

Facile

Exercice 2 (**) : Choisissez la ou les bonne(s) réponse(s) parmi les propositions ci-dessous :

Modéré

1. L’égalitarisme libéral de John Rawls propose une conception de la justice sociale qui repose sur la garantie du principe…. :

  • a. de liberté ;
  • b. d’égalité des chances ;
  • c. d’égalité des situations.

2. Les utilitaristes pensent qu’une société juste est une société…

  • a. … qui maximise le bien-être individuel du plus grand nombre d’individus possible ;
  • b. … qui maximise la somme des bien-être individuels de la société.

3. L’expression d’ « égalité des conditions » désigne le fait…

  • a. … Que les places dans la société sont interchangeables : un maître aujourd’hui peut, demain, devenir valet, et vice versa ;
  • b. … Que les places dans la société sont identiques : il n’y a plus de maîtres ni de valets car tous ont les mêmes conditions et niveaux de vie.

Exercice 3 (***) : Reproduisez et Complétez le tableau ci-dessous :

Difficile