QUESTION 1 : comprendre la distinction entre normes sociales et normes juridiques, et connaître la diversité des formes de contrôle social.

Plan du cours

1) La socialisation permet l'apprentissage des normes

Nous avons précédemment étudié comment la socialisation contibuait à expliquer les différences de comportements des individus; de même, nous avons compris comment se construisaient et évoluaient les liens sociaux. Dans ces deux thèmes, il s'est notamment agi de réfléchir sur les expérimentations sociales opérées par les individus et les groupes en identifiant leurs choix de valeurs et de configurations sociales.

Indissociables d'un ordre de valeurs qui, dans chaque société, oriente les comportements des acteurs et des groupes, les normes sont justement les règles qui régissent les conduites individuelles et collectives.

Organisées en système, elles construisent un mode de régulation sociale étudié par les sociologues tels qu' Emile Durkheim dont nous avons travaillé les conceptions de solidarité mécanique et organique (De la division du travail social 1893

2) Les normes sont variables et relatives

Les normes sont donc des comportements attendus par la société ou un groupe social, définis à un moment donné. L'existence de ces normes implique donc une réponse de la société. Lorsque celles -ci ne sont pas respectées, cette réponse «sanction» est alors négative. Elle peut-être positive si le comportement social est intégré, la société valorisant alors le comportement.

Cette première définition conduit à plusieurs remarques. Premièrement, ces comportements prescrits (ou proscrits) sont donc variables selon le groupe, la société ou encore l'époque étudiés, ce que l 'on peut illustrer par l 'exemple de la manière de se saluer. On ne se dit pas bonjour de la même façon en Inde (mains jointes) ou en France (bises ou poignée de main) ou en période de Corona virus (distanciation physique).

Deuxièmement, ces normes appartiennent à des typologies différentes; on pourra distinguer les normes sociales qui sont les règles informelles, abstraites, propres à un groupe social et dont la transgression appelle des réponses également informelles.Ces normes sont tacitement connues de tous et elles reflètent les valeurs en vigueur. Elles se distinguent des normes juridiques qui, au contraire, renvoient à règles formelles, codifiées , souvent écrites ou qui se réfèrent à un règlement, provenant d'institutions. Ces règles sont généralement impersonnelles. Ainsi, dans notre exemple précédent, on peut dire que le salut indien est une norme sociale et la distanciation sociale est une norme juridique dans la mesure où elle devient une règle imposée aux entreprises par l'Etat (arrêté ministériel du19 mars 2020).

On peut donc aussi différencier les normes sociales des normes juridiques par le type d'acteur chargé d'appliquer la sanction.

Les normes juridiques peuvent résulter de la transcription de normes sociales existantes par exemple le PACS a donné une réalité juridique à un réalité sociale notamment pour les couples homosexuels; mais la transposition de normes sociales en normes juridiques ne va pas toujours de soi et participe aux débats de société. On peut illustrer cet aspect avec les questions relatives à la bioethique par exemple sur le cas de la GPA. Enfin s'il ne s'agit donc pas d'opposer normes sociales et normes juridiques, on peut cependant retenir l'idée que seules les normes juridiques sont capables de prescrire des comportements nouveaux (voir par exemple la loi du 6 juin 2000 sur la parité en politique), alors que les normes sociales sont l'émanation de la société et le reflet du changement social (loi Veil sur l 'IVG en 1975).

3) La transgression des normes et le contrôle social

    Lorsque les normes ne sont pas respectées, on évoque alors des comportements déviants. La déviance désigne ainsi au sens le plus large les comportements non conformes aux normes en vigueur dans un groupe donné. Le contrôle social est alors la réponse (sous forme de gratifications ou de sanctions) du groupe ou de la société à la déviance.

    Le contrôle social a donc pour finalité d'assurer la conformité des comportements aux normes et de façon plus générale de participer et/ou maintenir la cohésion sociale. De la même manière que nous avons distingué les normes sociales des normes juridiques , on pourra également établir deux formes de contrôle social. Le contrôle social formel qui renvoie à un cadre institutionnel et aux normes juridiques et le contrôle social informel qui s'incarne dans les interactions sociales et donc en lien avec les normes sociales. Les sanctions sont elles aussi marquées par cette dichotomie : les sanctions juridiques et officielles pour le contrôle formel et les réactions plus diffuses (approbations/desapprobations) pour le contrôle informel. On peut illustrer ces aspects en évoquant d'une part dans le cadre familial des situations de rappels à l 'ordre lorsque les règles de politesse ne sont pas repectées -contrôle informel des parents ou dans le cadre d'une infraction au code de la route sanctionnée par une amende -contrôle social formel du tribunal de police. Il est possible de présenter un troisième forme de contrôle social interne ou auto-contrôle, qui procède de l 'individu lui même lorsqu'il a totalement intériorisé certaines contraintes; par exemple, en raison de principes comme la liberté d'autrui ou d'éléments de mœurs comme la pudeur, on n'installe pas sa serviette de plage, trop près d'autres vacanciers. Ces trois formes de contrôle social coexistent même si on peut aussi faire état du poid renforcé du contrôle social formel dans les sociétés modernes.

    DOCUMENT 1: identifier le rôle des normes et comprendre la dictinction norme sociale/norme juridique.

    Facile

    Les normes sont des règles qui régissent l'action des individus à l 'intérieur des sociétés. Elles existent d'une part sous la forme de règles explicites, qui s'imposent officiellement aux individus et peuvent être de nature juridique ou règlementaire. Ces règles explicites ont pris une importance croissante dans les sociétés modernes. Mais d'autre part, les règles implicites, intériorisées lors du processus de socialisation, importent tout autant et régissent la plupart des relations à l 'intérieur des groupes restreints. Ainsi le comportement des membres d'une famille doit respecter des règles non écrites mais évidentes pour tous. Les normes appartiennent au patrimoine commun; la collectivité exige ou souhaite leur respect et juge la conformité des comportements des individus. Ce jugement prend la forme d'une sanction ou d'une gratification qui peut être officielle mais qui reste la plupart du temps informelle: les sourires et les invitations ou, à l 'inverse le silence et la mise à l 'écart sont quelques unes des attitudes qui permettent au groupe d'exprimer son approbation ou, au contraire sa désapprobation.

    SOURCE : Marc Montoussé, Gilles Renouard 100 fiches pour comprendre la sociologie, Bréal, 1997

    QUESTIONS:

    1. retrouvez la définition sociologique d'une norme à partir du texte .

    2. Illustrez le passage souligné, à quel type de normes fait-il référence?

     

     

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    Réponse :

    1. les normes sont les comportements et conduites attendus par la société ou un groupe social. Elles peuvent être explicites et officiellement connues de tous : ce sont les normes juridiques. Elles peuvent être informelles  : ce sont les normes sociales.

    2. Les normes sociales peuvent être nombreuses au sein d'une famille ; par exemple les enfants doivent débarrasser la table à l 'issue du repas ou encore la famille mange de la soupe tous les dimanche soir ! Il s'agit de normes sociales qui peuvent être spécifiques à chaque famille.

     

    DOCUMENT 2: distinguer normes sociales et normes juridiques

    Facile

    La confiance de l’usager dans le métro dépend d’abord de la qualité du service rendu. Essentielle, elle repose entre les mains du transporteur. La deuxième condition, c’est en effet l’ordre social collectif, géré par les passagers eux-mêmes. Chaque métro comprend son règlement officiel, mais à part le fait qu’il faille valider son titre de transport, personne ne le connaît. La régulation des relations sociales dépend de règles tacites.La règle suprême est celle de l’intégrité du voyage : en entrant dans le métro, chaque passager part du principe que les autres passagers vont lui permettre de mener à bien son trajet. Elle se décline en une série de normes qui constituent autant de savoir-faire réunis autour du principe de la mobilité coopérative: se mettre à droite dans l’escalator si on ne marche pas, laisser descendre les autres avant de monter dans le wagon, et lorsqu’on entre, le premier arrivé est le premier servi. C’est une manière de régler la question de la mobilité avec une forme de tolérance envers la diversité: les individus, mis sur un pied d’égalité, sont distinguables uniquement par leur ordre d’arrivée.L’autre grand principe, c’est celui de l’inattention civile; une forme d’attention minimale qui se manifeste par un coup d’œil assez rapide autour de soi, qui permet de trouver une place sans s’attarder sur les autres passagers. Dans le métro, on est plongé dans son livre, son téléphone ou ses pensées, mais on ne dévisage pas ostensiblement ses voisins. Actuellement, avec la crise sanitaire, ces règles sont moins valables en raison du plus faible nombre de passagers.

      SOURCE : « le port du masque parasite les interactions entre passagers du métro» Le Monde .fr, entretien avec  Stéphane Tonnelat, propos recueillis par Cécile Peltier , 15 juin 2020 

      QUESTIONS:

      1. identifiez les normes sociales qui régissent les comportements dans le métro parisien.

      2. Existe t-il des normes juridiques dans le métro parisien?

       

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      REPONSE :

      1. L'auteur du document évoque un certain nombre de règles tacites qui permettent de réguler les relations sociales dans le métro : se mettre à droite dans l’escalator si on ne marche pas, laisser descendre les autres avant de monter dans le wagon, et lorsqu’on entre, le premier arrivé est le premier servi. C’est une manière de régler la question de la mobilité avec une forme de tolérance envers la diversité: les individus, mis sur un pied d’égalité, sont distinguables uniquement par leur ordre d’arrivée.L’autre grand principe, c’est celui de l’inattention civile; une forme d’attention minimale qui se manifeste par un coup d’œil assez rapide autour de soi, qui permet de trouver une place sans s’attarder sur les autres passagers. Dans le métro, on est plongé dans son livre, son téléphone ou ses pensées, mais on ne dévisage pas ostensiblement ses voisins.

      2. Il existe également des règles formelles et juridiques qui cadrent l 'usage du métro; par exemple l'obligation d'avoir un titre de transport valide.

      DOCUMENT 3 : L'application stop COVID en question

      Facile

      TEXTE 1 : L'application stop COVID en question

      Faut-il une application smartphone pour endiguer l’épidémie de Covid-19? Ou doit-on se contenter d’interroger les malades pour identifier les personnes qu’ils ont pu contaminer? Quelle est, en somme, la meilleure option pour mettre en place ce qu’on appelle le traçage de contacts ? Il y a quelques années, lors des épidémies du SRAS et du MERS (les deux coronavirus de début du XXIe siècle), la deuxième méthode avait fait ses preuves.Logiquement, elle fait donc partie des options recommandées par les épidémiologistes pour succéder aux mesures de confinement. Singapour, Corée du Sud, Irlande et Nouvelle-Zélande notamment l’ont déjà mise en place, et bien d’autres pays y pensent.Déployé face à de nombreuses autres maladies infectieuses, du sida à Ebola en passant par les oreillons, cet outil relève d’un principe assez simple : pour briser une chaîne, il suffit de faire sauter un maillon.Concrètement, il s’agit de trouver toutes les personnes ayant été exposées à des individus malades, et les isoler du reste de la population. Ainsi, si certaines d’entre elles, baptisées « cas contacts », se révèlent effectivement infectées, elles ne peuvent plus transmettre le virus.Le problème, c’est que le traçage de contacts n’a jamais été utilisé dans pareil contexte : le nombre de malades et la transmissibilité discrète du SARS-Cov-2 sont sans pareil avec le SRAS ou le MERS. Il se révèle donc difficile de préjuger de son efficacité. Cependant, de nombreuses propositions et modélisations épidémiologiques soulignent son fort potentiel, et proposent donc deux stratégies principales : une méthode classique, similaire à ce qui s’est toujours fait, et une nouvelle approche, fondée sur une application pour smartphone. Deux stratégies qui, peut-être, n’en feront qu’une.

      Source : Le Monde [les décodeurs] 24 mai 2020

      TEXTE 2 : L'open space [bureau ouvert] en question

      Si le sujet accepte l’open-space, c’est aussi parce que l’autorité y est camouflée derrière la tarte à la crème du bien-être, envisagé dans les à cotés du travail. Une atmosphère fun à la google est destinée à écraser et impressionner le visiteur. Une manière d’étourdir et d’empêcher toute réflexion, à la manière de la société de consommation. Cet art de vivre est joliment incarné par nos colosses du net, leurs bureaux devenant une scène de théâtre moderne inspirée des villages de vacances. Nécessaire contrepartie d’un travail ardu, où l’entre-soi domine, jusqu’à en arriver à une offre – ou plutôt un asservissement – totale et globale complétée de logements, une logique proche des corons ou phalanstère mais façon Disney. L’auteur du livre Comment (se) sauver (de) l’open-space ? en arrive à s’interroger sur le lieu de travail en tant que tel, questionnant le décalage entre le discours sur l’autonomie et l’injonction à rejoindre quotidiennement le bureau. Selon elle, « la « non-territorialité » a gagné mais pas là où on l’attendait : on perd son bureau fermé et parfois sa place attitrée mais on vient quand même tous les jours au travail ». Quoi de plus étrange lorsque les outils de communication nous libèrent du lieu ? Et quand on sait dans le contexte actuel qu’un déplacement en moins par semaine équivaut à désengorger 20% du trafic, il y a de quoi s’interroger.

      Source : Amélie Luquain, revue Architecture CREE, 27 septembre 2016

      QUESTION :

      Pour chacun de ces deux textes vous expliquerez comment s'exerce le contrôle social et sous quelle forme il est mis en œuvre.

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      REPONSE :

      Dans le texte 1, le contrôle social s'exerce grâce aux TIC. L'application Stop Covid permet aux usagers d'adopter les comportements attendus.Derrière cette application se cache aussi une forme d'auto contrôle, car cette dernière doit être préalablement téléchargée par l 'individu; c'est lui qui décide donc d'entrer ou non dans le système de surveillance et d'y contribuer et il ne le fait que parce qu'il adhère aux valeurs.

      Dans le texte 2 , le contrôle social s'exerce de manière à priori autonome ; c'est l'agencement de l 'espace qui transmet les les codes de comportements attendus aux usagers. Chaque salarié est observé et le sait et observe et surveille les autres;par exemple, lorsque personne ne quitte le travail avant 19 h, il est délicat de le faire discrètement en open space. Ce n'est pas la hiérarchie qui impose formellement l'horaire mais bien le collectif ici.

      EXERCICE 1 différencier normes sociales /normes juridiques

      Facile

      Complétez le tableau suivant en cochant la bonne réponse et précisez sur quoi repose la forme juridique lorsque c'est le cas.

       

      EXERCICE 2: distinguer contrôle social formel et informel

      Facile

      En utilisant le tableau ci-dessous, classer les situations suivantes selon la catégorie «contrôle social formel» ou contrôle social « informel».

      EXERCICE 3:[pour aller plus loin]Réfléchir sur les liens entre conformité, autorité et contrôle social

      Facile

      Visionnez l'expérience de Milgram à partir de documents vidéos disponibles sur internet (par exemple, accessibles sur Youtube: «MP09 Expérience de Milgram», 2018 ou «L'expérience de Milgram en deux minutes »2014).

      QUESTIONS

      1. présentez l'expérience de Milgram brièvement.

      2. Qu'évalue l'expérience?

      3. Quel type de contrôle social est particulièrement mis en évidence ici?

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      REPONSE :

      1) Dans une série d'expériences menées en 1974, le professeur Stanley Milgram mesure l 'influence de diverses formes de pressions sociales sur les comportements. Des sujets de l 'étude sont «recrutés» par une annonce et croient participer à une expérience sur la mémoire. Des personnes «complices» jouent le rôle d'élèves auprès des personnes testées. Le sujet doit alors faire réciter une série de mots et sanctionner l '«élève» qui commet des erreurs en administrant des chocs électriques (factices bien sûr pour l 'élève mais il simule la douleur ). L'expérience s'arrête lorsque trois chocs de 450 volts sont administrés. Milgram propose différents messages incitatifs lorsque les sujets hésitent qui lui permettent d'évaluer le degré d'adhésion en fonction de différents paramètres (empathie aux cris simulés, réaction à l 'autorité, réaction à la déresponsabilisation, etc)

      2) Ici en apparence la norme attendue est que l'élève restitue une liste correctement, s'il n'y parvient pas il est sanctionné par un choc électrique; mais l'expérience porte en réalité sur le sujet candide: ce que l 'on évalue sont ses capacité à respecter la norme attendue de lui ici: corriger en cas de faute. La pression sociale relève bien souvent de l 'autocontrôle: le sujet croit en la légitimité de l'expérience (Milgram se présente comme un professeur prestigieux , l'expérience se déroule dans un lieu institutionnellement reconnu, on dit au sujet que la responsabilité du professeur le couvre), et poursuit dans 65 % des cas (où il est dans une pièce séparée de l 'élève) l'administration des chocs même si cela peut être très dangereux.

      3) Le lien entre conformité, légitimité et autocontrôle ou contrôle interne est ainsi notamment illustré dans cette expérience