Cap sur le capital humain pour renouer avec la croissance de la productivité

Note du CAE n° 75 (septembre 2022) (cae-eco.fr)

 

La productivité ralentit en France depuis une vingtaine d’années par rapport à l’Allemagne et aux Etats-Unis. Un des leviers les plus importants d’amélioration de la productivité est le capital humain, et au sein de ce dernier, il apparaît que les mathématiques et les compétences socio-comportementales jouent un rôle prépondérant. Il est donc urgent d’améliorer la qualité et l’allocation du capital humain pour combler la perte de productivité française.

 

Mots-clés : Capital humain, PISA, productivité, soft skills.

Sur la période de 2004 à 2019, la France a perdu 7 points de PIB par habitant par rapport à l’Allemagne, et la baisse de la productivité explique environ 5 points. Par rapport aux Etats-Unis, la baisse de la productivité est encore plus forte, environ 7 points de productivité. Ce constat remet en cause le diagnostic traditionnel selon lequel la productivité française resterait forte et le problème principal de ce pays serait un faible taux d’emploi1. Il semble bien que la baisse relative de la productivité soit au moins aussi forte que celle des heures travaillées pour expliquer l’évolution récente, et aussi future, du PIB. Depuis le début des années 2000, la baisse de la productivité en France a réduit le PIB d’environ 5,8 points. Cela représente environ 140 milliards d’euros, soit à peu près 65 milliards de recettes fiscales (avec un taux de prélèvements obligatoires de 46%), soit un ordre de grandeur que l’on peut comparer à celui du budget de l’Education nationale (52 milliards d’euros en 2019), ou encore celui du service de la dette (40 milliards d’euros en 2019).

Les différents travaux économétriques disponibles permettent d’établir que le capital humain2 explique plus de la moitié du ralentissement de la productivité depuis 2000. Et derrière ce capital humain que l’on appréhende souvent comme le niveau de formation des individus, les compétences mathématiques et socio-comportementales jouent un rôle essentiel. Or, la France affiche de faibles performances dans ces domaines clés. En ce qui concerne les mathématiques, les différentes analyses disponibles s’accordent sur le constat d’une nette dégradation du niveau moyen des élèves français. Les performances de la France en matière socio-comportementale sont également décevantes. Les données de l’OCDE montrent que la France présente un déficit de compétences par rapport aux Etats-Unis dans les dimensions suivantes : instruction, coordination, perception sociale, négociation, résolution de problèmes complexes, jugement et prise de décision, gestion de ressources. De son côté, l’enquête PISA révèle que les élèves français sont moins persévérants et moins coopératifs, moins efficaces dans la résolution de problèmes, et présentent des niveaux plus faibles de locus de contrôle interne par rapport aux Etats-Unis, à l’Allemagne, ou encore à l’Europe du Nord.

Pour enrayer ce décrochage éducatif, il faut se doter d’un objectif ambitieux et juridiquement contraignant pour les tests nationaux et internationaux. L’atteinte de cet objectif requiert des réformes structurantes, qui pourraient s’appuyer sur des exemples de réformes d’ampleur menées à l’étranger. Par exemple, l’Allemagne et le Portugal ont réagi vivement à leurs mauvais résultats aux enquêtes internationales PISA dans les années 2000 et ont connu une remontée spectaculaire, ce qui démontre qu’il est possible de faire des progrès rapides au niveau de l’éducation en relativement peu de temps. Ces réformes doivent s’appuyer sur une série d’éléments que sont l’amélioration de la formation des enseignants ainsi que celle de l’attractivité du métier, le renforcement de l’autonomie des établissements scolaires, ou encore la création d’une nouvelle instance indépendante de contrôle pour évaluer et soutenir l’amélioration du système éducatif. Dans ces conditions, il est possible d’améliorer significativement les résultats des élèves dans un horizon court (2027). Un autre objectif à l’horizon 2027 consisterait à réduire les inégalités entre établissements, en consacrant davantage de ressources humaines et budgétaires aux établissements en difficulté, dans une perspective de rattrapage. Les réformes pourraient aussi s’appuyer sur les résultats d’études qui identifient des dispositifs performants, par exemple les internats d’excellence, qui ont un effet causal démontré pour les élèves d’origine modeste.

La stratégie nationale éducative pour l’excellence et l’égalité des chances doit être élaborée de concert avec tous les acteurs concernés, dont les enseignants et les parents d’élèves. Elle pourrait s’appuyer sur l’établissement d’une convention citoyenne et d’un Haut Conseil, indépendant du ministère, sur le modèle des institutions soutenant la stratégie nationale bas carbone. Un point clé de cette stratégie est sans aucun doute l’amélioration des compétences socio-comportementales, ce qui suppose que ces dernières soient renforcées dans le cursus scolaire. Pour pouvoir suivre l’évolution de l’acquisition de ces compétences, il serait bon d’instaurer des tests standardisés, de la même manière qu’il existe des évaluations nationales en mathématiques et en français réalisées en début de primaire et au collège. Aux Etats-Unis, la Californie a déjà développé une enquête « California Healthy Kids Survey » (CHKS), qui permet de mesurer depuis 2019 la performance des écoles en matière de soft skills. En France, la DEPP participe d’ores et déjà à un effort d’évaluation sur certains aspects du comportement des élèves. Mais pour permettre de structurer des politiques publiques ambitieuses avec des objectifs concrets d’amélioration des soft skills, la procédure d’évaluation devrait être étendue à l’ensemble des écoles, inclure d’autres traits de personnalité, et être réalisée de manière régulière.

 

1. Le taux d'emploi mesure l'utilisation des ressources de main-d'œuvre disponibles. Il est calculé en divisant le nombre d'actifs occupés par la population en âge de travailler. 
2. Le capital humain expliqué en vidéo de 2 mn

Quiz : Cap sur le capital humain pour renouer avec la croissance de la productivité

Source du quiz : Note du CAE n° 75 (septembre 2022) (cae-eco.fr)

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