Actualité

Le G20 au chevet de l'économie mondiale

La conférence du Groupe des Vingt (G20) du 2 avril 2009 à Londres a réuni, pour la deuxième fois, les chefs d'Etats et de gouvernement des principaux pays industrialisés et émergents. Le G20 représente les deux tiers de la population mondiale, plus de 85 % du Produit National Brut mondial, 80 % des échanges commerciaux (avec les échanges intra-communautaires).

Face à une crise qui s'avère globale et profonde, cette réunion avait pour ambition de coordonner et renforcer les programmes d'actions. Les leaders du G20 ont pris trois grands types d'engagements : confirmation de l'enveloppe de 5 000 milliards de dollars pour les plans de relance nationaux, 1 100 milliards de dollars pour l'économie mondiale, notamment le FMI, et une plus grande régulation du système bancaire et financier.

G20 = 19 + 1 + 4 + invités

Le Groupe des Vingt est théoriquement composé des ministres des Finances et des présidents des Banques centrales de 19 pays (Afrique du Sud, Allemagne, Arabie Saoudite, Argentine, Australie, Brésil, Canada, Chine, Corée du Sud, États-Unis, France, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Mexique, Royaume-Uni, Russie, Turquie) et de l’Union européenne . Les deux dernières réunions ont vu la participation des chefs d'Etat et de gouvernement.

Le Directeur général du Fonds Monétaire International (Dominique Strauss-Kahn) et le Président de la Banque mondiale (Robert Zoellick), ainsi que les présidents du Comité Monétaire et Financier International et du Comité du Développement conjoint de la Banque Mondiale et du FMI, participent également aux réunions du G20.

Le G20 représente les deux tiers de la population mondiale, plus de 85 % du Produit National Brut mondial, 80 % des échanges commerciaux (avec les échanges intra-communautaires). Ce poids démographique et économique lui confère une forte légitimité.

Il n'y a pas de critères juridiques pour être membre du G20 qui n'est pas une organisation internationale mais un forum informel . Ses décisions ne sont donc pas préparées par une administration permanente mais par des réunions d'experts et de conseillers ("sherpas") qui tentent de définir un consensus acceptable entre des intérêts divergents. Néanmoins, la crise mondiale accélère l' institutionnalisation de ces rencontres dont la continuité est assurée par un secrétariat animé par une troïka tournante des présidences passée (le Brésil en 2008), présente (le Royaume-Uni en 2009) et future (la Corée du Sud en 2010).

La conférence du  2 avril 2009 à Londres a réuni, pour la deuxième fois, les chefs d'Etats et de gouvernement des principaux pays industrialisés et émergents. De plus, le Secrétaire général de l'ONU, de l'OMC et les dirigeants de l'Espagne et des Pays-Bas ainsi que des regroupements régionaux (ASEAN, NEPAD, UA) ont été invités par les participants du G20 sans, toutefois, y être admis en tant que membres.

"Une crise globale nécessite une solution globale"

Face à une crise qui s'avère globale et profonde, cette réunion avait pour ambition de coordonner et renforcer les programmes d'actions. La déclaration finale du sommet de Londres souligne l'ambition de la rencontre : "Une crise globale nécessite une solution globale". La réponse des dirigeants du G20 s'est articulée autour de 5 axes :

  1. restaurer la croissance et l'emploi ;

  2. renforcer le contrôle et la surveillance des activités financières ;

  3. renforcer les institutions financières internationales ;

  4. rejeter les tentations protectionnistes et promouvoir le commerce international et l'investissement ;

  5. garantir une reprise juste et durable pour tous les pays.

Cette rencontre a généralement été saluée comme un rendez-vous ambitieux et réussi, essentiellement pour trois raisons :

  • le sommet de Londres confirme un renouvellement du multilatéralisme et de la coopération en période de crise ;

  • les représentants des puissances mondiales ont su concilier des attentes différentes. Tout d'abord, l'engagement de relance globale de 5 000 milliards dollars d’ici la fin 2010 a été réaffirmé et 250 milliards dollars ont été prévus pour financer le commerce international.

Un Conseil de Stabilité Financière (CSF) remplace le Fonds de Stabilité Financière (FSF) dont il élargit la composition à tous les membres du G20 et le rôle de supervision. Cette avancée dans les exigences de transparence du système financier est complétée par une surveillance accrue des hedge funds (fonds spéculatifs) qui devront divulguer des "informations appropriées" aux instances de régulation, notamment sur leur ratio d'endettement (" leverage "), et par une nouvelle approche des paradis fiscaux et autres "juridictions non coopératives" qui pourrait remettre en cause le secret bancaire. Enfin, un encadrement plus strict des agences de notation , particulièrement celles dont les évaluations sont utilisées à des fins de régulation, et des invitations à réformer les normes comptables témoignent d'un changement de priorité après deux décennies de libéralisation financière.

La place du Fonds Monétaire International (FMI) est renforcée tant dans ses missions de surveillance et que dans ses moyens d'action. Les dirigeants du G20 ont décidé de mettre 750 milliards de dollars à la disposition du FMI (500 milliards de dollars provenant de prêts bilatéraux, d'accords généraux d'emprunts et d'émissions sur le marché et 250 milliards de dollars de Droits de Tirage Spéciaux). Ces mesures devront permettre au FMI de renforcer son action en faveur des pays émergents et des pays à faible revenu. A terme, le FMI doit accélérer le réexamen des quotes-parts pour améliorer la représentation des pays émergents, notamment des BRIC, et des pays en développement. De plus, le G20 s'engage à ce que les banques multilatérales de développement disposent de davantage de capital, notamment en Asie. Elles devraient recevoir 100 milliards de dollars supplémentaires sous la forme de facilités de prêts.

Les principales mesures du sommet de Londres du 2 avril 2009

Consensus et divergences

Face à la crise financière et économique, quelles doivent être les priorités des principales économies mondiales ? Une relance budgétaire généralisée et de grande ampleur, le renforcement de la régulation des marchés, des acteurs et des produits financiers ou la lutte contre les mesures protectionnistes ? Si des pays comme le Japon soutiennent à la fois le libre-échange, les plans de relance et les ambitions de réformes du système financier, il est évident que tous les pays du G20 n'ont pas la même analyse des priorités.

Aux Etats-Unis , la relance budgétaire est prioritaire car il ne s'agit plus seulement de "sauver les banques" ou d'autres acteurs de la finance mais aussi des secteurs entiers de l'industrie. De surcroît, l'administration démocrate pense que l'Europe n'a pas encore pris conscience de l'importance du "choc de demande" entraîné par la crise et une partie de l'opinion publique américaine pense que celle-ci s'explique par une mauvaise application des règles et non par leur absence.

L' Union européenne est présentée comme militant pour une refonte du système bancaire et financier. Cependant, les Britanniques restent distants sur les initiatives de contrôle alors que la France, l'Allemagne ou l'Italie défendent des mesures concrètes de régulation. Néanmoins, si les pays de l'Union européenne convergent pour limiter les plans de relance, ce consensus n'est pas partagé sur le continent, notamment par la Turquie qui en attend une redynamisation de ses exportations.

Loin de privilégier l'alternative relance ou réforme, la Russie et la Chine insistent sur une réforme du FMI et relancent le débat sur une nouvelle monnaie de réserve mondiale.

En focalisant sur les priorités des pays présent, on peut ainsi déterminer quatre grands ensembles :

  • les pays qui insistent sur la défense du libre-échange et le rejet des tentations protectionnistes (Brésil, Canada, Corée du Sud, Inde, Japon, Turquie) ;

  • les pays qui privilégient les réformes du système financier mondial (Allemagne, Argentine, Brésil, Canada, France, Italie, Japon, Royaume Uni, Union européenne), notamment la lutte contre les paradis fiscaux (Argentine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni) ;

  • les pays qui défendent avec vigueur des plans de relance de grande ampleur (Japon, Etats-Unis, Turquie) ;

  • les pays dont la priorité est la réforme du FMI , notamment pour donner un plus grand rôle aux pays émergents (Afrique du Sud, Allemagne, Argentine, Arabie Saoudite, Brésil, Chine, Canada, Inde, Indonésie, Mexique, Russie, Turquie).

Un multilatéralisme des puissants

192 Etats sont membres de l'Organisation des Nations unies en 2009. Une vingtaine d'entre eux peuvent-ils décider de l'avenir de l'économie mondiale ?

Certes, le G20 représente l'essentiel de l'économie mondiale et les attentes du reste de la communauté internationale ne sont pas uniformes, mais des voix s'interrogent sur sa capacité à traiter des difficultés économiques des autres pays de la planète, notamment des plus pauvres. Pour Kamalesh Sharma, secrétaire général du Commonwealth, et Abdou Diouf, secrétaire général de la Francophonie, le " G172 " (192-20) serait le forum le mieux adapté pour fixer les grands axes d'une stabilité économique mondiale. Ce groupe imaginaire vise à souligner que tous les pays sont intéressés par la coopération mondiale. Ils proposent donc " un mondialisme sans exclusive ". Cette critique rejoint celle de Kofi Annan, ancien Secrétaire général de l'ONU, pour qui le G20, même s'il n'est pas le club des pays riches à la différence du G7, reste "un club très fermé", notamment aux pays africains.

La présence de l'Afrique du Sud et l'Arabie Saoudite au sein du G20 ainsi que l'invitation du président du Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD), de la Commission de l'Union Africaine (UA) et de l'Association des nations de l'Asie du sud-est (ASEAN) n'occulte donc pas que la quasi-totalité des pays d'Afrique, du Moyen-Orient et d'Asie sont pas présents à ce sommet "mondial" qui regroupe 10 % des pays de la planète . Cette absence est d'autant plus marquante que les analystes s'accordent pour souligner la fragilité des pays en développement face à la crise, notamment avec la baisse du prix des matières premières qui réduit les recettes d'exportation et les capacités d'investissement, la chute des revenus du tourisme, la contraction des transferts de revenus des travailleurs migrants ou la baisse des Investissements Directs à l'Etranger (IDE) dans ces zones.

La présence des directeurs du FMI, de la Banque mondiale et de l'OMC à Londres permet à certains commentateurs de pointer l'absence du Bureau international du Travail (BIT), dont le directeur général, Juan Somavia, a lancé fin mars un appel en faveur d'un "Pacte mondial pour l'emploi" ou de l'Organisation des Nations unies pour l'Education, la Science et la Culture (UNESCO) alors que son directeur général, Koïchiro Matsuura, a écrit aux dirigeants du G20 pour qu'ils introduisent une réflexion sur l'éducation "comme un des investissements les plus productifs qu'un pays puisse faire".

D'autres critiques, plus techniques, se concentrent sur la légitimité de cette instance informelle. Le Comité intérimaire du FMI était-il plus adapté pour réfléchir et trancher les réformes du système de financement mondial ? Un élargissement de l'agenda du G20 ne conduit-il pas à une dilution des priorités ? La question des biens publics mondiaux doit-elle devenir une priorité ? La forte coopération des puissances économiques mondiales est-elle vouée à se traduire par une faible coordination tant qu'une entité unique supervisant les grandes sociétés financières n'est pas créée ? Dans ce cadre de réflexion, une commission d'experts de l'ONU dirigée par le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz vient de proposer la mise en place d'une Autorité de réglementation financière mondiale et d'une Autorité mondiale de la concurrence pour harmoniser les réglementations et établir un contrepoids aux multinationales qui menacent la concurrence.

Enfin, d'autres encore, plus radicaux, regrettent que l'analyse des excès du capitalisme n'ait pas conduit à une remise en cause du système : condamnation de la titrisation, interdiction des paradis fiscaux, limitation des effets de levier, nouvelles approches pour les fonds propres des banques voire la nationalisation de certaines institutions financières et/ou des agences de notations, création d'une monnaie de réserve internationale, etc.

Un nouvel ordre mondial ?

En novembre 2008, les chefs d'Etats et de gouvernements du G20 s'étaient rencontrés pour la première fois à Washington pour aborder les conséquences de la crise financière. Ce sommet a été présenté comme l'amorce d'un "Bretton Woods II", c'est-à-dire d'une nouvelle organisation des institutions financières internationales.

La rencontre du 2 avril a permis d'éclaircir de nombreux points. Tout d'abord, elle a permis de souligner les frontières de la suprématie américaine. La nouvelle administration démocrate a su s'imposer dans son premier grand rendez-vous mondial mais elle a dû composer avec les autres puissances économiques. Ensuite, le sommet de Londres a permis aux pays de l'Union européenne d'imposer dans l'agenda des grandes puissances une plus forte régulation de la finance mondiale : la publication par le Forum global l'OCDE d'une liste des paradis fiscaux dans le monde en témoigne. Enfin, la conférence permet aux BRIC de s'affirmer, si ce n'est de s'imposer, dans les rouages de la diplomatie économique. Ainsi, si les commentateurs européens ont focalisé leur attention sur l'opposition entre la "vieille Europe" et la nouvelle administration américaine, le sommet de Londres marque aussi l'affirmation, au cœur de ce "multilatéralisme des puissants", de la prééminence de l'axe Etats-Unis - Chine dans la mondialisation du XXIe siècle.