Actualité
Par 

BAC : Les corrigés des épreuves de SES sont en ligne

Téléchargement du corrigé >>

Dissertation 2017:

"Les instances d'intégration sont-elles toujours source de cohésion sociale?"

Corrigé par Laurent Braquet

En dissertation, les candidats ont dû plancher cette année sur le thème de la cohésion sociale : le sujet (« les instances d’intégration sont-elles toujours source de cohésion sociale ? ») invitait à s’interroger sur la capacité des grandes institutions comme la famille, l’école, et le travail, à garantir le lien social. Ces instances contribuent à la socialisation des individus et à leur intégration à la société. Mais les transformations, voire le déclin relatif de certaines de ces instances d’intégration, posent la question de l’affaiblissement de la cohésion de nos sociétés, alors même que s’affirme l’individu et l’émergence d’instances d’intégration moins institutionnalisés (réseaux de sociabilité, groupes de pairs…)

Pour traiter ce sujet, le candidat pouvait s’appuyer sur la thèse célèbre d’Emile Durkheim sur les formes évolutives de la solidarité sociale (solidarité mécanique, solidarité organique, affaiblissement de la conscience collective, etc.) Il s’agissait de montrer, dans une perspective historique, l’évolution des manières de « faire société ». Avec en toile de fond, l’idée que la société contemporaine assure « le primat de l’individu » pour reprendre les indications du programme de SES. Pour autant, tout en devenant plus autonome, le candidat pouvait aussi rappeler que si l’individu est plus autonome, il dépend aussi plus étroitement de la société car il s’est spécialisé dans la production d’un bien ou d’un service, et a besoin d’échanger avec les autres pour disposer de l’ensemble des biens et services désirés. Par ailleurs, on pouvait rappeler que les grandes instances d’intégration ne sont pas figées, mais se recomposent.

Le candidat devait soigneusement insister sur le rôle des différentes formes d’intégration sociale comme la famille, l’école et le travail, pour montrer en quoi elles contribuent à la cohésion sociale : on pouvait à cette occasion mobiliser certaines notions classiques de sociologie comme la socialisation, les normes, les valeurs, etc. L’analyse devait bien sûr être nuancée pour démontrer que si ces instances sont aujourd’hui fragilisées, elles contribuent toujours à la cohésion sociale ! Leur importance n’a pas diminué, bien au contraire.

Deux documents du dossier insistaient particulièrement sur la fragilisation du salariat et permettaient d’illustrer l’argumentation sur la société du travail. Un premier document proposait des données sur la progression des formes particulières d’emploi avec les CDD et l’intérim notamment, et un second avec des chiffres sur le rôle du travail dans les relations sociales. Depuis le XIXème siècle, les sociétés modernes ont fait du travail le fondement du lien social : il apporte revenu, statut social, reconnaissance sociale, et devient le « grand intégrateur ». Toutefois, à partir des années 1970, les modalités et la structure du travail vont changer : on peut parler de l’effritement de la société salariale. La montée d’un chômage de masse, d’un chômage de longue durée souvent facteur d’exclusion sociale fragilisent la cohésion sociale, d’autant que certaines catégories (en particulier les jeunes) sont confrontées à une insertion plus difficile sur le marché du travail, où la concurrence se durcit, même si la référence reste la norme d’emploi du CDI. Comme l’a montré le sociologue Serge Paugam, certains travailleurs vivent la plupart du temps dans une situation d’insécurité professionnelle qui ne leur permet pas de participer pleinement à l’échange social. La crise du travail fragilise la cohésion sociale : un nombre croissant d’individus ne parviennent pas à se former une identité sociale dans le travail, indispensable à la création durable de liens sociaux.

Pourtant, dans nos sociétés où le primat de l’individu n’a jamais été aussi prégnant, se développe un discours pessimiste selon lequel le lien social tendrait à se déliter car les instances de socialisation ne joueraient plus leur rôle d’intégration (montée du chômage, des divorces, émergence de nouveaux modèles familiaux, déceptions par rapport à la démocratisation de l’école, etc.). Certains sociologues, comme François de Singly, estiment au contraire que l’individualisme crée du lien et que le modèle d’intégration a tout simplement changé. L’individu a, dans ce cadre, le pouvoir de définir ses appartenances à tel ou tel groupe, de décider de sa vie, de résister aux évidences d’une identité imposée par les autres. Par exemple, la famille n’a pas perdu son rôle intégrateur, loin s’en faut : les nouveaux modèles familiaux (évoqués dans le troisième document du dossier) ne correspondent pas à une destruction de l’institution familiale qui reste la cellule de base de la société, et on remarque d’ailleurs que l’aide intergénérationnelle en période de crise demeure toujours aussi importante. De la même manière, si l’Ecole n’a pas tenu toutes ses promesses en termes d’insertion professionnelle dans un contexte de dégradation du marché du travail, il n’en demeure pas moins qu’elle reste une instance de socialisation cruciale pour transmettre les savoirs fondamentaux, les valeurs de la République, et permettre de « faire société ».

Pour les candidats ayant choisi l’épreuve composée, ils devaient d’abord répondre à deux questions de mobilisation des connaissances. La première portait sur la notion de classes sociales au sens deux grands auteurs cités par le programme de SES (Karl Marx et Max Weber), et qu’il fallait différencier sur ce point. Karl Marx évoque les classes sociales dans le cadre de sa conception des sociétés humaines traversées par des rapports de domination, d’aliénation et d’exploitation, et notamment dans la société capitaliste : elles ont une consistance réelle et un conflit central oppose les détenteurs des moyens de production (la bourgeoisie) et les travailleurs qui ne disposent que de leur force de travail (le prolétariat). Sans nier l’existence des classes sociales (qui ont les mêmes chances de vie), il faut alors montrer que Max Weber propose quant à lui une analyse nominaliste et multidimensionnelle, où la structure sociale est établie par le chercheur en sciences sociales qui propose un découpage de la société entre différents ordres (économique, social et politique).

La deuxième question de la « mobilisation des connaissances » portait sur les limites écologiques de la croissance. Le sujet nécessitait de définir soigneusement la notion de croissance économique en citant l’indicateur macroéconomique incontournable du PIB. On pouvait alors évoquer une des limites principales du PIB, c’est-à-dire la non prise en compte des externalités négatives de pollution, en insistant sur le contexte de réchauffement climatique mis en évidence par les experts.  En s’appuyant sur la notion de développement durable au cœur d’un des chapitres du programme de SES, on pouvait aussi envisager le risque d’épuisement du capital naturel et la détérioration du bien-être des populations dans un contexte de risques environnementaux et de raréfaction des ressources naturelles.

La deuxième partie de l’épreuve composée (étude d’un document) proposait un tableau statistique publié par l’INSEE en 2016, avec des données sur la distribution du revenu salarial annuel par sexe ou catégorie socioprofessionnelle, sur l’ensemble des salariés en 2011, exprimées en euros courants sur la France Métropolitaine. On constatait dans ce document tout d’abord en 2011 un écart salarial moyen persistant entre les hommes et les femmes (22 550 euros contre 16 720 euros), en défaveur de ces dernières, tandis que les inégalités salariales (rapport inter-décile) restent plus fortes entre les femmes qu’entre les hommes, avec notamment des salaires du premier décile plus faibles pour les femmes (1 890 euros contre 2 970 euros pour les hommes). L’écart salarial hommes/femmes est toutefois moins flagrant dans le haut de la distribution des salaires (D9). En ce qui concerne les Professions et catégories socioprofessionnelles (PCS) on constatait également des inégalités salariales persistantes : en moyenne les cadres gagnent 2,6 fois plus que les ouvriers (39 190/14 820), et même 2,9 fois plus que les employés. On constatait par ailleurs que les inégalités intra-catégorielles restent fortes, mais avec une hausse du rapport inter-décile au fur et à mesure que l’on descend dans la distribution des salaires. Ainsi le rapport inter-décile des employés est de 16,2, alors que celui des cadres est de 5,9 (et 5,7 pour les professions intermédiaires). Ce document montrait aussi que dans le bas de la distribution des salaires, la rémunération annuelle des employés (1 450 euros) demeure plus faible que celle des ouvriers (1 910 euros), et en deçà de la moyenne pour l’ensemble (2 340 euros).

La troisième partie, c’est-à-dire le « raisonnement s’appuyant sur un dossier documentaire », proposait une réflexion sur les stratégies de localisation des firmes multinationales dans la mondialisation, avec la question suivante : « à l’aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que les choix de localisation des firmes multinationales répondent à différentes logiques ». Le candidat devait, après avoir explicité les notions de firme multinationale et d’investissement direct à l’étranger (IDE), développer les diverses raisons qui poussent la firme à choisir de localiser certaines filiales dans un pays plutôt que dans un autre. Sur la base de quels critères cette décision est-elle prise ? Tout l’intérêt de ce sujet était de montrer, dans le cadre d’une globalisation de la production toujours plus forte, et d’une fragmentation des chaînes de valeurs mondiales, que les critères qui guident les choix des firmes multinationales dans leurs calculs sont multiples. Le candidat devait rappeler que le critère de la rationalisation des coûts de production, qui est souvent mis en avant au titre de la quête de la compétitivité prix (par des délocalisations dans les pays à bas salaires), n’est pas toujours celui qui pèse le plus lord dans la décision finale. Les firmes intègrent aussi dans leur équation d’autres critères comme la proximité avec des marchés à haut niveau de pouvoir d’achat, l’existence d’une main d’œuvre qualifiée et productive (pour renforcer la compétitivité hors prix sur les produits sophistiqués), la sécurité des échanges et des approvisionnements, le respect des droits de propriété, la présence d’infrastructures publiques de qualité, ou l’existence d’un climat des affaires rassurant pour les investisseurs étrangers.

 

En spécialité de SES, les candidats qui ont suivi l’enseignement de sciences sociales et politiques avaient deux sujets au choix.

Le premier portait sur une question socialement vive et qui suscite de nombreux débats : celle de la représentation des femmes dans la vie politique (« Pourquoi la parité entre femmes et hommes en politique est-elle difficile à atteindre ? »).

Synonyme d’égalité, la notion de parité renvoie le plus souvent à la nécessité d’assurer l’égalité entre hommes et femmes à tous les niveaux de l’organisation sociale. Dans le champ politique, le sujet 2017 invitait à s’interroger sur les obstacles qui empêchent une meilleure représentation des femmes à la fois dans les partis politiques, mais aussi au Parlement et au sein du pouvoir exécutif.

Le sujet impliquait également de bien montrer que cette relative faiblesse de la part des femmes dans le domaine politique s’explique non seulement par le fonctionnement du système politique et le poids des traditions, mais aussi par des inégalités qui trouvent leur origine dans les autres sphères de la vie sociale, et notamment dans l’espace domestique. Malgré les progrès que l’on peut enregistrer après le vote des lois sur la parité, on constate toujours en France hélas une certaine sous-représentation des femmes dans les organisations politiques, mais aussi dans les assemblées élues, à la fois au niveau national, mais aussi au niveau local.

Le second sujet (« Vous montrerez qu’il existe une diversité de répertoires d’action politique ») nécessitait de présenter la diversité des pratiques de participation politique auxquelles les membres d’une société peuvent faire appel à un moment donné, au cours de la vie démocratique : le rituel du vote bien sûr, mais aussi la signature de pétition, la manifestation, etc. La notion de « répertoire d’action politique » renvoie explicitement à celle de « répertoire d’action collective », élaborée par Charles Tilly, et on désigne par action politique tout acte volontaire visant à influencer des élections ou des prises de décisions politiques. Dès lors, on pouvait rappeler que tout individu a, à sa disposition, un « répertoire d’actions politiques » divers et varié, c’est-à-dire différents moyens utilisés individuellement ou collectivement afin de s’exprimer dans le champ politique. En sociologie politique, on distingue d’ailleurs généralement la participation politique conventionnelle de la participation politique non-conventionnelle : si l’on constate un certain affaiblissement des formes de participation conventionnelle (comme la montée de l’abstention, le déclin du militantisme traditionnel), on ne peut en conclure une dépolitisation des sociétés, dans la mesure où les autres formes de participation restent vivaces.

En économie approfondie, là aussi les candidats avaient deux sujets au choix : le premier sujet proposait une réflexion sur les contraintes de financement du système de protection sociale en France et en particulier du système de santé.

En 1950, les dépenses de santé représentaient 2,5 % du PIB, elles s’élèvent en 2007 à 8,8 % et à 12,4 % en 2014. Cette croissance, liée pour l’essentiel à l’augmentation du niveau de vie pose le problème de leur financement. Pour faire face à ces difficultés de financement, et dans un contexte de vieillissement de la population (le second document évoquait d’ailleurs cette question) et d’investissements nécessaires dans le progrès médical, les pouvoirs publics ont utilisé principalement en France deux types de levier : une hausse des cotisations sociales et/ou une série de plan d’économies avec plus grande responsabilisation des acteurs. On entre alors donc dans une logique de régulation de la santé publique par les prix qui conduit désormais à se poser la question pour assurer la pérennité du système d’une intervention plus importante des organismes de couverture complémentaire du risque maladie, et plus particulièrement des assurances privées, pour faire face aux risques sociaux.

Le second sujet (« Comment les barrières à l’entrée permettent-elles aux entreprises d’exercer un pouvoir de marché ? ») portait sur les nombreuses stratégies que les entreprises sont susceptibles de mettre en place pour réduire les chances d’entrée sur le marché de concurrents potentiels, ou pour éliminer des concurrents déjà présents.

Le candidat devait rigoureusement expliquer comment l’éventail de ces pratiques anticoncurrentielles permet aux entreprises d’accroître ce qu’on appelle leur pouvoir de marché, même si cela se fait en réduisant les bienfaits potentiels de la concurrence, parmi lesquels des prix plus faibles pour les consommateurs. Au fond, la question suggérait l’idée que les entreprises, dans une certaine mesure, n’aiment pas vraiment la concurrence et cherchent à l’éviter en renforçant leur pouvoir de marché ! En effet, en situation de marché concurrentiel, les opportunités de profits disparaissent progressivement, puisque, tant qu’il existera des possibilités de profits sur certains marchés, il y aura des entreprises qui souhaiteront entrer sur le marché ! Le profit ne peut donc durablement exister qu’en situation de concurrence imparfaite. Dès lors les entreprises tentent de maintenir et d’accroître leur pouvoir de marché, même si cela peut se faire au détriment de la pression concurrentielle et de la baisse des prix qui profite aux consommateurs. L’État et les autorités de la concurrence sont alors légitimes pour essayer de veiller à ce qu’il y ait un degré de concurrence minimum sur les marchés.

 

Partage