Table ronde du 29 août de 18h30 à 19h30 :

« Formation, apprentissage et insertion des jeunes : comment passer à la vitesse supérieure ? »

 

Présentation plus détaillée :

La politique de massification du système scolaire impulsée à partir des années 1980 à l’issue de laquelle l’obtention du baccalauréat est devenue la norme, et qui avait pour objectif d’augmenter la niveau de qualifications des nouvelles générations pour faire face aux évolutions du marché du travail, est aujourd’hui remise en question. Les comparaisons européennes disponibles ne permettent pas de confirmer l’existence d’un lien direct entre l’augmentation du niveau de diplôme de la population et l’amélioration du marché du travail. Parmi les pays dont le taux de diplômés a le moins progressé ces dernières années, on trouve aussi bien l’Italie, qui est le pays d’Europe où la situation de l’emploi des jeunes est la plus détériorée, et l’Allemagne qui affiche de très bonnes performances en matière d’insertion professionnelle des jeunes générations. On constate par ailleurs qu’à l’heure du départ en retraite des « baby-boomers », les formations courtes professionnalisantes s’avèrent souvent payantes pour les jeunes. En effet, l’ampleur des départs en retraite fait que les besoins de recrutement restent élevés dans les métiers traditionnels, métiers qui il est vrai sont en stagnation ou en décroissance quand on examine l’évolution du marché du travail. Il ne s’agit pas pour autant de remettre en cause le diplôme, dont le pouvoir protecteur contre la chômage ne se dément pas, mais plutôt de le déloger de son piédestal pour valoriser une plus grande souplesse d’appréciation et de valorisation des compétences, en application de l’idée de « la formation tout au long de la vie ». L’effort de l’école en la matière doit évidemment s’accompagner d’un effort des entreprises, qui sont encore bien souvent plus attentives à la qualité du parcours initial qu’à la valorisation des qualités personnelles des candidats à l’embauche et des compétences acquises dans l’expérience professionnelle. A cet égard, le numérique qui fournit des possibilités de formation en ligne et d’obtention de micro-certifications est riche d’enseignements, dessinant un nouveau monde du travail dans lequel les jeunes curieux et autonomes peuvent valider leurs acquis.

La valorisation excessive du diplôme en France s’accompagne d’une crise persistante de l’apprentissage, en dépit des politiques volontaristes et des subventions importantes accordées ces dernières années. L’apprentissage ne concerne aujourd’hui qu’environ 400000 jeunes par an, chiffre à comparer aux 1,5 million d’apprentis en Allemagne. Un autre point important à considérer est que le développement récent de l’apprentissage en France ne répond pas aux préoccupations d’équité : il est surtout lié à l’augmentation du nombre d’apprentis dans le supérieur. De fait, la taxe d’apprentissage est détournée au profit des plus diplômés.

Si l’école a pour mission d’adapter les formations aux besoins de l’appareil productif, elle doit aussi convertir la jeunesse à une véritable culture entrepreneuriale et les familiariser avec le fonctionnement de l’économie de marché. En effet, la culture d’une population est largement façonnée par le système éducatif, qui touche les individus à un âge où les personnalités sont en construction. Jusqu’à présent, si la culture de l’innovation et de l’entrepreneuriat n’a pas encore véritablement émergé dans l’enseignement en France, c’est parce-que l’école est trop exclusivement centrée sur les savoirs fondamentaux. Or, l’enseignement de l’entrepreneuriat ne repose pas seulement sur les savoirs de base, mais aussi sur l’enseignement du contexte et de la psychologie entrepreneuriale à travers l’étude de cas, et surtout la mise en situation de projets et de jeux d’entreprise en équipe. C’est la raison pour laquelle il est urgent de repenser les méthodes pédagogiques enseignées aux professeurs au sein des Ecoles Supérieures du Professorat et de l’Education (ESPE), et d’inscrire ces méthodes et ces contenus pédagogiques dans les programmes scolaires, tout en favorisant aussi leur intégration dans les projets d’établissement et les projets pédagogiques des enseignants. La révision de ces méthodes doit s’appuyer sur la valorisation des démarches expérimentales et des projets accomplis seuls ou en groupes, sur l’apprentissage de la programmation informatique et de l’anglais dès l’enseignement primaire, sur la valorisation de la participation active des élèves à la vie associative dans l’enseignement secondaire, sur les témoignages de jeunes entrepreneurs, et sur des stages en entreprise. Tout cela permettra de remédier au cloisonnement entre le monde éducatif et le monde de l’entreprise qui empêche l’acculturation des jeunes au monde de l’entreprise, et l’émergence de projets de vie centrés sur la curiosité et la prise de risque.

 

Questions :

1- Quels sont les contenus des programmes de l’enseignement primaire et de l’enseignement secondaire qu’il faut introduire pour développer la culture de l’innovation et de l’entrepreneuriat ?

2- Quels sont les systèmes éducatifs les plus innovants dans les pays développés ?

3- Quels sont les métiers qui vont ouvrir le plus de postes dans les 10 années à venir ?

4- Comment moderniser le système de l’apprentissage ?

5- Comment enseigner le marché à l’école ?

 

Quelques ressources utiles :

« L’ère du sur-mesure, Solutions pour l’emploi des jeunes », Notes de l’Institut de l’Entreprise, Février 2015.

Barthélémy Jacques, Cette Gilbert, Travailler au XXIème siècle, L’Uberisation de l’économie, Odile Jacob, janvier 2017.

Beylat Jean-Luc, Tambourin Pierre, L’innovation, Un enjeu majeur pour la France, Ministère du redressement productif, avril 2013.

Daniel Jean-Marc, Formation des jeunes, Podcast.

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