Pauvreté

Définition :

La pauvreté est toujours spécifique à une époque et à une société donnée, d’où une définition qui n’a pas un caractère intangible. C’est l’état d’une personne dont les ressources (matérielles, culturelles, sociales) sont si faibles qu’elles ne lui permettent pas de participer au mode de vie minimal acceptable dans la société où elle vit.

L'essentiel :

De nombreuses tentatives ont été faites pour définir un minimum vital fondé sur la satisfaction des besoins physiologiques. C’est le sens de la pauvreté absolue qui désigne l’incapacité pour un individu de satisfaire ses besoins sociaux fondamentaux. Mais en général on considère plutôt que la pauvreté se rapporte à une norme standard variable selon les époques et les sociétés. Etre pauvre ne signifie pas la même chose en Afrique ou en France aujourd’hui, au XIXème ou au XXIème siècle. La pauvreté est ainsi une notion relative.

Si la pauvreté est évidemment un cumul de manques (d’avoir, de pouvoir, de savoir, de considération, …) et une réalité multiforme, de nombreuses définitions statistiques retiennent le critère de la faiblesse du revenu. Etait pauvre, jusqu’à la fin des années 2000 en France, une personne ayant un niveau de vie inférieur à 50% du revenu disponible médian (le niveau de vie est égal au revenu disponible divisé par le nombre d’unités de consommation ; voir plus bas). Par exemple, en 2018, en France, le revenu médian était de 1770 euros, ce qui signifie que le seuil de pauvreté correspondait à la demi-médiane (885 euros). L’Union européenne, quant à elle, a considéré qu’il était préférable d’élever ce seuil à 60% du revenu médian, soit 1063 euros (60% de 1770 euros). Mais le calcul ne s’applique pas seulement aux individus, mais aussi et surtout aux ménages. L’INSEE considère que dans une famille, le premier adulte vaut une unité de consommation entière, toutes les autres personnes de plus de 14 ans comptent pour une demi-part, et les moins de 14 ans pour 0,3 part. A titre d’illustration, un couple avec 2 enfants de moins de 14 ans sera considéré comme pauvre si son revenu disponible est inférieur à 2230 euros (1063 x (1 + 0,5 + (2x 0,3)). En appliquant ce seuil de 60%, on compte actuellement en France plus de 9 millions de pauvres (5 millions avec un seuil de 50%).

Jusqu’à une date récente, les pauvres étaient avant tout des personnes privées d’emploi. Avec la prolongation de la crise et des situations de chômage, une « nouvelle pauvreté » est apparue chez ceux qui perdaient emploi, liens familiaux et liens sociaux. On parle aussi de plus en plus dans les sociétés occidentales de « travailleurs pauvres », c’est-à-dire de personnes ayant un emploi, mais ne disposant pas de revenus suffisants pour vivre décemment. En France, de nos jours, il y a à peu près 2 millions de travailleurs pauvres. A titre de comparaison, selon Eurostat, en Allemagne, ce chiffre atteint 9,5% des travailleurs allemands (contre 8% en France). Ce chiffre relativement élevé en Allemagne est la conséquence des mesures de flexibilité du marché du travail prises dans le cadre des lois Hartz.

Si la pauvreté a été depuis toujours le lot de la quasi-totalité de la population, les analyses scientifiques de ce phénomène apparaissent au XIXème siècle, contemporaines de l’urbanisation et du développement de la misère ouvrière. Le « paupérisme » est étudié au XIXème siècle par de nombreuses enquêtes : par exemple, en 1835, Louis-René Villermé développe en France une approche statistique de la pauvreté ; en 1845, Friedrich Engels enquête sur les conditions de vie déplorables de la classe ouvrière ; en 1855, Frédéric Le Play publie Les ouvriers européens, étude sur les activités, la vie domestique et la « condition morale » des ouvriers en Europe. De son côté, Karl Marx, prenant appui sur ces enquêtes empiriques, pense pouvoir donner une clef d’explication du phénomène : il relie son développement au mode de production caractéristique du capitalisme. Dans ce mode de production, le lumpenproletariat a une fonction : il ne dispose que d’un salaire de subsistance et permet ainsi à la bourgeoisie d’exercer une pression à la baisse sur la valeur de la force de travail. Le rôle historique du paupérisme a donc été de permettre au système capitaliste d’accroître l’exploitation de l’homme par l’homme et de lutter contre la baisse tendancielle du taux de profit.

Sur la période contemporaine, l’analyse de la pauvreté est indissociable de celle de l’exclusion. L’exclusion est la perte ou le défaut d’insertion ; c’est une mise à l’écart et une marginalisation d’individus ou de catégories sociales. Certains sociologues ont d’ailleurs tendance à ne plus utiliser le terme de « pauvre » et à lui préférer celui d’« exclus ». Toutefois, ces deux termes, bien que liés, ne doivent pas être confondus. Une personne aisée peut être peu intégrée si son individualisme la conduit à l’isolement. Inversement, des pauvres peuvent être relativement intégrés, grâce à une « culture de la pauvreté » dans laquelle les réseaux d’entraide permettent de faire face à l’insuffisance des revenus. Dans les pays riches, et tout particulièrement en Europe, le sociologue Serge Paugam (Les formes élémentaires de la pauvreté, 2013) distingue trois types de pauvreté :

La pauvreté disqualifiante, qui s’accompagne d’un rejet social. Dans ce cas, les individus sont refoulés durablement du monde du travail, paupérisés et en voie de « désaffiliation » ;

  • La pauvreté marginale, où les individus sont considérés comme les seuls responsables de leur situation ;
  • La pauvreté intégrée, qui n’entraîne pas de stigmatisation, la solidarité sociale permettant l’intégration dans les différents groupes sociaux d’appartenance (situation encore fréquente dans les campagnes de nos jours).

Plusieurs mécanismes peuvent engendrer la pauvreté, différents selon l’âge des individus et leur histoire familiale. L’« empêchement » concerne les jeunes qui ont très peu de formation. Bien que parfois bénéficiaires de stages, ils reçoivent moins que d’autres des propositions d’emploi, et s’ils accèdent à un emploi, il s’agit essentiellement d’une activité de courte durée et faiblement rémunérée. Le « basculement », pour des individus dont le cycle de vie est plus avancé, est un second mode d’entrée dans la pauvreté. Aux difficultés économiques induites par la perte d’un emploi s’ajoute souvent une rupture familiale. Pour d’autres personnes encore, on parle de reproduction de la pauvreté quand leur situation s’inscrit dans l’histoire de générations successives, bien souvent à l’intérieur de territoires « déshérités ». Dans de nombreux cas, la privation d’emploi s’accompagne fréquemment de difficultés d’accès au logement et aux services de santé, d’isolement relationnel et de pertes de capacités, de disqualification sociale. La logique économique n’est pas seule en cause : jouent aussi des handicaps sociaux divers, le déficit initial d’instruction, l’absence locale d’opportunités, la stigmatisation qui s’attache à certaines apparences, la rupture de certains liens sociaux.

Dans le cas des pays pauvres, on identifie tout d’abord une extrême pauvreté à partir d’un seuil de revenu. Selon la Banque mondiale, ce seuil, fixé à 1,90 dollar par jour, a reculé sur la période récente. Il n’en reste pas moins qu’en 2017  689 millions de personnes vivent encore avec moins de 1,90 dollar par jour (chiffre qui augmente à nouveau en 2020, du fait de la pandémie de Coronavirus). On a aussi et surtout une approche par les besoins essentiels qui considère qu’il ne faut pas s’en tenir à l’aspect monétaire, mais plutôt prendre en compte toutes les prestations élémentaires dans les domaines vitaux. Dans ce cadre, on trouve l’approche par les « capabilités » d’Amartya Sen, capabilités qu’il définit comme la possibilité qu’un individu a de choisir diverses combinaisons de « modes de fonctionnement », les modes de fonctionnement étant par exemple se nourrir, se déplacer, avoir une éducation, se soigner correctement, ou encore participer à la vie de la Cité.  On comprend alors que la pauvreté s’analyse non seulement en termes de revenus, mais aussi par rapport à la culture et de manière plus générale aux possibilités d’avoir une vie digne d’un être humain.

Trois questions à Arthur Jatteau :

1) En quoi consiste l’approche expérimentale de la pauvreté ?

2) Quelles sont les avancées réalisées par les tenants de l’approche expérimentale en matière de lutte contre la pauvreté ?

3) Quelles sont les limites de cette approche expérimentale ?

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